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Le crystal meth : le nouveau fléau de Moncton

Des intervenants remarquent que la consommation de méthamphétamine en cristaux est en hausse à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Des seringues dans un bassin.

Sur 200 consommateurs de drogue sondés, 50 % affirment être des consommateurs de méthamphétamine en cristaux (crystal meth en anglais).

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Il est midi et les bénévoles s'activent déjà en cuisine du côté de Humanity Project, un organisme de soutien aux plus démunis. À 17 h ce soir, comme tous les soirs, quelque 200 personnes de la ville de Moncton frapperont à la porte de la vieille église retapée pour se nourrir.

Charlie Burrell, fondateur et directeur de l'organisme, les côtoie, les connaît et les voit changer.

Ai-je remarqué une augmentation de la présence des drogues à Moncton? Oui, définitivement. Surtout avec la montée du crystal meth. C'est le mal incarné. Poser cette question, c'est y répondre, selon Charlie Burrell.

Quand tu es debout pour presque 10 jours d'affilée, ton cerveau ne fonctionne plus correctement. À moins que tu connaisses déjà la personne, il est difficile de déterminer s'il s'agit d'un trouble mental ou d'un problème de drogue, parce que les symptômes sont les mêmes.

Hallucinations, anxiété, palpitations, délire, confusion, excitation... La méthamphétamine en cristaux, communément appelée crystal meth, produit des effets euphorisants et stimulants ainsi que des symptômes psychotiques.

Avec une seule dose, il est possible de rester éveillé durant plusieurs jours.

À Moncton, la consommation de cette drogue est devenue un véritable fléau.

Charlie Burrell en entrevue dans un local de travail.

Charlie Burrell est le fondateur et le directeur de Humanity Project, un organisme qui vise à réduire les défis sociaux complexes.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

J'ai vu bien des gens qui ne consommaient pas qui le font maintenant. J'ai vu aussi bien des gens tenter d'arrêter d'en consommer, mais il n'y a pas les ressources, ici, pour y arriver. Alors le nombre de toxicomanes augmente, parce que c'est difficile de s'en sortir, explique Charlie Burrell, quelque peu désabusé.

Il y a des gens qui ne reçoivent pas d'aide, alors que d'autres découvrent le crystal meth, ajoute-t-il.

Effectivement, difficile de trouver de l'aide en ce qui concerne ce genre de sevrage dans la région. Il n'y a qu'un centre de désintoxication dans le Grand Moncton, et comme il traite principalement l'alcoolisme, la dépendance à la méthamphétamine en cristaux demeure non traitée. Et les dépendants continuent de s'embourber dans le gouffre de la dépendance.

Pour traiter cette dépendance de manière sécuritaire, nombreux se rendent à l'organisme social Ensemble Grand Moncton, qui leur fournit des seringues stériles.

Dans la dernière année, nous avons servi 900 consommateurs de drogues, indique Debby Warren, directrice générale de l'organisme. Parmi ceux-ci, plusieurs s'injectent de la méthamphétamine en cristaux, estime-t-elle.

Debby Warren en entrevue à Radio-Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Debby Warren, directrice générale d'Ensemble Grand Moncton

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Pourquoi cet intérêt soudain?

D'après Debby Warren, il s'agirait d'un contrecoup de la gestion de la crise d'opioïdes qui a sévi au Canada au cours des dernières années.

En raison de la crise, les médecins en prescrivaient moins. Il est donc devenu de plus en plus difficile de s'en procurer au pays, si bien que les consommateurs fréquents et les toxicomanes se sont tournés vers la méthamphétamine.

Ils sont dépendants, et leur corps en a besoin.

Une citation de :Debby Warrien, directrice générale Ensemble Grand Moncton

Un marché s'est développé, et l'offre s'est adaptée à la demande.

Des seringues dans une poubelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sur 200 consommateurs de drogue sondés, 50 % affirment être des consommateurs de méthamphétamine en cristaux.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Maintenant, à Moncton, on peut se procurer une dose suffisante pour être dans un état second durant trois jours, le tout pour une somme modique variant entre 2 et 5 $.

Quand il s'agissait d'opioïdes et de produits pharmaceutiques, nous connaissions la qualité de la drogue, mais avec le crystal meth, c'est une tout autre problématique. La drogue est à bas prix, et donc plus facile à obtenir, s'inquiète Debbie Warren.

Voilà un amalgame de facteurs qui laisse anticiper une augmentation des morts par surdose dans la ville, avance-t-elle.

L'intervenante confie qu'il s'agit de sa principale préoccupation. Du même souffle, elle entame une énumération qui donne froid dans le dos.

Hier, j'ai appris qu'une de nos clientes est décédée. Il y a quelques semaines, deux autres sont mortes. Elles étaient dans la trentaine. Hier soir aussi, une amie m'a informée que sa sœur avait fait une surdose.

Nous savons que c'est en augmentation et nous savons que la méthamphétamine est bien implantée.

Une citation de :Debby Warrien, directrice générale d'Ensemble Grand Moncton

Son organisme et d'autres de Fredericton ont mené une étude auprès de 200 consommateurs de drogues. La conclusion est préoccupante. Au total, 50 % d'entre eux affirment être des consommateurs de crystal meth.

Ça, c'était l'année dernière. Depuis, nous avons remarqué une importante augmentation des besoins en seringues.

D'après elle, Ensemble Grand Moncton aurait distribué quelque 400 000 seringues à Moncton en 2019.

Néanmoins, rien ne garantit qu'elles aient toutes servi à la consommation de méthamphétamine en cristaux. Mais force est d'admettre que cette hausse coïncide drôlement avec la montée en popularité de cette drogue bon marché.

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