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  • Envoyée spéciale
  • Des élections cruciales à Taïwan

    Elle tient un drapeau de Taïwan.

    Lucy est une partisane de Han Kuo-yu, candidat du principal parti d’opposition, le Kuomintang, une formation nationaliste.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    En Asie, Taïwan s’apprête à aller aux urnes samedi pour des élections législatives et présidentielles. Et le résultat pourrait être un autre coup dur pour Pékin, qui considère l’île autonome comme une province rebelle. Les sondages donnent gagnante la présidente sortante et farouchement souverainiste, Tsai Ing-wen, qui tient tête au pouvoir central depuis son élection il y a quatre ans.

    Elle la tient devant elle.

    Cette partisane du camp progressiste rappelle avec cette bannière que Tsai Ing-wen a été la première femme élue à la tête de Taïwan, il y a quatre ans.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Enya Liang a attendu près de deux heures devant un bureau du Parti démocrate progressiste (DPP) à Taipei, ce 10 janvier. Dans l’espoir de voir, – et qui sait? –, de parler à Tsai Ing-wen. Mais en ce dernier jour de campagne, la présidente sortante est passée en coup de vent, le temps d’apporter son soutien à un candidat des élections législatives.

    Elle regarde son téléphone.

    Enya Liang, en file devant un bureau de campagne

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    N’empêche. « C’était bien de la voir en personne », se console la jeune femme.

    Elle est venue de Vancouver pour voter, comme de nombreux expatriés. Elle tient à participer au scrutin. Car elle sent, comme de nombreux Taïwanais, que le mode de vie et la démocratie de l'île sont menacés. Vu le désir du président Xi Jinping de voir Taïwan, un jour, sous le giron de Pékin.

    « Même si nous parlons la même langue [que celle en Chine continentale], notre culture et notre éducation sont complètement différentes. Nous sommes deux pays différents, c’est mon opinion [...] Elle [la présidente sortante] est la personne en ce moment qui peut protéger Taïwan », estime Enya Liang.

    Elle donne la main à un homme.

    Tsai Ing-wen, lors d’un arrêt de campagne, le 10 janvier 2020 à Taipei

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    La relation avec l’Empire du Milieu est une question centrale, difficile et complexe pour ce petit État de 23 millions d’habitants, officiellement la République de Chine fondée en 1949 par les nationalistes de Tchang Kaï-chek ayant fui le continent après la prise de pouvoir des communistes de Mao Zedong.

    Le fait qu’en janvier 2019, Xi Jinping n’ait pas exclu le recours à la force, si nécessaire, pour réaliser son rêve d’une Chine populaire unifiée, semble être du pain béni pour la présidente sortante.

    « Tsai Ing-wen a répondu de façon assez ferme en démontrant qu’elle voulait garantir la souveraineté de Taïwan. Ça lui a permis de remobiliser sa base », souligne Jean-Yves Heurtebise, professeur associé à l’Université catholique FuJen, que nous rencontrons à la veille du vote, sur le campus à Taipei.

    Il prend appui sur un muret.

    Jean-Yves Heurtebise, à l'Université catholique FuJen

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Il pense toutefois que ce sont les événements à Hong Kong, la posture du pouvoir central face à la contestation qui perdure là-bas, qui ont été le tournant permettant à Tsai Ing-wen de remonter dans les sondages, alors qu’elle avait été mise à mal notamment par des défaites locales en 2018.

    Les manifestations à Hong Kong ont montré aux Taïwanais que le projet un pays deux systèmes ne permettait pas de garantir les droits et les libertés à long terme des citoyens. Et vu que c’est la seule proposition que fait véritablement la Chine à Taïwan, ce qui se passe à Hong Kong n’est pas très engageant.

    Jean-Yves Heurtebise, professeur associé à l’Université catholique FuJen

    Le principe d’un pays deux systèmes est effectivement rejeté par la grande majorité de la population. Une partie des Taïwanais désirent cependant un réchauffement des relations avec Pékin. C’est le cas des partisans de Han Kuo-yu, candidat du parti nationaliste Kuomintang (KMT).

    Elle flotte au vent.

    Le nom du candidat nationaliste Han Kuo-yu écrit en gros sur une bannière, lors d'un rassemblement à Taipei le 9 janvier 2020.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Ils sont convaincus, comme Wu Nien-nien, croisée dans un grand rassemblement le 9 janvier à Taipei, que la prospérité et la sécurité de Taïwan passent par un rapprochement avec la Chine continentale. « Han Kuo-yu est très attaché à la paix », lance-t-elle. Lucy, venue de Seattle, affirme, comme d’autres : « Nous sommes Chinois. »

    Elle fait le V de la victoire avec sa main gauche.

    Wu Nien-nien, partisane du camp nationaliste à Taipei, le 9 janvier 2020

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Les opposants à Tsai Ing-wen n’ont que des mots durs envers la présidente sortante. Ils l’accusent d’être corrompue, d’être une idéologue. Plus loin, dans la foule, un homme qui préfère taire son nom ne digère pas du tout que le parti au pouvoir a fait adopter, à toute vitesse, une loi anti-infiltration. Pour interdire aux forces étrangères « hostiles » de faire des dons politiques, entre autres.

    Face aux hauts cris de l’opposition, le camp progressiste assure que cette mesure est nécessaire pour protéger la souveraineté de Taïwan durant ces élections. La protéger par exemple contre les fausses nouvelles et la désinformation. La Chine se trouve au premier rang de ceux qui sont soupçonnés de vouloir interférer dans le scrutin taïwanais.

    Il est sur une estrade.

    Au rassemblement du candidat Freddy Lim, le 9 janvier 2020 à Taipei, un député est devenu indépendant pour apporter son soutien à la présidente sortante.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    C’est ce qu’a rappelé sur scène Freddy Lim, candidat à sa réélection comme député et leader d’un groupe de heavy metal lors d’un rassemblement, à Taipei, le 9 janvier.

    Fondateur du parti du Nouveau Pouvoir, issu du mouvement étudiant des tournesols, il est devenu indépendant l’été dernier, pour apporter son soutien à Tsai Ing-wen. Elle vient d’ailleurs le rejoindre sur l’estrade ce soir-là. Dans le parterre, Erik, partisan du musicien et de l’homme politique, espère que les forces progressistes uniront leurs forces. « C’est ce qui nous permettra de gagner », assure-t-il.

    Le nombre élevé d’indécis ainsi que la présence d’un troisième candidat, centriste, peuvent révéler des surprises pour la présidentielle. « Ce qui va ressortir gagnant, c’est la démocratie », assure Jean-Yves Heurtebise. Le professeur ajoute que ces élections sont une « manière de montrer que l’on peut-être de culture chinoise, de langue chinoise, et comprendre les institutions démocratiques, aimer les institutions démocratiques et les utiliser pour faire entendre sa voix ».

    Le signe le plus important, selon lui, que Taïwan peut donner à la Chine et au reste du monde.

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