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Hébergement touristique à Québec : « faire gaffe » pour ne pas perdre « son âme »

Le reportage de David Rémillard

Photo : Radio-Canada

David Rémillard

Si plusieurs commerçants de Québec profitent amplement de la prolifération de l'hébergement touristique de type Airbnb, certains invitent à la prudence pour préserver la trame commerciale des quartiers populaires, en particulier les plus petits commerces qui en « sont l'âme ».

L'objectif de la Ville de Québec et des autorités provinciales a jusqu'ici été de s'attaquer à l'hébergement touristique illégal dans les quartiers résidentiels.

Pour y parvenir, la Ville a autorisé la location à court terme d'une résidence principale, mais a imposé des règlements limitant la durée des séjours.

Le volet commercial est cependant moins encadré. C'est-à-dire pour les promoteurs qui souhaitent exploiter des logements qui ne sont pas leur résidence principale pour en faire de la location courte durée.

La Ville de Québec permet une telle vocation sur certaines artères des quartiers centraux. Elle y voit une façon de valoriser les étages de certains immeubles plus moribonds et ainsi donner un coup de pouce à des propriétaires.

Des valises de touristes sur la rue Saint-Joseph, à Québec

Les résidences touristiques pour location à court terme sont de plus en plus nombreuses dans le quartier Saint-Roch.

Photo : Radio-Canada

Une âme à préserver

Plusieurs commerçants, particulièrement ceux qui louent des espaces à des propriétaires immobiliers, sont inquiets.

Il faut faire gaffe, plaide Ronan Bonnette, copropriétaire du bar La Cuisine, rue Saint-Vallier Est, où le zonage (C10) permet de tels projets d'hébergement touristique.

Quand on a ouvert en 2006, on se doutait que Saint-Roch allait se développer, que ça allait devenir intéressant, se souvient-il. À l'époque, le prix du loyer était bon marché pour un petit commerçant voulant se lancer en affaires, comme lui et sa conjointe l'ont fait.

Ronan Bonnette, copropriétaire de La Cuisine

Ronan Bonnette fait des affaires dans le quartier Saint-Roch depuis 2006.

Photo : Radio-Canada

Il n'y a rien d'anormal à ce qu'un quartier qui se développe prenne de la valeur, dit-il. Mais il craint cette tendance aux immeubles 100 % Airbnb, et ce, pour son propre commerce.

Oui, c'est un peu la vie, mais j'ai peur que les petits commerces comme nous, qui la jouent un peu plus serré, sur une clientèle locale, des bas prix, une idée de simplicité, perdent la possibilité de s'installer et d'avoir des locaux, explique-t-il, craignant un exode. On n'est pas des grandes chaînes avec des reins solides.

Je comprends que c'est un équilibre, je comprends que la Ville a intérêt à développer un quartier. Pourquoi pas? Il faut juste faire gaffe aux petits commerçants qui sont l'âme d'un quartier aussi, à leur façon.

Ronan Bonnette, copropriétaire du bar La Cuisine

Il rappelle qu'une hausse de taxes signifie probablement, au bout, une hausse du loyer. Pour un plus petit joueur, ça déstabilise tout, déplore-t-il, s'interrogeant sur le futur du quartier.

Manque de résidents

Ironiquement, plusieurs commerces profitent aussi de la manne touristique qui s'étend maintenant au-delà du Vieux-Québec.

Éric Courtemanche-Baril, propriétaire de l'épicerie Intermarché Saint-Roch, sur Saint-Joseph, vient de connaître le meilleur été de sa vie. Surtout à cause de l'apport du tourisme, admet-il.

Mais il n'est pas pour autant convaincu qu'une pléthore d'appartements touristiques soit la vision appropriée du quartier. Il rappelle que seulement 8000 personnes vivent tout au long de l'année dans Saint-Roch et croit qu'il faut en attirer davantage.

Dans toute la revitalisation de Saint-Roch dans les 25 dernières années, le grand oublié c'est le résident.

Éric Courtemanche-Baril, propriétaire, Intermarché Saint-Roch

M. Courtemanche-Baril est aussi inquiet pour la trame commerciale. Car la Ville permet l'utilisation des rez-de-chaussée pour faire de l'hébergement touristique.

Des appartements touristiques au rez-de-chaussée, rue Saint-Joseph, à Québec.

Des appartements touristiques au rez-de-chaussée, rue Saint-Joseph, à Québec

Photo : Radio-Canada

Le commerçant propose de modifier le zonage C10 pour forcer les promoteurs à maintenir des commerces donnant sur la rue.

Déjà, on protégerait ces petits commerçants-là. Il faudrait aussi protéger les petits bureaux, les espaces de travail collaboratifs pour éviter qu'ils déménagent ailleurs, on veut les garder avec nous.

Éric Courtemanche-Baril, propriétaire, Intermarché Saint-Roch

La Société de développement commercial Saint-Roch est également à l'affût de la tendance et compte interpeller la Ville.

On est au début d'un tournant assez important, va jusqu'à dire Alexandra Leconte, directrice générale de la SDC, qui remarque une accélération du phénomène dans son quartier. Ça va être particulièrement important d'avoir un canal de communication [avec la Ville], dit-elle.

Mme Leconte se dit optimiste pour l'avenir de Saint-Roch, mais croit qu'il faut prendre le temps de travailler sur une vision commune.

Nouvelles consultations

Invitée à réagir, Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif, se veut rassurante. Autant pour le résidentiel que pour le commercial, on ne souhaite pas que l'un ou l'autre soit pénalisé par l'arrivée de l'hébergement collaboratif. Au contraire, on souhaite juste que ce soit harmonisé, affirme-t-elle.

Quant à l'inquiétude des commerçants, Mme Savard assure en être « consciente », mais rappelle que les premières étapes étaient d'encadrer l'hébergement illégal.

Elle précise que la Ville de Québec mènera bientôt de nouvelles consultations publiques sur l'hébergement touristique.

Ces consultations se baseront sur les résultats d'une étude de marché, reçue un peu avant les fêtes, qui doit notamment déterminer les besoins d'hébergement touristique à Québec.

La Ville se basera sur les résultats pour mener ses prochaines consultations.

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