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À Verchères, les riverains appellent Ottawa à les protéger des flots

Les murs de soutènement construits pour protéger les terrains le long de la voie navigable du Saint-Laurent par le fédéral tombent en morceaux. Une action collective est envisagée.

Angélique Beauchemin dans son salon.

Angélique Beauchemin, 98 ans, résidente de Verchères, se bat contre l'érosion des berges du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Pelletier

Claire Frémont

Demeurer sur le bord du fleuve est un privilège. Parlez-en à Angélique Beauchemin, 98 ans, qui vit à Verchères depuis son enfance. Le terrain sur lequel est construite sa maison est sans cesse grugé par les flots depuis que le fédéral, il y a plus de 20 ans, a cessé d'entretenir le mur qui le protégeait.

Mme Beauchemin ne se lasse pas de regarder le fleuve. Mais s'en approcher lui est de plus en plus difficile. Non pas en raison de son grand âge, mais bien parce qu'à tout moment le sol pourrait se dérober sous ses pieds.

Chez le voisin, tout est tombé. Moi, j’ai les trois quarts de mon terrain qui est parti.

Angélique Beauchemin

Dans les années 1960, le gouvernement fédéral a construit des murs de soutènement sur une vingtaine de kilomètres le long du fleuve pour retenir les terrains.

Mais depuis 1997, il a cessé de les entretenir.

Or, la voie navigable du Saint-Laurent est empruntée par des bateaux toute l’année et le batillage, soit les vagues produites dans leur sillage, est constant.

Raymond Côté montre du doigt son mur de soutènement érodé.

Raymond Côté, résident de Verchères, montre l'érosion de son mur de soutènement en bordure du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Martin Brunette

Et sous l'assaut de ces vagues, parfois très fortes, les murs se dégradent rapidement.

C'est ce que constatent d'ailleurs tous les riverains du coin, dont Raymond Côté, qui habite au bord de l’eau depuis 47 ans.

Il craint même pour sa maison à plus ou moins long terme.

La réfection est très importante et elle est urgente.

Raymond Côté

Angélique Beauchemin, elle, en a assez.

Lors de rencontres publiques avec son député fédéral, où les citoyens, inlassablement, racontent tous la même histoire, elle décide de passer à l’action.

Elle propose de former un comité pour la défense des berges du Saint-Laurent. C’est Micheline Lagarde, une voisine, qui en prend la présidence.

Une des premières actions du comité est une pétition de 2300 noms que Mme Lagarde va porter à Ottawa.

Nouveau mur de soutènement en roche sur les berges du Saint-Laurent à Verchères.

Nouveau mur de soutènement contre l'érosion des berges du Saint-Laurent à Verchères.

Photo : Radio-Canada / Martin Brunette

Une pétition qui ne recevra jamais de réponse.

Des procès contre le gouvernement

Il y a 10 ans, La facture avait fait un reportage sur le même sujet. Angélique Beauchemin y participait. Quand on lui demande ce qui a changé depuis, elle nous répond fermement : rien.

Mais nous avons découvert que certains citoyens avaient entre-temps poursuivi le gouvernement fédéral pour la réfection de leur mur de soutènement.

L’année dernière, un procès intenté par trois riverains s’est soldé par un désistement.

Aucun des demandeurs n’a accepté de nous parler, mais tous ont maintenant un nouveau mur de soutènement.

Nous avons trouvé deux autres causes de riverains de Verchères qui ont poursuivi le gouvernement fédéral pour la réfection de leur mur de soutènement.

Deux autres interruptions de procès : dans un cas, un règlement à l'amiable; dans l’autre, un désistement.

Encore une fois, ils n’ont pas voulu nous accorder d’entrevue et, encore une fois, ils ont un nouveau mur de soutènement.

Il s’avère donc que, dans ces trois procès, tous ceux qui ont poursuivi le gouvernement ont maintenant de nouveaux murs.

Les riverains de Verchères ne savent pas ce qui s’est passé dans les règlements de ces procès, puisque les protagonistes sont soumis au silence, mais l’idée de poursuivre le gouvernement fait son chemin.

Ils se préparent à entamer une action collective.

Micheline Lagarde sur la berge du Saint-Laurent.

Micheline Lagarde, présidente du Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent, résidente de Verchères.

Photo : Radio-Canada / Martin Brunette

Si le seul moyen de le faire bouger c'est d'aller en action collective, bien c'est là qu'on s'en va. Je pense qu'il est temps que le gouvernement nous entende puis qu'il réagisse.

Micheline Lagarde, présidente du Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent

Nous avons demandé des entrevues à Transports Canada et au ministère des Pêches et des Océans.

Dans les deux cas, on a refusé de nous parler devant la caméra.

Transports Canada est au courant de la situation des propriétaires riverains. La responsabilité concernant l’entretien des murets en béton qui appartiennent à des particuliers revient à ceux-ci, a cependant répondu le ministère des Transports.

Angélique Beauchemin ne lâche pas.

Elle continuera de se battre aussi longtemps qu’elle pourra.

Avec humour, elle dit qu’elle veut mourir… les pieds au sec!

Le reportage de la journaliste Claire Frémont et du réalisateur Benoit Giasson a été diffusé mardi soir à l’émission La facture, à 19 h 30 sur ICI TÉLÉ.

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