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La vie de Gabriela, Haïtienne entre deux cultures

Une jeune fille noire assise à une table.

Adoptée alors qu'elle n'avait que quelques jours, Gabriela voit encore sa mère biologique.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Radio-Canada

Esther De Groot et Matthew Van Geest sont deux travailleurs humanitaires qui ont vécu et travaillé à Haïti de 2004 à 2013. En 2007, ils prennent la décision d’adopter une petite fille haïtienne. C’est alors qu’ils ont fait la rencontre de Gabriela, âgée à ce moment-là de quelques jours.

Un texte d'Ezra Belotte-Cousineau

Pour la famille adoptive, la question de la culture de Gabriela est, depuis ce jour-là, au coeur de leurs préoccupations. C’est, entre autres, ce qui a motivé la décision des nouveaux parents canadiens de demeurer à Port-au-Prince, et ce, même après le séisme.

« Pour nous, c’était vraiment important de vivre en Haïti avec elle. Pas juste pour la prendre et venir tout de suite habiter au Canada. Elle a eu beaucoup de chance de pouvoir vivre là-bas, de pouvoir comprendre la réalité d’Haïti, d’avoir la chance de voir des choses qui sont très belles à Haïti et qui fonctionnent très bien, mais aussi de voir des choses qui sont un peu plus difficiles », raconte son père, Matthew. 

Esther De Groot abonde dans le même sens et rappelle que les enfants adoptés ne font pas eux-mêmes le choix de l’adoption dans des familles blanches. 

« Nous, on est des adultes. On a choisi d’adopter un enfant. Mais l’enfant n’a pas choisi de ne pas grandir avec sa famille d’origine, dans une famille qui a une autre culture. Elle n’a pas choisi ça. »

Vivre entre deux cultures

« Gabriela garde sa culture haïtienne dans ses préférences de nourriture, de musique et de danse, son sens de l’humour et son manque de ponctualité. »

Esther De Groot enchaîne en expliquant que sa fille adoptive a deux cultures. Toutefois, Gaby, comme elle l’appelle affectueusement, ne peut se sentir ni parfaitement Canadienne, ni parfaitement Haïtienne.

Une femme et un enfant sur une plage.

Gabriela et son petit frère, Niko, à la plage en Haïti.

Photo : Famille Van Geest

La mère adoptive ajoute qu’elle appartient plutôt à une troisième culture : celle des Haïtiens et Haïtiennes qui grandissent dans des familles adoptives qui ne sont pas d’origine haïtienne.

La relation de Gabriela avec Haïti est complexe. Aujourd’hui, l’adolescente de 13 ans se considère comme Canadienne et elle envisage sa vie future, pour le moment, au Manitoba. D’Haïti et du séisme, elle ne garde que des souvenirs d’enfant.

« Tout ce dont je me rappelle, c’est que juste avant que ça arrive, j’étais en train de regarder Dora à la télévision. L’émission s’est arrêtée, et j’étais fâchée! »

Découvrir la vie en tant que minorité visible

À son arrivée au Canada, Gabriela a dû non seulement découvrir les rigueurs des hivers manitobains, mais aussi apprendre à vivre en tant que minorité visible. Une adaptation qui peut être difficile à cette période de l’enfance, où il est rassurant pour les enfants d’appartenir à un groupe et, aussi, de lui ressembler physiquement.

Gabriela est bien consciente de ses différences et elle affirme avec retenue, presque en murmurant, qu’elle aurait peut-être aimé vivre le fait d’avoir une mère qui a la même couleur qu’elle.

« Les autres enfants se disent souvent : “Oh! Tu ressembles à des membres de ta famille.” J’aimerais aussi, des fois, vivre ça. Je sais que ma mère biologique me ressemble beaucoup et j’aimerais peut-être avoir cette expérience. Ou avoir d’autres personnes dans ma famille qui ont la même sorte de cheveux que moi. »

L’adoption de Gabriela est ouverte, ce qui signifie qu’elle est toujours en contact avec sa mère biologique, Marie-France Meralus. Cette dernière a été diplômée en 2018 d’un collège d'infirmiers à Port-au-Prince et elle souhaite maintenant s’établir en France.

Deux femmes noires devant un palmier.

Gabriela avec sa mère biologique, Marie-France Meralus.

Photo : Famille Van Geest

Gabriela voit sa mère biologique tous les ans. Mais la relation, selon l’adolescente, s’inscrit plus dans le registre de l’amitié que celui d’une relation mère-fille. Gabriela raconte de façon évasive ces rencontres, ces balades sur les plages de cailloux d’Haïti.

Créer un quotidien ordinaire

Qu’à cela ne tienne, Gabriela est maintenant bien habituée à son univers, tant familial que social. Comme beaucoup de ses camarades de classe, elle s'intéresse aux enjeux environnementaux, sans toutefois perdre Haïti de vue.

« À l’école, il y a beaucoup de présentations qui disent qu’on doit faire quelque chose. Il y a tellement de choses qui arrivent qui ne sont pas bonnes pour l’environnement. On est la prochaine génération, on va être les adultes et on doit faire quelque chose. Et, des fois, je pense à Haïti, et ça me rend triste parce que le pays pourrait disparaître. »

Trois adultes avec trois enfants.

La famille adoptive de Gabriela, avec sa mère biologique, Marie-France Melarus.

Photo : Famille Van Geest

Comme ses amis, Gabriela développe ses talents. Elle chante, joue du trombone et participe à des activités sportives. Elle a fait de l’athlétisme, notamment du lancer de javelot qu’elle va abandonner cette année au profit de la course de haies. Elle joue aussi au basketball et au volleyball.

Les parents de Gabriela reconnaissent qu'un enfant adopté gardera toujours certains questionnements, tout à fait naturels, quant à ses origines. Mais, entre les mains d'Esther et de Matthew, Gabriela pourra s'épanouir tout en conservant sa culture haïtienne.

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