•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’adoption en recul en Haïti après l’année exceptionnelle de 2010

Des enfants dans un orphelinat en Haïti.

Le resserrement des règles explique notamment ce recul des adoptions internationales en Haïti.

Photo : Radio-Canada

Si les adoptions internationales ont été nombreuses en Haïti au lendemain du séisme, elles ont régressé considérablement depuis, en raison notamment du resserrement des règles.

En janvier et février 2010, 126 orphelins qui devaient être adoptés par des familles québécoises ont été évacués de Port-au-Prince par le gouvernement fédéral.

Québec avait alors accepté d'accélérer les formalités pour les enfants déjà jumelés à une famille. Cette opération sans précédent avait précipité un processus qui s'étend habituellement sur deux ou trois ans.

Une adoption éclair

Si certains dossiers d’adoption étaient presque complétés, celui de Diane Lavoie venait tout juste d'atteindre l'étape de la proposition.

Au tout début de janvier 2010, elle avait reçu la photo de Mélodine, 3 ans.

J'étais probablement la moins préparée de la gang. Je n'étais pas encore allée en Haïti; je n'avais même pas dit ''oui, je le veux''. Et j'apprends que les enfants arrivent. Et moi, je n'ai rien : pas l'ombre d'une chambre ou d'un meuble. Je travaille encore, je ne sais rien, dit la future maman, qui est designer et soucieuse du décor dans lequel elle voulait accueillir son enfant.

Pour les parents comme Elyse Dupuis, qui avait déjà fait le voyage à Port-au-Prince pour rencontrer Rosalie, l'évacuation des enfants devait se faire le plus vite possible en raison du chaos engendré par le tremblement de terre.

C'étaient des moments stressants, d'angoisse, d'inquiétude... Tu ne sais pas trop ce qui se passe et tu sais que ta fille est là-bas. Je sais dans quelles conditions les gens vivent là-bas, se souvient-elle, émue aux larmes.

Elyse Dupuis et sa fille Rosalie, adoptée en Haïti.

Elyse Dupuis et sa fille Rosalie, adoptée en Haïti au lendemain du séisme

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Les premiers enfants sont arrivés au Canada à la fin de janvier 2010.

Dans les circonstances, l'adoption dans l'urgence restait la meilleure solution.

Trois ans, c'est l'âge où l'attachement se fait, et quand les enfants restent longtemps dans un orphelinat, ce n'est pas l'idéal.

Diane Lavoie

Très peu préparée à recevoir une petite fille à la fois secouée par le tremblement de terre et par l'abandon de ses parents biologiques, Diane Lavoie a voulu témoigner de son expérience dans un récit publié en 2013. Tremblement de mère raconte leur parcours difficile.

Que sont devenus les « enfants du séisme »?

Elyse Dupuis en Haïti avec sa fille, Rosalie.

Elyse Dupuis en Haïti avec sa fille, Rosalie

Photo : Radio-Canada

Les enfants qui sont arrivés au Québec par une journée hivernale glaciale de janvier 2010 sont devenus des adolescents.

Ils ne sont pas tous enthousiastes à l'idée de se confier à une journaliste, mais Mélodine et Rosalie ont accepté de se prêter à l’exercice.

À 13 ans, elles commencent à s'intéresser aux circonstances inusitées de leur arrivée au Canada. Mélodine réfléchit à la possibilité de retourner en Haïti, un jour, pour voir l'orphelinat et peut-être pour retrouver ses parents biologiques.

La recherche des origines est devenue une grande préoccupation pour le Secrétariat à l'adoption internationale (SAI) du Québec.

Certains pays – comme la République dominicaine, la Colombie et la Thaïlande – facilitent la tâche des Québécois qui sont adoptés chez eux et qui y retournent, à la recherche de leurs parents naturels.

L'an dernier, le SAI a traité autant de demandes d'adoption que de recherche d'origines.

Notre dossier Haïti, dix ans après le séisme

Une suspension pour assainir l'adoption internationale en Haïti

Pour éviter les erreurs, le trafic humain ou les abus, toutes les demandes d'adoption ont été suspendues, et l'adoption internationale a été interrompue en Haïti jusqu'en 2014.

C'est ce qui est recommandé par la communauté internationale, par l'UNICEF [Fonds des Nations unies pour l'enfance], qu'en période de crise, on arrête tout, explique la directrice générale (DG) du Secrétariat à l'adoption internationale du Québec, Josée-Anne Goupil.

En réaction à une pression exercée sur Haïti pour corriger des lacunes persistantes, le gouvernement a fini par signer la Convention de La Haye, qui protège l'intérêt supérieur des enfants.

Comme l'ont fait d'autres pays depuis, l'adoption internationale s'effectue désormais dans un cadre centralisé et plus strict en Haïti.

Avant le séisme, je dirais que c'était plus de gré à gré entre des orphelinats et des organismes d'adoption. Il y a maintenant une accréditation des crèches et des orphelinats en Haïti.

Josée-Anne Goupil, DG du Secrétariat à l'adoption internationale du Québec

La façon dont le consentement des parents biologiques est obtenu a été clarifiée pour être plus conforme aux normes internationales.

En raison de ces changements, la procédure peut prendre aujourd'hui environ quatre ans entre le dépôt d'une demande d’adoption et l'arrivée d'un enfant dans sa famille adoptive.

L'adoption internationale a accusé un net recul ces dernières années au Québec.

L'adoption internationale a accusé un net recul ces dernières années au Québec.

Photo : Radio-Canada

Le nombre d'organismes voués à l’adoption est passé de 13 à 8 au Québec. Le nombre d'enfants adoptés a également fondu. Or, il s’agit d’une tendance mondiale.

La Chine, qui représentait la moitié des adoptions internationales au Québec, a limité le processus après avoir constaté les répercussions démographiques de sa politique.

Dans les années 90, le Québec adoptait près de 1000 enfants par année dans divers pays. L'an dernier, il n'y a eu que 139 adoptions internationales, dont 7 seulement en Haïti. La tourmente politique a nui à l'adoption dans ce pays.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

International