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La France fait un compromis sur « l'âge pivot » de la retraite

Plusieurs manifestants courent, entourés de gaz lacrymogènes.

Des manifestants lors du 38e jour de manifestations contre le projet de réforme des retraites du gouvernement.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Agence France-Presse

Après cinq semaines de grève et de manifestations, le premier ministre français Édouard Philippe a fait un pas vers un compromis samedi en retirant de son projet de réforme des retraites la mesure incitant les Français à travailler jusqu'à 64 ans, unanimement rejetée par les syndicats.

Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure prévoyant un âge d'équilibre de 64 ans en 2027, a écrit le premier ministre, alors que les manifestants battaient de nouveau le pavé dans la plupart des grandes villes de France.

Dans un courrier adressé aux partenaires sociaux, il précise toutefois que syndicats et patronat devront se mettre d'accord sur les mesures à mettre en œuvre pour assurer l'équilibre financier du système des retraites en 2027, faute de quoi cette mesure pourrait être réinstaurée.

Cet âge pivot de 64 ans était la mesure la plus contestée du projet de réforme des retraites. Il visait à inciter progressivement les Français à partir à la retraite à 64 ans, sous peine de se voir infliger une pénalité financière. L'âge légal de départ à la retraite est actuellement fixé à 62 ans.

La nouvelle mesure représente une ligne rouge pour tous les syndicats, et notamment le premier d'entre eux, la CFDT, qui est pourtant favorable au principe de la réforme voulue par le gouvernement.

La CFDT a immédiatement salué dans un communiqué le retrait de l'âge pivot du projet de loi sur les retraites, qui marque à ses yeux la volonté de compromis du gouvernement.

Le syndicat va poursuivre les discussions dans le cadre proposé pour répondre aux interrogations qui demeurent sur le futur régime universel, écrit-il.

Le syndicat UNSA a lui aussi bien accueilli la nouvelle. Le retrait de l'âge pivot est une bonne chose qui permet de discuter sereinement de l'équilibre [des rentes de retraite], a commenté son secrétaire général, Laurent Escure. Cela va permettre d'avancer sur le reste de la réforme, pour obtenir des compensations, des garanties, des avancées, a-t-il déclaré.

Négociations prévues entre patronat et syndicat

Patronat et syndicats doivent désormais s'engager dans une conférence sur l'équilibre et le financement des retraites, qui devra remettre ses conclusions d'ici la fin du mois d'avril, espère le premier ministre.

S'ils ne parviennent pas à cette date à trouver les mesures permettant d'assurer l'équilibre du système, le gouvernement reprendra la main, a-t-il averti.

Je veux être parfaitement clair sur ce point : je prendrai mes responsabilités, a insisté le premier ministre.

Reste à savoir si ce compromis suffira à mettre fin au mouvement de grève dans les transports. Les syndicats à la pointe des protestations – la CGT et FO – réclamaient pour leur part le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites.

Pour le leader de la CGT, Philippe Martinez, interrogé samedi en tête de la manifestation parisienne avant la publication du communiqué du premier ministre, l'âge pivot est un leurre qui ne change rien à notre opposition à la réforme.

Un 38e jour de manifestation

Au 38e jour de mobilisation contre le projet de réforme, plusieurs dizaines de milliers de manifestants – 150 000, selon la CGT – ont défilé samedi dans la capitale.

Devant le cortège syndical bon enfant, plusieurs centaines de manifestants, dont certains masqués ou cagoulés, ont brisé des vitrines, saccagé une banque, incendié du mobilier urbain et jeté des projectiles en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène.

La police faisait état de sept interpellations en fin d’après-midi.

D'autres manifestations avaient lieu partout en France. À Lyon, 3200 personnes selon la police, 15 000 selon la CGT, ont défilé, avec quelques accrochages en début de cortège.

Au moins 2000 personnes ont manifesté à Rennes.

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