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Envoyé spécial

Les feux de forêt en Australie, comme un signal d'alarme lancé à la planète

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des centaines de gens marchent dans la rue avec des pancartes.

Le reportage de notre envoyé spécial Jean-Michel Leprince.

Photo : Radio-Canada / Hugues Brassard

Jean-Michel Leprince

L'Australie se rappelait très bien des feux de forêt du Samedi noir de 2009. L'enquête qui a suivi avait contribué à améliorer la gestion des incendies. Or, l’ampleur de la catastrophe actuelle dépasse l’imaginable et devrait alerter la planète.

En 2009, lors des « Black Saturday Bushfires » (les feux du Samedi noir), à partir du 7 février et pendant une semaine, 173 personnes ont perdu la vie et plus de 2300 maisons ont été détruites sur une superficie de forêt de 450 000 hectares.

En comparaison, les incendies actuels, qui ont débuté à la mi-novembre – avec des alertes sévères dès septembre –, ont dévasté jusqu’ici 10 millions d’hectares, détruit 2000 maisons et fait 27 victimes.

La forêt a toujours brûlé en Australie. La flore et la faune se sont adaptées à ces incendies. Environ 90 % des forêts sont composées de plusieurs variétés d’eucalyptus, arbre endémique de l’Australie qu’on a exporté partout dans le monde.

En Australie, on les appelle gum trees, car leurs feuilles et leur sève contiennent une résine hautement inflammable. Ces arbres flambent comme des allumettes et, surtout, rapidement. Néanmoins, dans les semaines qui suivront les feux, de jeunes pousses sortiront du tronc, et les arbres retrouveront leurs feuilles.

Si, au Canada, les conifères meurent dans les incendies, en Australie, la forêt survit. Les aborigènes australiens savaient comment gérer la forêt. Certains ont suggéré d'utiliser à nouveau leurs techniques. Mais, à grande échelle, la tâche est plus difficile.

Températures en hausse

Selon Geoff Cary, professeur à l’Université nationale de l’Australie, à Canberra (la capitale), et spécialiste de la gestion des forêts, la température au pays a augmenté de 1 à 1,5 degré Celsius ces 100 dernières années. Plus il fait chaud, plus il y aura de feux de forêt, et sur de plus grandes superficies, dit-il. Et ce sera de pire en pire avec le réchauffement climatique.

Après les feux du Samedi noir de 2009, on s’est rendu compte que des brûlis préventifs de la forêt n’avaient qu’un effet limité pour réduire la perte des propriétés. Ce qu’il est important de faire, c’est d’éliminer les arbres et les buissons dans un rayon de 40 mètres des habitations, explique M. Cary.

Annick Thommasin, une anthropologue qui vit à Canberra depuis 12 ans, raconte avoir vu la température s’élever de façon nette durant cette période. La qualité de l’air dans la capitale fédérale a été l'une des pires de la planète ces deux derniers mois.

L’argument du gouvernement [de Scott] Morrison, c’est que oui, il y a les changements climatiques, mais la première chose qu’on doit considérer, c’est l’économie. Comme si on pouvait avoir une économie sans avoir une agriculture propre; une écologie de forêts sans avoir d’eau dans les rivières.

Annick Thommasin

Annick Thomassin se spécialise dans l’étude des communautés aborigènes d’Australie, qui, selon elles, sont davantage les gardiennes du territoire que ses utilisatrices. Il y a une notion de réciprocité avec la nature qu’il faudrait retrouver, explique-t-elle.

Le gouvernement interpellé

L’Australie est un grand producteur ainsi qu'un exportateur de charbon, de gaz naturel, de minéraux, de canola et d'autres produits agricoles industriels qui sont nocifs pour la planète.

Il y a une pression énorme sur le gouvernement fédéral pour qu'il prenne le leadership dans la réduction des gaz à effet de serre, note Geoff Cary.

Des dizaines de milliers d’Australiens sont d'ailleurs sortis manifester contre le gouvernement de Scott Morrison, un climatosceptique notoire, pour dénoncer sa gestion des incendies de forêt ainsi que l’absence de mesures à long terme pour lutter contre les changements climatiques.

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