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Le vent et la chaleur nuisent aux efforts des pompiers en Australie

Un camion des pompiers passe devant un flanc de montagne en proie aux flammes dans la nuit.

Le feu continuait de rager, vendredi, au mont Adrah, en Nouvelle-Galles du Sud.

Photo : Getty Images / Sam Mooy

Agence France-Presse

Sous l'effet des vents, deux très gros incendies ont fusionné, vendredi, dans le sud-est de l'Australie, en un gigantesque brasier qui a déjà détruit une superficie 55 fois plus grande que Paris, alors que des milliers de personnes manifestaient pour exiger des actions contre le réchauffement climatique.

Les conditions sont difficiles aujourd'hui, a expliqué aux journalistes le chef des pompiers dans les zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud, Shane Fitzsimmons. Ce sont les vents chauds et secs qui constituent de nouveau le véritable défi.

Voilà plusieurs jours que les autorités redoutaient l'arrivée vendredi d'une nouvelle vague de chaleur, dans un pays en proie depuis septembre à une crise catastrophique des feux de forêt.

Comme attendu, le mercure a dépassé vendredi les 40 °C dans les États de Victoria et de Nouvelle-Galles du Sud, et l'inquiétude se portait désormais sur un méga-feu né vendredi après-midi de la jonction de deux incendies.

Ce seul brasier a réduit en cendres une superficie de plus de 6000 km2.

L'état de catastrophe naturelle avait été prolongé de 48 heures en prévision de cette nouvelle vague de chaleur, survenue après quelques jours de températures plus favorables à la lutte contre les incendies.

Et des ordres d'évacuation avaient été lancés dans les zones frontalières de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria.

La première ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Gladys Berejiklian, a fait état de plus de 130 incendies actifs dans son État, dont une cinquantaine échappant à tout contrôle.

De fumée monte de balles de foin qui ont brûlé.

La situation est critique sur l'île Kangourou, comme en bien d'autres endroits.

Photo : Reuters

La situation était particulièrement grave sur l'île Kangourou, dans le sud de l'Australie-Méridionale, dont la principale localité, Kingscote, était coupée du reste du monde par de gigantesques brasiers.

Nombre d'habitants se sont réfugiés près de la jetée en attendant qu'une route soit à nouveau praticable.

Une catastrophe écologique

Particulièrement précoce et virulente, la saison des incendies a déjà fait 26 morts en Australie, réduit en cendres une superficie totale de 100 000 km2 – donc plus grande que la Corée du Sud ou le Portugal – et détruit plus de 2000 maisons.

Au terme d'une étude, le professeur Chris Dickman, de l'Université de Sydney, a estimé dans un communiqué publié lundi que 1 milliard d'animaux avaient péri, un chiffre qui inclut les mammifères, les oiseaux et les reptiles, mais pas les insectes ni les invertébrés.

Liés à une sécheresse particulièrement grave en Australie, ces incendies sont de plus aggravés par le réchauffement climatique, alors que les scientifiques prédisent de longue date que la récurrence de ces événements météorologiques extrêmes ne fera que s'aggraver.

L'année 2019 a été en Australie la plus chaude et la plus sèche depuis le début des relevés. La journée du 18 décembre a été la plus chaude jamais constatée, avec une moyenne nationale des températures maximales mesurée à 41,9 °C.

Manifestations et désinformation

À Sydney et Melbourne, des milliers de personnes ont encore manifesté pour demander au gouvernement conservateur d'en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique et d'en finir avec son soutien inconditionnel à l'industrie du charbon, qui a très largement contribué à l'essor économique du pays, mais qui a cependant un piètre bilan environnemental.

Changez la politique, pas le climat, pouvait-on lire sur une banderole, reflétant une opinion de plus en plus répandue quant à la cause des incendies.

Des milliers de personnes marchent dans la rue.

Les manifestants ont pris les rues d'assaut vendredi à Sydney.

Photo : Getty Images / Jenny Evans

Des chercheurs ont observé que la crise actuelle avait donné lieu à une campagne de désinformation sans précédent dans l'histoire du pays, avec des bots (programmes informatiques qui envoient automatiquement des messages) déployés pour défendre l'idée que les feux ne sont pas liés au réchauffement climatique.

Le mot-clic #ArsonEmergency (urgence incendie criminel) est notamment utilisé en force alors que des médias, des sites et des hommes politiques conservateurs du monde entier défendent l'idée que les feux seraient en fait criminels.

Timothy Graham, expert des médias numériques à l'Université de technologie du Queensland, a expliqué à l'AFP que, selon ses recherches, la moitié des comptes Twitter utilisant ce mot-clic semblaient se comporter comme des bots ou encore des trolls, des internautes publiant des messages intentionnellement provocateurs.

Nos conclusions révèlent un effort concerté pour désinformer le public sur les causes des feux de forêt.

Timothy Graham, expert des médias numériques

Cette campagne est sans comparaison dans son ampleur avec ce qu'on a pu voir dans d'autres pays, comme lors de la présidentielle américaine de 2016, mais ce niveau de désinformation en Australie est sans précédent, a-t-il ajouté.

De son côté, le premier ministre conservateur Scott Morrison a tenté vendredi d'esquiver la question quand des journalistes lui ont demandé si la gravité de ces feux deviendrait la norme du fait du réchauffement climatique.

Écoutez, nous en avons déjà parlé nombre de fois, a-t-il répondu, en affirmant que des évaluations auraient lieu une fois finie la saison des incendies.

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