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L'Iran riposte aux États-Unis

Dans un message publié sur Twitter, le président américain Donald Trump a indiqué qu'il allait faire une déclaration officielle mercredi matin. Il a précisé que le bilan et l'évaluation des dommages étaient en cours.

Des Irakiens près d'un cratère créé par l'explosion d'un missile balistique iranien.

Photo : Reuters / Ari Jalal

Radio-Canada
Mis à jour le 

En l’espace de 30 minutes, dans la nuit de mardi à mercredi, l'armée iranienne affirme avoir lancé 22 missiles sur deux bases irakiennes où sont installés des soldats étrangers, surtout des Américains. La riposte iranienne à l’assassinat du général Qassem Soleimani par les États-Unis aggrave-t-elle le risque de déflagration au Moyen-Orient?

Selon le Pentagone, plus d'une dizaine de missiles balistiques se sont abattus sur les bases aériennes d'Aïn al-Assad et d'Erbil.

Autant les Forces armées canadiennes que l'armée irakienne ont affirmé n'avoir compté aucune victime dans leurs rangs à la suite de l'attaque iranienne.

Jusqu'à présent tout va bien (so far, so good)! Nous avons l'armée la plus puissante et la mieux équipée du monde, et de loin! a écrit M. Trump.

Le département américain de la Défense a annoncé mardi soir qu'il faisait une évaluation préliminaire des dégâts et qu'il évaluait sa réponse à l'attaque.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a affirmé sur Twitter que son pays ne voulait pas « l'escalade ou la guerre », mais qu'il se défendrait « contre toute agression ». L'Iran a lancé et terminé des mesures de légitime défense proportionnées en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies en ciblant la base d'où l'attaque lâche contre nos citoyens et nos dirigeants a été lancée, a-t-il déclaré.

Pour le spécialiste des groupes chiites armés Phillip Smyth toutefois, des missiles balistiques ouvertement lancés depuis l'Iran sur des cibles américaines marquent une nouvelle phase.

En outre, un des chefs du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Iran intégrés à l'État irakien, a menacé mercredi les États-Unis d'une « riposte » qui « ne sera pas moins importante que la réponse iranienne ».

Signe que de nouvelles violences sont toujours redoutées, l'agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) a interdit aux avions civils américains le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe.

Les cours du pétrole s'envolaient de plus de 4,5 % mercredi matin dans les échanges en Asie.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique, l'armée idéologique de la République islamique, a conseillé à Washington de rappeler ses troupes déployées dans la région afin d'éviter de nouvelles pertes, menaçant Israël et des gouvernements alliés des États-Unis, en premier lieu les États du Golfe, pris entre l'Iran et l'Irak.

Les militaires canadiens sont « sains et saufs »

Le chef de l’état-major de la Défense canadienne Jonathan Vance a soutenu mardi soir que tous les membres des Forces armées canadiennes (FAC) déployés étaient « sains et saufs » à la suite de l’attaque de missiles en Irak. Il a ajouté : nous demeurons vigilants.

Le ministre canadien de la Défense nationale, Harjit Sajjan a déclaré qu'il était heureux de savoir que tout le personnel des FAC est en sécurité. Nous continuons à surveiller la situation de près et à prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer la sûreté et la sécurité du personnel civil et militaire, a ajouté le ministre.

L’une des bases aériennes visées par des tirs de l’Iran mercredi matin en Irak est un ancien centre des opérations canadiennes dans la lutte contre le groupe État armé islamique (EI). La base d’Erbil, dans le nord-est du pays, était le principal poste de commande pour les troupes canadiennes envoyées pour combattre les djihadistes de l’EI en Irak.

Le premier ministre Justin Trudeau a été informé des attaques et il suit la situation de près, a indiqué un porte-parole.

Que fera Trump?

En entrevue à l'émission 24/60 sur ICI RDI, le président de l'Observatoire sur les États-Unis de l'UQAM, Charles-Philippe David, a avoué avoir été surpris par la rapidité de la riposte iranienne. Elle est plus rapide et plus directe que ce que nous aurions pu anticiper. On voulait anticiper avec de l'espoir que la riposte allait être plus tardive, a-t-il indiqué.

Ça m'étonnerait que Donald Trump annonce des choses anodines, s'est avancé Charles-Philippe David.

« On redoutait depuis le début de sa présidence que viendrait un tel moment où ce président qui n'est pas vraiment en contrôle de sa politique étrangère, voire en contrôle de lui-même, puisse pour une fois écouter ses conseillers quand ils vont lui dire "vous savez, il y aura des représailles, mais annoncez-les de manière à rassurer tout le monde", de sorte que vous n'enclencherez pas une autre escalade », a expliqué le président de l'Observatoire sur les États-Unis de l'UQAM.

Après les missiles, la rhétorique

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique, une division de l'armée iranienne, a lancé un avertissement aux pays alliés des États-Unis, nommément Israël : en cas d'attaque, ils riposteront.

Nous conseillons au peuple américain de rappeler les troupes américaines [déployées dans la] région afin d'éviter de nouvelles pertes et de ne pas permettre que la vie de ses soldats soit davantage menacée par la haine toujours croissante du régime [américain].

Communiqué des Gardiens de la révolution

Le chef d’État-major de l’armée iranienne a déclaré qu’il est temps que Washington adopte un comportement différent avec l’Iran.

Les Gardiens de la révolution islamique ont indiqué mercredi qu’ils répertorient 100 cibles américaines ainsi que de leurs alliés dans la région. Nous frapperons ces cibles en cas d’attaques américaines.

La télévision publique iranienne avance que les attaques contre des cibles américaines en Irak ont fait 80 morts et qu'aucun des missiles lancés n'a été intercepté.

Carte montrant où sont situées les bases d'Aïn al-Assad et d'Erbil, en Irak.

Les bases aériennes d'Aïn al-Assad et d'Erbil, en Irak, ont été visées par des attaques menées depuis l'Iran.

Photo : Radio-Canada

Les réactions se multiplient à l’international

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a qualifié mercredi de « nouvel exemple d'escalade » ces frappes iraniennes.

Les dernières attaques aux missiles balistiques contre des bases aériennes en Irak utilisées par les forces américaines et de la coalition, dont des forces européennes, sont un autre exemple d'escalade et de confrontation accrue, a déploré M. Borrell lors d'une courte intervention devant la presse à Bruxelles. Il n'est dans l'intérêt de personne d'aggraver encore la spirale de la violence, a également mis en garde M. Borrell.

La Chine, l'un des principaux pays importateurs de brut iranien, a quant à elle appelé à « faire preuve de retenue ».

Il n'est dans l'intérêt d'aucune partie que la situation au Moyen-Orient s'aggrave encore, a averti devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a pour sa part vivement réagi aux menaces proférées par un haut responsable iranien, qui affirmait vouloir réduire des villes israéliennes en « poussière », si l'Amérique prend la moindre mesure après notre riposte militaire à l'assassinat du général Soleimani.

Benyamin Nétanyahou a prévenu l'Iran qu'Israël répondrait de manière « retentissante » en cas d'attaque contre l'État hébreu.

Par ailleurs, les compagnies aériennes de Dubaï, Emirates et Flydubai, ont annoncé mercredi avoir annulé leurs vols à destination de Bagdad. Air France a également suspendu « tout survol des espaces aériens iranien et irakien ».

Une tension croissante

Une quinzaine d'attaques aux missiles balistiques ont déjà visé des soldats et des diplomates américains en Irak depuis la fin octobre. Aucune n'a été revendiquée, mais Washington en a attribué plusieurs aux factions irakiennes pro-Iran.

Les Américains avaient riposté en bombardant des bases des milices chiites.

Cette attaque intervient un peu plus de 24 heures après un cafouillage des États-Unis, le Pentagone ayant démenti une information selon laquelle leur commandement militaire avait ordonné à ses troupes de se retirer du pays conformément à un appel du Parlement.

Plusieurs États membres de la coalition ont déjà retiré des soldats, par crainte de nouvelles attaques, dont une quinzaine ont déjà visé des bases où sont postés les militaires de la coalition depuis fin octobre.

Les Forces armées canadiennes entendent pour leur part déplacer une partie de leurs effectifs de l'Irak vers le Koweït.

L'Iran pourrait compliquer les défenses antimissiles régionales

Un rapport du Pentagone, datant de 2019, dresse un portrait de la capacité de frappe iranienne, notamment celle liée au moyen de missiles balistiques. On peut y lire que l'Iran peut lancer des salves de missiles contre des cibles de grande superficie, comme des bases militaires et des centres de population, dans toute la région pour infliger des dommages, compliquer les opérations militaires de l'adversaire et affaiblir le moral de l'ennemi.

Les spécialistes de la Défense américaine indiquent que les systèmes iraniens les plus précis sont principalement à courte portée, comme le Fateh-110 SRBM et ses dérivés. Les systèmes iraniens à plus longue portée, comme le MRBM Shahab 3, sont généralement moins précis.

Bien qu'il conserve dans son inventaire de nombreux missiles plus anciens et imprécis, l'Iran augmente la précision de bon nombre de ses systèmes de missiles, précise le rapport.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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