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La Grande Bibliothèque retire le journal de Matzneff, sous enquête pour viols sur mineurs

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Portait de Gabriel Matzneff  qui porte un costume et une chevalière au doigt.

Le reportage de Nabi-Alexandre Chartier

Photo : paris match via getty images / FOUQUE Patrick

Radio-Canada

La Grande Bibliothèque de Montréal a choisi de retirer le journal de Gabriel Matzneff de sa Collection universelle, selon ce qu'elle a annoncé mardi par voie de communiqué.

Les éditions Gallimard avaient fait pareille annonce ce matin, étant donné que l’écrivain français est visé par une enquête pour viols sur mineurs de moins de 15 ans.

Cette enquête a été ouverte vendredi dernier, soit le lendemain de la publication du livre Le consentement, de Vanessa Springora. Aujourd'hui à la tête de la maison d'édition Julliard, la jeune femme raconte l’emprise qu’a exercée l’auteur sur elle au cours de son adolescence, évoquant une relation qui l'a dévastée et lui a causé des dépressions.

Dans la foulée de la décision des éditions Gallimard de cesser la commercialisation du journal de l’écrivain Gabriel Matzneff et pour les mêmes raisons, la Direction générale de la Grande Bibliothèque a décidé de retirer ces ouvrages de sa Collection universelle. Cette décision a été prise en considérant les particularités de la situation, indique-t-on dans un communiqué très succinct, transmis par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Des réactions à la décision de Gallimard

L’écrivain et animateur Stanley Péan est étonné de la décision de Gallimard d’arrêter la commercialisation du journal de l’écrivain Gabriel Matzneff.

« C’est peu et tard. Si vraiment le livre pose problème, ça fait plus de 30 ans qu’on publie les journaux personnels de Gabriel Matzneff. C’est comme une réaction parce qu’il y a une controverse. C’est une réaction frileuse qu’on aurait dû avoir avant dans ces conditions. [... ] Si Gabriel Matzneff était un tueur en série qui nous racontait ses meurtres, malgré le talent d’écrivain, on dirait qu’il y a une problématique », explique-t-il en entrevue avec Radio-Canada.

Il ajoute que c’est faux de dire que la littérature peut tout justifier. Stanley Péan souligne que certaines personnes avaient dénoncé Gabriel Matzneff, dont Michel Onfray dans un texte paru en 1997, Du bon usage de la pédophilie.

De son côté, l’avocat Julius Grey pense que la décision de Gallimard est regrettable. « Je ne suis certainement pas en faveur de ce genre d’activités, mais je pense que la suppression des livres est devenue un problème majeur dans notre démocratie, au point de se demander si c’est toujours une démocratie ou si c’est seulement une concurrence entre les groupes de pression. »

Julius Grey rappelle que Juliette n’avait que 13 ans dans Roméo et Juliette et affirme que des œuvres fictionnelles comme celles du marquis de Sade n'auraient pu être publiées sous une telle rectitude politique.

Les prix et les applaudissements sont donnés selon les normes de chaque époque. Cela dit, on ne supprime pas. [...] Si on supprime les livres, les idées, les expériences et les pensées, il n’y a plus de remède quelques années plus tard. [...] On applique nos idées d’aujourd’hui au passé avec vengeance.

Julius Grey

Fiction, autofiction et pornographie juvénile

La journaliste et autrice Claudia Larochelle condamne quant à elle les références à la pédophilie dans les journaux de Matzneff, des références « qui sautent aux yeux et qui lèvent le cœur ». « De permettre la libre circulation de ces mots-là, c'est reculer, c'est régresser [en tant que société] », explique-t-elle.

L'avocat Pierre Trudel souligne que les journaux de Matzneff, qui constituent de l'autofiction plutôt que de la fiction, « pourraient constituer de la pornographie juvénile ». En entrevue avec l'animatrice Annie Desrochers au 15-18, il indique que « la seule possession de matériel de pornographie juvénile est un acte criminel » au Canada. Les bibliothèques pourraient ainsi vouloir se départir des journaux de Matzneff par principe de précaution. « Dans ce cas-ci, il y a des lois très strictes et précises validées par les tribunaux qui ont considéré que la pornographie juvénile, c'est un crime, et c'est une limite raisonnable [à la liberté d'expression] », précise l'avocat.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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