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Mont-Laurier aux prises avec une importante pénurie de main-d’œuvre en santé

L'Hôpital de Mont-Laurier.

L'Hôpital de Mont-Laurier dans les Hautes-Laurentides.

Photo : Vincent Rességuier

Dans les Hautes-Laurentides, le manque de personnel en santé inquiète les autorités, qui multiplient les initiatives pour remédier à la situation. Les résultats sont pour le moment limités.

L'automne dernier, faute de personnel, l'Hôpital de Mont-Laurier a fermé temporairement 12 de ses 44 lits pour des soins de courte durée.

À l'hôpital voisin de Rivière-Rouge, l'autre établissement de la MRC Labelle, l’unité des soins intensifs (2 lits) a dû suspendre plusieurs fois ses activités.

Deux exemples parmi d’autres, mais un seul responsable : la pénurie de main-d'œuvre.

Depuis quelques années, plusieurs mesures ont été mises en place pour pallier cette situation, allant de la collaboration avec la communauté locale pour dénicher du personnel à des ententes avec les syndicats en passant par le réaménagement physique d'hôpitaux.

La dernière entente en date, au mois de décembre, offre à certains employés de choisir leur période de travail, qui peut aller de quatre à huit jours par période de deux semaines. Un accord qualifié d’historique tant par l’employeur, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, que par le Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides.

Avec cette mesure, les deux parties espèrent faire d’une pierre deux coups : d’une part, augmenter l’attractivité des emplois en santé dans la MRC Antoine-Labelle et, d’autre part, améliorer la rétention du personnel qui, selon le président intérimaire du syndicat Denis Provencher, est préoccupante.

Denis Provencher du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides.

Denis Provencher, président intérimaire, FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides.

Photo : Vincent Rességuier

En cause, notamment, la surcharge de travail qui touche le personnel médical, comme partout ou presque au Québec.

Denis Provencher explique que les fermetures de lits de l’automne à Mont-Laurier sont dues à la fatigue. La direction n’a pas pu pallier les absences de personnes au bord de l’épuisement.

La responsable des ressources humaines au CISSS des Laurentides, Pascale Cloutier, explique que tous les employés sont encouragés à offrir de la disponibilité pour faire face au manque de bras.

Le personnel en congé est même parfois appelé à la rescousse, de même que les anciens employés à la retraite.

Des mesures habituellement exceptionnelles qui deviennent au final des habitudes.

Pascale Cloutier et Sylvain Pagé du CISSS des Laurentides.

Pascale Cloutier (droite), directrice adjointe et Sylvain Pagé (gauche), adjoint à la direction générale au CISSS des Laurentides

Photo : Vincent Rességuier

Des difficultés de recrutement

Dans les trois dernières années, le CISSS des Laurentides a ouvert plus de 200 nouveaux postes sur le territoire de la MRC Antoine-Labelle, mais bon nombre n’ont toujours pas trouvé preneur. Le CISSS cherche encore à en pourvoir une soixantaine.

Le problème, c’est que la région souffre d'un déficit d'attractivité et, selon Pascale Cloutier, il est désormais très difficile d'attirer des travailleurs de l’extérieur.

La gestionnaire précise qu’elle doit aussi proposer un travail pour le conjoint ou la conjointe, et même trouver un point de chute pour les enfants. Je n’ai jamais vu ça dans les dernières décennies, lâche-t-elle, désabusée.

Ce contexte a encouragé une collaboration avec les entreprises privées, les municipalités et les organismes locaux. Tout le monde est dans le même bateau et cherche des employés.

Souvent, on est capable d’offrir l’autre moitié d’un temps partiel ou du travail pour le conjoint ou la conjointe qui a trouvé du travail dans le secteur forestier ou ailleurs.

Pascale Cloutier, directrice adjointe, CISSS des Laurentides

Selon l’adjoint à la direction générale du CISSS des Laurentides, Sylvain Pagé, l’autre grand problème est le vieillissement de la population.

L'ancien député, aujourd'hui principal répondant à l’Hôpital de Mont-Laurier, souligne que, contrairement aux apparences, la population est en baisse dans les Hautes-Laurentides et qu’il y a actuellement moins d’un travailleur pour deux retraités.

La population globale de la région des Laurentides croît rapidement, mais c’est au sud. Ce n’est pas la réalité pour le nord.

Sylvain Pagé, adjoint à la direction générale, CISSS des Laurentides

Des problèmes de gouvernance

Le maire de Mont-Laurier, Daniel Bourdon, a sa propre analyse de la situation. Il remarque que la réforme du ministre Gaétan Barrette, sous le gouvernement précédent, a éloigné les lieux de décision.

Il estime que le secteur de la MRC Antoine-Labelle a perdu une trentaine de postes cadres. La majorité sont maintenant basés dans le sud de la région, en particulier à Saint-Jérôme. Il milite pour le retour d’une gouvernance locale.

Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier.

Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier, dans son bureau à l'hôtel de ville.

Photo : Vincent Rességuier

Le maire Bourdon imagine un retour à un système avec des cadres qui connaissent intimement le personnel et comprennent davantage les réalités locales.

Dans ce contexte, il juge que les gestionnaires seraient plus performants pour améliorer le recrutement et la rétention du personnel.

On a besoin des décideurs sur place. Ils sont sur la route, ils font la navette entre Mont-Laurier et Saint-Jérôme. Ils arrivent ici à 10 h, puis il faut qu’ils repartent à 13 h.

Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier

La centralisation enclenchée par la réforme Barrette a aussi ouvert des possibilités de mutation pour les travailleurs de la santé. La plupart peuvent désormais se déplacer dans toute la région des Laurentides sans perdre leurs avantages sociaux ou leur ancienneté.

Les postes les plus intéressants se trouvent au sud, dans la couronne de Montréal, ce qui crée un exode dans les zones plus éloignées.

Avec les mégafusions, les gens peuvent appliquer sur les postes où ils veulent. Il faut trouver des mesures pour les garder.

Denis Provencher, Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides

Comme Daniel Bourdon, Denis Provencher appelle le gouvernement Legault à la rescousse. Il demande que la MRC Antoine-Labelle bénéficie d’un statut particulier, comme plusieurs régions éloignées des grands centres.

Il propose, par exemple, le recours à des primes d’éloignement, comme sur la Côte-Nord ou en Gaspésie, et la création de primes de déménagement pour les employés en santé.

En déplacement à Mont-Laurier en décembre, la ministre de la Santé, Danielle McCann, s’est montrée ouverte à considérer la MRC Antoine-Labelle comme une région éloignée.

Depuis sa visite, tous les regards sont désormais tournés vers Québec.

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