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Les Gaspésiens paient l'essence plus cher que les automobilistes des autres régions

C'est en Gaspésie que l'essence coûte le plus cher au Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Joane Bérubé

Dans son rapport de décembre 2019, la Régie de l’énergie confirme que les Gaspésiens paient leur essence plus cher qu’ailleurs en raison de marges prélevées par les détaillants qui sont plus importantes que dans l’ensemble du Québec.

De plus, l’écart des prix à la pompe entre la Gaspésie et le reste du Québec s’est accentué en 2019.

C’est d’ailleurs cet écart qui a poussé les conseils municipaux de Gaspé, de Saint-Siméon et de Carleton-sur-Mer ainsi que les MRC du Rocher-Percé, de la Côte-de-Gaspé, de Bonaventure et de la Haute-Gaspésie a demandé à la Régie d’exercer une surveillance accrue du prix de l’essence en Gaspésie.

Selon les données du rapport de la Régie de l'énergie (Nouvelle fenêtre), les détaillants gaspésiens profitaient, en décembre dernier, d’une marge de détail estimée à 9,4 ¢/litre comparativement à 4,8 ¢/litre pour l’ensemble du Québec, soit un écart de 96 %.

Lors de ses relevés quotidiens, la Régie note que la Gaspésie est la région qui affiche le prix de l’essence le plus élevé au Québec presque une fois sur cinq, depuis cinq ans.

Entre octobre 2018 et l’automne 2019, ce pourcentage a grimpé à 34 %, ce qui signifie que la Gaspésie a été une fois sur trois la région du Québec où le prix de l’essence était le plus élevé.

Photo : Simon-Marc Charron

La Régie conclut qu’au net, le coût d’acquisition de l’essence calculé pour la Gaspésie ne présente aucune différence significative par rapport à celui du reste du Québec.

Autrement dit, la Régie estime que le transport ou l’éloignement ne sont pas des paramètres qui permettent d'expliquer l’écart entre le prix à la pompe en Gaspésie et celui payé ailleurs au Québec.

Ces coûts sont effectivement plus élevés que dans le reste de la province, mais la région bénéficie de rabais de la taxe provinciale sur les carburants qui compensent cette différence.

Des détaillants indépendants et plus nombreux

La Régie relève par contre qu’il y a trois fois plus de détaillants d’essence en Gaspésie pour 5000 habitants que dans l’ensemble du Québec et que ce sont en majorité des commerçants indépendants.

Ainsi, 83 détaillants d’essence desservent 88 500 habitants en Gaspésie, soit une moyenne de 5,4 commerces pour 5000 habitants. Au Québec, la moyenne est de 1,7 détaillant pour 5000 habitants. En cela, la Gaspésie se compare à la Côte-Nord.

Un automobiliste fait le plein d'essence à une station-service.

Les automobilistes voient leur facture d'essence augmenter à la pompe.

Photo : Radio-Canada

Le volume de vente est par contre plus important sur la rive nord du Saint-Laurent.

La Régie constate que près de la moitié des détaillants de Gaspésie vendent un faible volume d’essence. La moyenne de vente annuelle des détaillants gaspésiens est de 1,2 million de litres d’essence comparativement à 2,9 millions de litres en moyenne au Québec.

Comme la majorité des vendeurs d’essence de la région ne sont pas affiliés à une enseigne, ils déterminent eux-mêmes les prix à la pompe en fonction du marché.

  • En Gaspésie, le prix moyen affiché a été, en moyenne, de 121,7 ¢ le litre durant les cinq dernières années, comparativement à 119,6 ¢, pour un écart moyen de 2,1 ¢, le litre.
  • De 2014 à 2019, les écarts du prix hors taxes de la région ont aussi été nettement supérieurs à ceux du reste du Québec, soit de 2,7 ¢ le litre.

La Régie note par ailleurs qu’entre 2014 et 2019, la courbe des prix de l’essence en Gaspésie a fluctué de manière similaire à celle des prix affichés ailleurs au Québec.

Les prix de l’essence semblent avoir légèrement fléchi dans la région en novembre au moment de l’initiation de la surveillance accrue des prix en Gaspésie.

Une attention plus particulière portée par la Régie aux détaillants de la Ville de Gaspé permet de constater que les prix étaient aussi en baisse dans ce secteur au début du mois de novembre 2019, ce qui suit la courbe des prix dans les autres régions du Québec et ne permet pas de déterminer un lien entre la baisse des prix et la surveillance accrue de la Régie.

Plainte au Bureau de la concurrence du Canada

L'automne dernier, la Ville de Gaspé a aussi déposé une plainte au Bureau de la concurrence du Canada concernant les prix de l'essence.

Plus d’une quinzaine de municipalités ont adopté des résolutions pour appuyer les démarches de la Ville de Gaspé.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, se dit satisfait du rapport de la Régie de l'énergie, qui s'ajoute, selon lui, au dossier déposé au Bureau de la concurrence.

Comme la Régie, il note que les prix ont diminué l'automne dernier lors du dépôt des plaintes par les élus. Ça vient démontrer que les prix peuvent varier en fonction des coups de gueule médiatiques des élus municipaux, ce qui n’a aucun sens, affirme Daniel Côté.

Le maire rappelle qu’il y a un peu moins d’une dizaine d’années, le Bureau de la concurrence avait remarqué des situations similaires à ce qui se passe maintenant en Gaspésie. Je ne dis pas qu’il y a un cartel en Gaspésie, ce n’est pas à moi à faire la preuve de ça, mais ce que je peux vous dire, c’est que ça sonne [...] drôle à nos oreilles de voir que les prix soient anormalement élevés.

Le professeur en sciences économiques de l’Université Laval, Patrick Gonzalez, souligne par contre qu’il n’est jamais facile de surveiller la concurrence. Le problème avec la concurrence, c’est que si vous avez beaucoup de concurrence, les prix devraient se ressembler beaucoup. Si vous n’avez pas beaucoup de concurrence, les prix devraient se ressembler beaucoup, commente le professeur. Autrement dit, avec ou sans concurrence, les prix se ressemblent.

L'étude de la Régie n'aborde pas la propriété des stations d'essence, relève d'ailleurs Patrick Gonzalez. J’aimerais avoir plus d’informations sur le modèle commercial à qui appartiennent ces stations. On n’a pas vraiment de détails à savoir si un même propriétaire possède plusieurs stations ou s’il y a beaucoup de concurrence entre les différentes stations, commente Patrick Gonzalez.

Cette information sur la propriété des stations permettrait, selon lui, de savoir qui prend les décisions en Gaspésie en ce qui a trait au prix de l’essence, ce que ne permet pas de savoir le rapport.

Le professeur de sciences économiques ajoute qu'il revient donc au Bureau de la concurrence de faire la lumière sur ce genre de situation. Cela avait été le cas en Estrie, il y a quelques années, rappelle Patrick Gonzalez. Mais ils [en Estrie] avaient pu obtenir des poursuites aux prix d’enquêtes agressives qui impliquaient de l’écoute électronique. Simplement rapporter des prix comme ça, ça ne va pas très loin. C’est intéressant, c’est important, mais il ne faut pas penser que c’est simple de réguler la concurrence, que ce soit dans le détail ou la distribution.

La Régie de l'énergie est mandatée pour évaluer le prix de l’essence dans chaque région administrative du Québec, mais elle ne dispose ni du mandat ni des pouvoirs pour intervenir si le prix de l’essence est trop élevé.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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