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Une maladie orpheline meurtrière qui n'intéresse pas les compagnies pharmaceutiques

Avec ses 1500 cas par année au Canada, le glioblastome, une forme très virulente de cancer au cerveau, n'est pas une maladie suffisamment lucrative à traiter pour les compagnies pharmaceutiques.

Le reportage de Frédéric Arnould

Photo : Radio-Canada

Frédéric Arnould

Considérée comme une maladie orpheline, le glioblastome continue de tuer les patients, qui en général n'ont plus que 15 mois à vivre lorsqu'ils reçoivent le terrible diagnostic.

Dans le grenier de sa résidence montréalaise, Suzanne De Serres montre les instruments à vent qu'elle a collectionnés au fil du temps. Celle qui a voyagé un peu partout pour jouer de ses multiples flûtes n'est pas peu fière du parcours musical qui l'a menée dans les capitales internationales.

Même si elle est de nature enthousiaste, elle est engagée dans une course contre la mort. Sportive, c'est lors d'une balade en kayak l'été passé à son chalet qu'un malaise la terrasse.

Très vite, on lui fait passer une résonance magnétique et le constat est sans appel, c'est bel et bien un glioblastome. Même après avoir été opérée, le temps qu'il reste à Suzanne est maintenant compté, puisque l'espérance de survie est en moyenne de 15 mois.

Espoir de solution

La patiente est suivie par l'Institut de recherche du centre universitaire de santé McGill, qui lui a prodigué les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. Toutefois, ils n'ont que peu d'effet sur la tumeur. C’est d’ailleurs le cas pour la moitié des patients atteints de ce mal incurable.

La recherche n'a pas vraiment fait de progrès depuis 15 ans, mais l'équipe du CUSM pense avoir fait une percée en utilisant une molécule, la ZR 2002, pour traiter les patients atteints du glioblastome.

Selon le docteur Bassam Abdulkarim, médecin-chercheur à l'Institut de recherche du CUSM, cette molécule permet d'attaquer sur deux fronts le glioblastome, ce qui est essentiel, car celui-ci n'a alors pas le temps de se défendre contre le traitement.

On touche deux mécanismes majeurs, le mécanisme de défense de la membrane et notre ADN qui est essentiel pour la réplication et pour la prolifération. Ce qui est extrêmement important dans un cancer, c'est la prolifération. Pour guérir un cancer il faut arrêter la prolifération.

Le docteur Bassam Abdulkarim est assis à son bureau devant des images d'un scan du cerveau.

Dr Bassam Abdulkarim, médecin chercheur à l'Institut de recherche du CUSM

Photo : Radio-Canada

Pas assez rentable

Les résultats de cette recherche viennent d'être publiés dans la revue Clinical Cancer Research. Une découverte potentiellement majeure, mais qui n'intéresse pas suffisamment l'industrie pharmaceutique, car le volume de cas est trop petit pour être rentable à traiter.

On a 27 cas diagnostiqués par jour selon le registre canadien. Ça peut toucher de la jeune enfance jusqu'à un âge très avancé. Il n'y a pas d'enthousiasme de l'industrie pharmaceutique d'investir dans des traitements très coûteux.

Dr Bassam Abdulkarim

Impuissante face à cette tumeur virulente, Suzanne De Serres fonde ses espoirs sur la phase d’essai clinique. J'espère que cette molécule va intervenir dans ma vie parce que sinon, il ne se passe rien. C'est la mort.

À la recherche de financement

Seule solution, que les centres de recherche financent eux-mêmes les travaux à coups de millions de dollars dans l'espoir de résultats positifs pour qu'ils puissent fournir cet antidote à la planète entière.

Développée ici à Montréal, l'étude clinique qui pourrait permettre à Suzanne De Serres de prolonger sa vie va prendre du temps. Elle demeure donc réaliste sur les possibilités que cette molécule la sauve de son funeste pronostic.

Tandis que les chercheurs courent après le financement pour essayer de prolonger sa vie, elle court après chaque minute qui passe.

On m'a donné une date de péremption. Moi, je vis une minute à la fois et chaque minute je m'assure que j'en profite au maximum.

Suzanne De Serres

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