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Écrasement en Iran : Trudeau confirme la vraisemblance d'un tir de missile iranien

Justin Trudeau s'adresse aux médias. Derrière lui se tiennent le général Jonathan Vance et le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan.

Justin Trudeau a fait le point sur les derniers développements dans l'enquête sur l'écrasement en Iran.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu que l'Iran pourrait avoir abattu l'appareil de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA) à bord duquel 63 Canadiens ont perdu la vie, insistant toutefois sur le besoin d'une enquête « approfondie ».

Nous avons des renseignements [qui] indiquent que l'avion aurait été abattu par un missile [sol-]air iranien. C'est possible que cela ait été fait involontairement, a rapidement indiqué le premier ministre canadien au cours d'une conférence de presse, jeudi, confirmant ainsi les informations véhiculées par les médias américains.

C'était la deuxième fois en 24 heures que Justin Trudeau se présentait devant les médias pour commenter l'écrasement qui a fait 176 morts, dans la nuit de mardi à mercredi en Iran.

Évoquant de multiples sources de renseignement, tant canadiennes que de pays alliés, il a dit juger les conclusions préliminaires suffisamment claires pour les partager avec les Canadiens.

L'Iran nie catégoriquement cette hypothèse. Une chose est sûre, cet avion n'a pas été touché par un missile, a déclaré vendredi le président de l'Organisation de l'aviation civile iranienne, Ali Abedzadeh, lors d'une conférence de presse à Téhéran.

Exprimant ses condoléances aux proches des victimes, Justin Trudeau a déclaré que la possibilité d'une attaque constituait un choc supplémentaire pour les familles déjà éplorées par cette tragédie innommable.

Se montrant très prudent, le premier ministre du Canada a cependant insisté sur l'importance d'une enquête complète, approfondie et crédible, une réponse martelée à presque toutes les questions des journalistes.

Le Canada souhaite contribuer de manière importante aux investigations sur les causes et circonstances de l'écrasement, a-t-il dit.

Les familles des victimes, et tous les Canadiens veulent des réponses. Je veux des réponses.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Notre gouvernement va remuer ciel et terre afin d'obtenir ces réponses, a assuré M. Trudeau, réclamant la transparence, l'imputabilité et la justice.

M. Trudeau a indiqué avoir été en contact avec les dirigeants de plusieurs pays, dont le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, avec qui il a dit collaborer. Ce dernier avait d'ailleurs publiquement réclamé la participation du Canada aux opérations en Iran.

M. Zelensky lui a assuré que Kiev, qui a été autorisé à dépêcher des enquêteurs sur place, prenait toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que l'enquête menée soit complète, a-t-il précisé.

Pour l’instant, l’Iran a indiqué qu’il allait garder les boîtes noires chez eux, mais ils ont indiqué au président Zelensky de l’Ukraine que les enquêteurs ukrainiens auraient au moins accès à ces boîtes noires, a-t-il ajouté.

M. Trudeau a par ailleurs estimé que la France, dont la société Safran fabrique les moteurs du Boeing 737 en partenariat avec l'Américain General Electric, devrait être associée étroitement à l'enquête. Il s'est d'ailleurs entretenu avec le président Emmanuel Macron.

Parlant de son côté de mises en scène douteuses, Téhéran a par ailleurs demandé au premier ministre canadien et à tout autre gouvernement ayant des informations sur l'écrasement de les remettre au comité d'enquête en Iran.

Trudeau refuse de spéculer

Interrogé sur la réponse de l'Iran quant à la participation canadienne à l'enquête, M. Trudeau a reconnu qu'Ottawa n'avait pas eu le feu vert escompté. Téhéran travaille avec les enquêteurs ukrainiens à ce moment-ci, ajoutant que la conversation se poursuivait.

L'Iran a montré une ouverture à une implication canadienne dans l'enquête depuis le début, a-t-il affirmé. Jusqu'à quel point et de quelle manière cela se fera doit encore être précisé, mais il y a là une ouverture.

Il a refusé de s'avancer sur de possibles représailles advenant une fin de non-recevoir de l'Iran, soutenant que cette question était prématurée. Il a également esquivé plusieurs questions sur la part de responsabilité de Washington dans l'escalade des tensions dans la région.

L'écrasement est survenu après l'assassinat ciblé, en Irak, par les États-Unis du puissant général iranien Qassem Soleimani, auquel le régime iranien a répondu, le même soir que l'écrasement de l'appareil de l'UIA, par une frappe de missiles contre des bases militaires irakiennes abritant des troupes américaines. Des Canadiens se trouvaient aussi dans l'une des bases visées.

Je pense qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions ou attribuer la faute à quiconque, s'est-il borné à répondre.

Un rôle minimal pour le Canada

L'autorité de l'aviation civile iranienne a invité le Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada à se joindre à l'investigation. Le BST a d'ailleurs dit avoir pris des arrangements pour se rendre sur les lieux de l'accident.

Mais le rôle que Téhéran offre au Canada correspond au strict minimum requis par la Convention relative à l'aviation civile internationale lors d'enquêtes sur les accidents d’avion. En vertu des droits que lui confère cette entente paraphée par 193 pays, le Canada, en tant qu'État ayant perdu des citoyens dans une catastrophe aérienne, peut affecter à l'enquête un expert qui aura accès à l'information rendue publique par les autorités iraniennes et pourra suivre les progrès de l'investigation.

Cela n'inclut ni une participation active à l'enquête, ni l'accès à l'information provenant de l'enregistreur de données de vol ou aux entrevues des témoins, a expliqué un ancien enquêteur canadien de la sécurité aérienne au BST interviewé par CBC, David McNair.

Le BST a indiqué qu'il pouvait réclamer des renseignements supplémentaires et offrir son expertise, sans garantie toutefois que l'Iran accéderait à ses demandes.

Le vol PS752 aurait été abattu par un missile

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a communiqué les demandes d'Ottawa à son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, mercredi soir. Au cours de leur entretien téléphonique, M. Champagne a souligné l'importance pour les autorités canadiennes d'avoir accès à l'Iran afin d'offrir des services consulaires, identifier les victimes et participer à une enquête approfondie, a précisé le premier ministre Trudeau.

Au cours d'une conférence de presse donnée peu après aux côtés de son homologue britannique Dominic Raab, le ministre Champagne s'est montré optimiste. La réponse du gouvernement iranien, du ministre des Affaires étrangères iranien, était ouverte, était encourageante, a-t-il soutenu.

Il y a de la part de l'Iran une ouverture pour l'octroi rapide de visas, a-t-il dit. Des employés sont déjà en route vers Ankara, la capitale de la Turquie, afin d'assurer des services consulaires sur le terrain.

Interrogé pour savoir s'il avait évoqué la thèse du missile avec son interlocuteur iranien, le ministre Champagne a précisé qu'il n'avait pas l'information fournie par différents services de renseignement au moment de l'appel.

François-Philippe Champagne a par ailleurs dit avoir condamné les frappes iraniennes lors de son entretien avec M. Zarif.

Le Canada particulièrement touché

Il y avait 146 Iraniens, 11 Ukrainiens, 10 Afghans, 5 Canadiens et 4 Suédois à bord selon le rapport de l'Organisation de l'aviation civile iranienne, qui admet cependant qu'un certain nombre d'entre elles avaient probablement une double nationalité. D'après les autorités ukrainiennes, il y avait 82 Iraniens et 63 Canadiens à bord.

La différence s'explique par la présence de nombreux citoyens binationaux, dont jusqu'à 140 Irano-Canadiens. Les Irano-Canadiens ne peuvent entrer et sortir de la République islamique que sur présentation de leur passeport iranien.

La liaison Téhéran-Toronto via Kiev est beaucoup utilisée par des Canadiens d'origine iranienne qui se rendent en Iran ou qui en reviennent. Aucun transporteur n'offre de vol direct.

Mercredi, Justin Trudeau a révélé que 138 des 176 passagers devaient se rendre au Canada.

Pays hôte d’une importante diaspora iranienne, le Canada a rompu les liens diplomatiques avec l'Iran sous Stephen Harper en 2012.

Accusant le régime iranien de soutenir le terrorisme, le gouvernement conservateur avait ordonné la fermeture de l'ambassade canadienne à Téhéran et l'expulsion de tous les diplomates iraniens en poste au Canada. Quelques délégations canadiennes se sont rendues à Téhéran depuis l'élection des libéraux, en 2015, mais les relations entre les deux pays sont loin d'avoir repris un cours normal.

La catastrophe aérienne de mercredi est celle qui a fait le plus de victimes canadiennes depuis l'attentat contre un Boeing 747 d'Air India en 1985, dans lequel 268 Canadiens avaient péri.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a par ailleurs demandé un rappel d'urgence de la Chambre des communes.

Avec la collaboration de François Messier et des informations de La Presse canadienne, de l'AFP et de CBC

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