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Les milices extraterritoriales, clé de la puissance iranienne

Des hommes armés sur un char d'assaut dans une zone désertique sourient à la caméra.

Des paramilitaires irakiens du mouvement Assaïb Ahl al-Haq, en lutte contre le groupe armé État islamique, agitent leur drapeau et celui de l'Irak lors de leur passage dans la province d'Al-Anbar, le 25 novembre 2017.

Photo : Getty Images / AHMAD AL-RUBAYE

L’Iran n’a peut-être pas une puissance militaire conventionnelle comparable à celle des États-Unis, mais sa force réside plutôt dans son réseau d’alliés, de partenaires et de groupes armés en tous genres sur lesquels il exerce son influence.

L’Institut international pour les études stratégiques (IISS), basé à Londres, a tracé un portrait de l’influence régionale iranienne.

Les chercheurs estiment qu'il existe une quinzaine de milices, groupes armés, alliés et partenaires en tous genres qui gravitent autour de la République islamique, lui permettant d’étendre son influence dans tout le Moyen-Orient, voire jusqu’en Asie du Sud-Est.

Ces groupes ne sont toutefois pas uniformes, soulignent les auteurs du rapport, et le degré de contrôle qu’a Téhéran sur eux est variable.

Il y a des alliés idéologiques, des alliés stratégiques, des partenaires ponctuels et d’autres qui n’existeraient tout simplement pas sans l’aide de l’Iran.

Dans certains cas, l’Iran cherche essentiellement à influencer leurs actions, comme dans le cas des talibans.

Dans d'autres, il fournit des moyens, notamment militaires, à des partenaires ayant des intérêts semblables; c'est le cas des Houthis du Yémen et du Hezbollah libanais.

Dans d'autres cas encore, comme pour les milices chiites en Irak et en Syrie, le contrôle est direct.

Enfin, le rapport souligne que l'Iran n'hésite pas à s'allier à des sunnites, tels que le Hamas et le Djihad islamique palestinien, ce qui met en évidence que ses intérêts sont géopolitiques plutôt que religieux.

Ils ont chacun leur agenda, observe Pierre Pahlavi, professeur titulaire au Collège des forces canadiennes de Toronto et membre de la Chaire Raoul-Dandurand à l’Université du Québec à Montréal.

Ce ne sont pas des organisations domestiquées, qui obéissent au doigt et à la baguette aux Iraniens. Le Hamas, par exemple, est une organisation qui a sa propre raison d’être et qui est très autonome par rapport à l’Iran.

Pierre Pahlavi, professeur titulaire au Collège des forces canadiennes de Toronto

Quel que soit leur statut, ces groupes extraterritoriaux sont maintenant partie intégrante de la force de frappe de l’Iran afin d'atteindre ses objectifs stratégiques.

Ils sont devenus des outils de grande valeur pour permettre à l'Iran d'exercer sa souveraineté hors de ses frontières, souligne le rapport de l’IISS.

Comment le réseau s’est-il tissé au fil des ans?

Des hommes armés à bord d’un camion.

L'Arabie saoudite et les États-Unis accusent Téhéran d'armer les rebelles houthis, qui tiennent tête à une coalition de plusieurs puissances régionales au Yémen.

Photo : Reuters / Khaled Abdullah Ali Al Mahdi

L’existence de ce réseau n’est pas nouvelle, loin de là. Depuis des années, ces milices, qui comptent aujourd’hui quelque 200 000 combattants, font partie de la force de frappe des Iraniens.

L’Iran possède une forme de cette capacité depuis 1979, mais sa puissance et son importance ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie, au point où elle a apporté à l'Iran plus d'influence régionale et de prestige que son programme nucléaire ou de missiles balistiques.

Extrait du rapport de l'IISS

C’est après l’invasion de l’Irak, en 2003, que l’Iran a véritablement investi dans la création et le maintien de ces réseaux, et encore plus depuis le Printemps arabe de 2011, et la chute d’anciens régimes laïques rivaux dans la région, soulignent les chercheurs.

En alimentant ces réseaux, Téhéran a deux objectifs, note Pierre Pahlavi.

D’une part, de protéger la forteresse nationale [...] parce qu’ils ont l’impression de vivre dans un environnement hostile et d’être assiégés. Puis, de projeter leur influence à l’extérieur : la meilleure défense, croient-ils, est de passer à l’offensive.

C'est une manière de compenser leur faiblesse dans les domaines traditionnels de la puissance, puisqu’ils n'ont pas les moyens de lutter contre leurs adversaires régionaux et extrarégionaux sur le champ de bataille traditionnel, soutient le chercheur.

C’est d'ailleurs pour les mettre au pas, excédés par leurs actes de déstabilisation régionale, et pressés par les alliés saoudien et israélien, que les Américains ont décidé de durcir le ton à l’égard de Téhéran et de finalement se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Paradoxalement, si son accès au nucléaire est remis en question, ces réseaux deviennent d’autant plus importants pour Téhéran afin de créer une zone tampon autour de son territoire, croit M. Pahlavi.

C'est la seule manière qu’a l'Iran aujourd'hui d'assurer sa survie et la projection de son influence.

Pierre Pahlavi, professeur titulaire au Collège des forces canadiennes de Toronto.

Un legs du général Soleimani

Des soldats vêtus de noir avec des armes à feu.

En tant que commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, Qassem Soleimani a eu un rôle de conseiller et a fourni des armes à des milices pro-iraniennes au Liban et en Irak, notamment.

Photo : The Associated Press / Hatem Moussa

Ce réseau de groupes partenaires et alliés est en grande partie le résultat du travail du général Qassem Soleimani, exécuté par un drone américain le 3 janvier.

M. Soleimani était le chef de la force Al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la révolution, responsable des opérations de ces derniers en dehors du territoire iranien et notamment du recrutement et de l’entraînement de combattants un peu partout au Moyen-Orient.

M. Soleimani était reconnu pour avoir élargi l’influence régionale de son pays en renforçant les forces chiites, mais aussi sunnites dans certains cas, à travers le Moyen-Orient, pour contrer l'action américaine, saoudienne et israélienne.

Depuis 2003, la Force Al-Qods a créé ou nourri, armé, financé, formé et transporté des militants chiites (et parfois sunnites) transnationaux de plus en plus aguerris, capables de combattre simultanément différents opposants sur des champs de bataille déconnectés, souligne le rapport de l’IISS.

Ces réseaux ne disparaîtront pas avec M. Soleimani, pensent les chercheurs de l’IISS, qui pensent plutôt qu’ils seront un outil pour les représailles éventuelles de Téhéran, qui s’est spécialisé dans la confrontation indirecte.

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