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Canada-Iran : la tragédie du vide diplomatique

Il est seul dans les gradins.

Un soldat est assis devant un gigantesque drapeau de l'Iran peint dans un stade de Téhéran.

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Marc Godbout

Une réalité complique la tâche du Canada à la suite de la tragédie en Iran : l’absence de relations diplomatiques entre Ottawa et Téhéran. Pourtant, le gouvernement Trudeau s’était engagé à travailler au réchauffement des liens. Mais la réalité l’a vite rattrapé.

L’ampleur du défi qui attend Ottawa peut se mesurer par deux des questions posées jeudi au premier ministre Justin Trudeau.

Craignez-vous que le Canada n'ait pas de leviers, que nous n'ayons aucun moyen de forcer l'Iran à adopter un meilleur comportement?

Et quelques minutes plus tard : Regrettez-vous de ne pas avoir insisté davantage pour reprendre les relations diplomatiques avec l'Iran, comme vous l'aviez promis lors des élections de 2015?

Dans les deux cas, le premier ministre s’est bien gardé d’y répondre directement.

Le premier ministre répond aux questions des journalistes.

Justin Trudeau lors de la conférence de presse de jeudi, dans la foulée de la tragédie aérienne à Téhéran.

Photo : afp via getty images / DAVE CHAN

Le programme libéral était de rétablir les relations. Ils ont dû abandonner cet objectif, se désole Michel De Salaberry, ex-ambassadeur du Canada en Iran.

Celui qui a représenté le Canada à Téhéran de 1996 à 1999 ajoute que nous sommes absolument dépourvus de moyens d’action. Nous nous sommes nous-mêmes privés de moyens d’action.

C’est extrêmement attristant, c’est douloureux. La voix brisée par l’émotion, Michel De Salaberry a du mal à terminer sa phrase.

En comparaison, l’ancien ambassadeur souligne que le Canada a maintenu ses relations diplomatiques avec l’Union soviétique pendant toute la guerre froide alors qu’on avait des motifs tout aussi considérables de rompre nos relations avec elle.

Septembre 2012 et l’héritage conservateur

Voilà maintenant plus de sept ans qu’Ottawa a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait ordonné, le 7 septembre 2012, la fermeture de l’ambassade canadienne à Téhéran et chassé tous les diplomates iraniens en poste au Canada.

Des messages sont apposés sur la porte.

La porte de l'ancienne ambassade d'Iran à Ottawa. Cette photo a été prise le 7 septembre 2012, la journée où le gouvernement de Stephen Harper avait annoncé l'expulsion des diplomates iraniens.

Photo : La Presse canadienne / FRED CHARTRAND

On réalise aujourd’hui à quel point il y a un prix à payer pour cette erreur assez importante, soutient l’ex-diplomate et ancienne députée néo-démocrate, Hélène Laverdière.

À peine arrivé au pouvoir, le gouvernement Trudeau avait annoncé le retrait de sanctions économiques contre l’Iran. Mais les libéraux ont vite été soumis à des obstacles, dont un en particulier.

Pour rétablir les liens, il aurait fallu retirer l’Iran de la très courte liste de pays soutenant le terrorisme, sans quoi des diplomates iraniens auraient pu voir les biens de leur régime saisis au Canada, en vertu d’une loi adoptée sous Stephen Harper.

Ils sont côte à côte.

L'ancien premier ministre Stephen Harper et son ministre des Affaires étrangères de l'époque, John Baird

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Politiquement, face à un régime dont les comportements sont dénoncés, cette réalité place le gouvernement dans une position délicate. Il est devenu très difficile de reculer et ça empêche toute reprise d’une réelle collaboration diplomatique, explique Michel De Salaberry.

Justin Trudeau était-il pleinement conscient des étapes pour y parvenir?

Hélène Laverdière demeure convaincue qu’Ottawa aurait pu mettre plus d’énergie pour chercher à maintenir un canal de communication, comme les Européens qui ont réussi à maintenir un dialogue avec les Iraniens.

La diplomatie existe pour communiquer avec des gens avec qui on ne s’entend pas, insiste-t-elle. Sa conclusion : Il y a du travail de terrain qui devait se faire pour faire ça, on n’en a pas vu les résultats et aujourd’hui. On dit : "Oh mon Dieu!"

Un premier contact depuis la tragédie

Il est sur un sol couvert de roches.

Le soulier rouge d'un enfant sur le site de l'écrasement du Boeing 737.

Photo : isna/afp via getty images / BORNA GHASSEMI

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, est tout de même parvenu à parler avec son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif.

La situation actuelle illustre l’intérêt d’avoir des relations diplomatiques, invite peut-être à se pencher sur un moyen de contourner les difficultés, souligne l'ex-ambassadeur en Iran Michel De Salaberry.

Lors d’un entretien téléphonique, mercredi, le ministre Champagne a pu transmettre officiellement les demandes d’Ottawa dans l’espoir que les autorités canadiennes puissent obtenir un accès à l’Iran, dans les plus brefs délais.

La réponse du gouvernement iranien, du ministre des Affaires étrangères iranien, était ouverte, était encourageante, a ajouté le ministre Champagne, à l’issue d’un tête-à-tête avec son homologue britannique.

Il est toutefois difficile de prédire à quel rythme se déroulera la suite. Le temps presse et l’absence de relations diplomatiques signifie pour le Canada des étapes de plus à franchir dans un environnement complexe et incertain.

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