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Le président haïtien se défend

Le président d’un pays en crise, Jovenel Moïse, répond à nos questions.

Un rapport de la Justice haïtienne conclut que le président Jovel Moïse est au centre d'un détournement de fonds.

Photo : Getty Images / Concordia Summit / Riccardo Savi

Luc Chartrand
Mis à jour le 

Jovenel Moïse n’a guère connu de répit depuis qu’il a accédé à la présidence de la République d’Haïti en février 2017. Élu lors d’un scrutin largement boudé par la population, avec moins de 21 % de participation populaire, il a, dès le début de son mandat, fait face à la mobilisation de la rue. Hausse du prix des carburants, inflation et scandales de corruption ont nourri la colère populaire et ont engendré d’incessants appels à sa démission.

Le président Moïse a accepté de répondre par écrit à des questions que nous lui avons fait parvenir par courriel, peu avant les fêtes de fin d’année.


Vous avez refusé de démissionner malgré des appels d’une partie importante de la population et de groupes de la société civile. Qu’est-ce qui vous pousse à vouloir poursuivre votre mandat?

Il faudrait se méfier de gens de la République de Port-au-Prince qui prétendent parler au nom du peuple haïtien, n’ayant ni mission ni mandat. J’ai lu plusieurs sondages commandités par des groupes de l’opposition. Ces sondages, respectant les critères scientifiques en la matière, révèlent tous que plus de 65 % des Haïtiens exigent le respect de la Constitution et du mandat présidentiel. Plus de 90 % des Haïtiens ne font pas confiance à ceux qui demandent au président de la République de démissionner. 93 % rejettent la stratégie de violence développée par une frange de l’opposition appuyée par des oligarques ayant pris en otage depuis des décennies le destin de tout un peuple.

Un de ces sondages a été publié le 26 décembre (Nouvelle fenêtre) par Ayiti Nou Vle a (L'Haïti que nous voulons), une organisation de la société civile qui lutte contre la corruption et la réforme de la justice. Le taux d'approbation du président (45 %) a surpris ceux-là mêmes qui l'ont commandé. Le sondage a été critiqué, notamment pour un échantillonnage jugé faible et peu représentatif des régions. Par ailleurs, nombre d'observateurs estiment qu'un ras-le-bol de la population face aux manifestations qui ont paralysé le pays pendant trois mois est désormais palpable en Haïti.

Je poursuivrai jusqu’à la dernière minute les réformes et les projets entamés. En laissant le pouvoir, le secteur de l’énergie ne sera plus l’affaire privée de trois familles, mais de tous les Haïtiens. En laissant le pouvoir, les secteurs de l’eau et des infrastructures routières, la base du développement, seront considérablement améliorés. La justice doit être renforcée et accessible à tous. C’est cela le sens de mon engagement.

Quelle appréciation faites-vous des mouvements de jeunes Haïtiens qui se qualifient de petrochallengers?

Que des jeunes s’intéressent à la chose publique est une bonne chose. Qu’ils se laissent manipuler aux fins du maintien du statu quo est vraiment dommageable.

Je suis pour la transparence et la reddition des comptes. Je m’y suis engagé depuis mon accession à la présidence.

Pour se protéger, les corrompus ont une tactique hors pair : accuser de corruption celui qui combat la corruption! J’ai compris la stratégie. Elle ne marchera pas avec moi. Qu’ils en trouvent une autre!

La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif allègue dans son 2e rapport que des entreprises dans lesquelles vous aviez un intérêt prépondérant ont participé à un stratagème visant à détourner des fonds. Vous avez nié ces allégations, notamment dans le journal Miami Herald. Entendez-vous produire – et si oui, de quelle façon – tous les documents permettant d’étayer votre réponse?

L’entreprise en question a déjà produit toute la documentation nécessaire. Chose curieuse, la Cour des comptes ne s’y est pas intéressée. Trop occupée, elle n’a pas non plus pris le temps d’interroger les dirigeants de l’entreprise. Avant d’accéder au pouvoir, je n’ai jamais travaillé dans l’administration publique. Homme d’affaires, j’ai exécuté des contrats régulièrement attribués suivant les lois haïtiennes.

Une grande partie du peuple haïtien réclame un procès PetroCaribe. Un tel procès doit-il avoir lieu et, si oui, comment sera-t-il mis en oeuvre?

Ce procès aura lieu. Le dossier est instruit par la justice. Laissons la justice faire son travail.

L’opposition affirme que, sans le soutien de la communauté internationale, vous auriez déjà quitté la présidence d’Haïti. Que répondez-vous?

À force de mépriser le peuple haïtien, mes compatriotes de l’opposition oublient les règles minimales de démocratie. Nos errements politiques de ces 30 dernières années ont rendu nécessaire le soutien de la communauté internationale. C’est un soutien au peuple haïtien et non à un individu ou à un président.

Y a-t-il aujourd’hui, en Haïti, un risque de guerre civile? Comment l’éviter?

Ne soyons pas alarmistes.

Jusqu’ici, vos appels pour un dialogue national ont été largement rejetés par l’opposition. Quelle est votre stratégie pour sortir de la crise grave que traverse votre pays?

J’ai fait, depuis la campagne électorale, du dialogue un élément central de mon projet de gouvernance. J’avais promu les États généraux sectoriels de la Nation (EGSN) en vue d’identifier les différents goulots d’étranglement obstruant l’essor socioéconomique d’Haïti. Il se trouve malheureusement que le dialogue n’est pas un élément central de la culture politique haïtienne.

D’ailleurs, les obstacles rencontrés dans la constitution du Comité de pilotage des EGSN en sont une éclatante illustration. J’avais fait choix de personnalités issues de toutes les couches de la population, sans considération partisane. Grande a été ma surprise de voir certaines personnes conditionner leur participation à l’exclusion d’autres Haïtiens qu’elles n’aiment pas. Ce qu’il nous faut est une culture politique qui privilégie le dialogue à la place de la violence qui a fait et qui fait trop de mal au peuple haïtien.

Durant cette crise, nombre de mes compatriotes de l’opposition, appuyés par des oligarques qui ont fait de la corruption un élément fondamental de leur stratégie d’accumulation de richesses, ont privilégié la violence au dialogue. Je n’aurai de cesse de le répéter, je ne répondrai pas à la violence politique par la violence. Nous devons apprendre à résoudre nos différends par des voies pacifiques. Nous devons accepter les voies et moyens définis par la Constitution et nos lois en vue d’accéder au pouvoir. J’ai pris des engagements auprès du peuple haïtien, j’entends les respecter.

Notre dossier Haïti, dix ans après le séisme

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