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Implants mammaires : qu'ont-elles sous la peau?

Le dossier médical de nombreuses femmes a été détruit à la suite du départ à la retraite ou du décès de leur chirurgien en clinique privée.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un implant mammaire.

Le reportage d'Esther Normand, de l'émission La Facture

Photo : Radio-Canada / La facture

Des femmes qui ont des implants mammaires vivent dans l’angoisse. Elles ont appris, il y a quelque temps, que les implants texturés peuvent causer un cancer rare, mais grave. Et elles n’arrivent pas à savoir si c’est ce type de prothèse qu’on leur a implanté.

Linda Rioux s’est fait poser des implants mammaires en 1998 après avoir allaité ses deux enfants. J'avais un sein qui s'est affaissé. J'étais vraiment beaucoup complexée de ça, confie-t-elle à La facture.

Pendant 20 ans, tout allait bien. Mais il y a quelques mois, elle a commencé à ressentir des douleurs.

J'ai mal d'un côté du sein droit. Le sein gauche des fois. C'est comme des petits élancements.

Linda Rioux

Des implants suscitent l’inquiétude

Il existe des prothèses à surface lisse ou texturée. Linda Rioux découvre, en consultant une page Facebook, que les implants texturés sont liés au lymphome anaplasique à grandes cellules, un cancer rare, mais grave.

Depuis mai dernier, Santé Canada interdit la vente des implants Biocell d’Allergan, le principal fournisseur de ces prothèses au pays. Mme Rioux est inquiète. Elle ne se rappelle plus quel type de prothèses son chirurgien lui a implanté à l’époque et craint d’avoir reçu des implants texturés.

Au Québec, on évalue qu’entre 12 000 et 15 000 femmes se sont fait poser ces implants.

Des centaines de dossiers classés dans des étagères.

La conservation obligatoire des dossiers médicaux au Québec est de 5 ans.

Photo : iStock

Les hôpitaux conservent des sommaires des dossiers médicaux contenant les informations au sujet des prothèses. Résultat : près de 7500 Québécoises ont été avisées au cours des derniers mois du risque lié aux implants texturés. Ces femmes ont subi une reconstruction mammaire après un cancer.

Mais comme Linda Rioux a eu une augmentation mammaire en clinique privée, elle n’a rien reçu. Toutefois, elle retrouve la clinique où elle s’est fait opérer en 1998 et réclame son dossier médical. Une semaine plus tard, elle apprend que son dossier n’existe plus. Et que son chirurgien est parti à la retraite.

Linda Rioux.

Linda Rioux

Photo : Radio-Canada / La facture

Je trouve que ça n'a pas d'allure. On ne peut pas détruire un dossier médical.

Linda Rioux

Dossiers éliminés

La facture a parlé à plusieurs femmes dont le dossier a également été détruit à la suite de la retraite ou du décès de leur chirurgien en clinique privée. Julie Elliott, la fondatrice du groupe Maladie des implants mammaires Québec, confirme qu’il y a un grand nombre de membres de son groupe qui n’ont aucune idée du type d’implants qu’elles ont reçus.

Ça augmente le stress énormément chez les femmes qui croient être porteuses d'implants texturés, mais n'ont pas les détails sur ce qu'elles ont comme implants.

Julie Elliott, du groupe Maladie des implants mammaires Québec

Mme Elliott explique que les médecins doivent remettre à leur patiente une carte avec la description et le numéro de série de leurs implants. Mais, dit-elle, ça arrive qu'on se fait voler notre portefeuille et la carte est à l'intérieur. Certaines égarent leur carte. On déménage, la documentation disparaît.

Elle ajoute qu'il y a une bonne proportion de chirurgiens qui négligent de remettre cette documentation-là.

L’Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, de son côté, affirme qu’elle a demandé aux cliniques privées d’envoyer une lettre d’information à leurs patientes. Encore faut-il que leur dossier existe toujours.

Le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, explique que la conservation obligatoire des dossiers médicaux au Québec est de 5 ans. Une des raisons, explique le Dr Robert, c’est que les médecins n’avaient plus de place pour mettre leurs dossiers.

Yves Robert.

Le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins

Photo : Radio-Canada / La facture

À l’ère des nouvelles technologies, il reconnaît que cela n’a plus de sens. Il soutient que le Collège attend depuis longtemps une réponse de l’Office des professions du Québec à sa demande de hausser la norme de conservation à 10 ans. Le Dr Robert ajoute que son ordre est obligé de se conformer aux lois d'accès à l'information et de protection des renseignements personnels.

Le Québec est la province où la conservation obligatoire des dossiers est la plus courte. Dans la majorité des provinces canadiennes, les dossiers doivent être conservés au moins 10 ans; 16 ans en Colombie-Britannique.

C'est illogique de penser se limiter à cinq ans pour garder un dossier médical [...]. Il y a des cas de femmes chez qui ce cancer-là s'est développé au bout de 2 ans, d'autres, 27 ans. Le temps médian est de 8 à 10 ans.

Julie Elliott

Un registre : la solution?

Le Dr Yves Robert et Julie Elliott soutiennent qu’il devrait y avoir un registre obligatoire pour les implants mammaires, mais également pour tous les dispositifs médicaux. Le Dr Robert affirme que cela fait longtemps qu'on demande que toute prothèse, que ce soit une prothèse mammaire, une prothèse de hanche, une prothèse de genou, une prothèse dans un œil, un pacemaker, soit inscrite dans un registre.

Julie Elliott, de son côté, est perplexe.

Si, au niveau privé, on est capable de mettre sur pied des registres de chacune des pièces de mon automobile, puis qu'on est capable de m'envoyer une petite carte par la poste, comment ça se fait [...] que lorsqu'il y a un rappel sur un produit implanté dans le corps humain, on ne reçoive pas un coup de fil ou une carte dans notre boîte à lettres?

Julie Elliott.

Julie Elliott, la fondatrice du groupe Maladie des implants mammaires Québec

Photo : Radio-Canada / La facture

Le Dr Robert assure que le Collège a recommandé au ministère de la Santé du Québec de mettre en place un registre qui ne serait pas assujetti aux règles de conservation des dossiers.

Il favorise un registre québécois, car la santé est de compétence provinciale. De plus, il estime qu’au national, c'est une trop grosse banque de données.

Le ministère de la Santé du Québec a écrit à La facture qu’il n’a pas évalué la pertinence ou la faisabilité d'un éventuel registre d'implants mammaires.

Il a ajouté que c’est Santé Canada qui a la responsabilité d’effectuer la surveillance et les rappels en lien avec le matériel médical.

Julie Elliott affirme que son groupe a souvent abordé le sujet avec Santé Canada. Le ministère a écrit à La facture : Bien qu’un registre soit approprié pour certains instruments médicaux, ce n’est peut-être pas le cas pour tous [...]. Le ministère est en discussions pour mieux comprendre les avantages et les limites reliés à l’usage d’un registre.

Mme Elliott dit que le problème perdure depuis des décennies. Les instances tardent à agir, déplore-t-elle, et les patientes en paient le prix.

Linda Rioux, elle, est prête à se faire retirer ses implants pour enfin savoir exactement ce qu’on lui a posé, pour être en paix avec moi-même, pour ne plus être inquiète.

Le reportage de la journaliste Esther Normand et de la réalisatrice Stéphanie Allaire sera diffusé à La facture le mardi 14 janvier à 19 h 30 sur ICI TÉLÉ.

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