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Un lien terrestre entre Terre-Neuve et le reste du Canada, est-ce possible?

Une carte montrant une possible liaison entre Terre-Neuve et le Labrador.

Une carte d'une liaison de transport fixe proposé par la firme Hatch en 2018. Depuis des décennies, des experts étudient la possibilité d'un lien fixe pour désenclaver l'île de Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement fédéral promet de créer un lien terrestre entre Terre-Neuve et le reste du Canada. Mais ce projet tant discuté depuis des décennies est-il réalisable?

Étudié depuis les années 70, le dossier s’accélère à grands pas, selon plusieurs promoteurs.

La lettre de mandat de la ministre des Infrastructures (Nouvelle fenêtre), Catherine McKenna, l’oblige explicitement à créer un Fonds national d’infrastructure pour appuyer de grands projets rassembleurs et, en premier lieu, financer une liaison entre l'île de Terre-Neuve et le reste du pays.

Mais les détails de ce lien de transports fixe – ainsi que son budget et son échéancier – demeurent vagues.

Churrence Rogers, député libéral de Burin-Bonavista-Trinity, siégeait au comité des Transports de la Chambre des communes en 2019, lorsque le comité a rédigé le plus récent rapport recommandant la construction d’un lien fixe (Nouvelle fenêtre).

Il croit fermement au projet. Il avance toutefois qu'il vaut mieux construire un tunnel qu’un pont, en raison de la glace dans le détroit de Belle Isle. Mais il ne veut pas se prononcer davantage sur les détails.

Le libéral Churence Rogers lors d'un événement de campagne en compagnie du premier ministre Justin Trudeau, le 23 novembre 2017, à Clarenville, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le libéral Churence Rogers, en compagnie du premier ministre Justin Trudeau, en novembre 2017, à Clarenville, à Terre-Neuve. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Nous ne sommes pas rendus à ce point-là, indique-t-il. Il y en a qui suggèrent de construire un tunnel ferroviaire, comme l’a suggéré un rapport commandé par la province il y a quelques années. [...] Mais je pense que beaucoup de gens préfèrent un lien qui leur permettrait de conduire.

Évidemment, une décision sera basée sur les opinions des experts, qui vont suggérer la meilleure chose à faire, et aussi, sur le coût du projet.

Churrence Rogers, député fédéral, Burin-Bonvavista-Trinity

Les rapports se multiplient

Plusieurs experts se sont déjà prononcés. En 2004, la province avait commandé une première étude de faisabilité. Elle a dévoilé un autre rapport en 2018, qui envisageait deux projets possibles d’au moins 1,7 milliard de dollars : un tunnel ferroviaire et un tunnel routier.

Les deux liens d'environ 16 km, tels que proposés, allaient prendre au moins 14 ans.

Un projet qui n'avance jamais

En 2018, l’ancien maire de la communauté de L’Anse-au-Clair, sur la côte sud du Labrador, a critiqué la province pour avoir traîné les pieds dans le dossier. (Nouvelle fenêtre)

Il n'est pas le seul.

Selon Jean-Marc Picard, directeur général de l’Association du camionnage des provinces de l'Atlantique, le lien terrestre revient sur le radar, je dirais, une ou deux fois par année, mais ça ne va jamais plus loin.

Je suis une personne qui aime voir les choses avancer. C’est sûr qu’on en parle, on en parle, on en parle. Mais à un moment donné, qu’est-ce qu’on fait là? observe-t-il.

Un homme en costume bleu sourit devant le local d'une association.

Jean-Marc Picard, directeur général de l'Association du camionnage des provinces atlantiques

Photo : Association du camionnage des provinces atlantiques

Selon M. Picard, un lien fixe favoriserait la fiabilité du transport des biens et produits jusqu'aux consommateurs à Terre-Neuve, actuellement desservis grâce aux traversiers de Marine Atlantique.

On a vu des hivers où on a vu 15-20 jours où il n’y avait pas de service [de traversier] pour 24 heures. C’est certain que, dans ces cas là, les épiceries commencent à manquer du manger, déplore-t-il.

Mais le directeur général prévient que le succès d’un lien fixe entre Terre-Neuve et le reste du Canada dépendra non seulement de l’élaboration d’un plan de construction viable, mais aussi des investissements importants dans les infrastructures routières dans le nord du Québec et à Terre-Neuve.

Un traversier de Marine Atlantique navigue sur l'eau.

Pour le moment, les traversiers de Marine Atlantique sont la seule manière de transporter des biens à Terre-Neuve. (Marine Atlantique)

Photo : Marine Atlantique

Il insiste aussi sur le fait que la construction d’un tunnel ne réduira pas nécessairement les coûts pour les entreprises de transport routier, qui pourraient payer des péages supplémentaires, comme le font les conducteurs utilisant le pont de la Confédération pour atteindre l’Île-du-Prince-l’Édouard.

Plus un rêve fou?

Churrence Rogers admet qu’il pourrait devenir difficile de vendre l’idée aux contribuables après des années de dépassements de coûts liés à un autre mégaprojet : le barrage hydroélectrique de Muskrat Falls, maintenant responsable d’un tiers de la dette provinciale.

Il faut examiner ce projet en fonction de ses mérites propres et il faut s’assurer que si l'on va de l’avant avec ce projet, il n’y aura pas d'impact négatif pour les contribuables de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec.

Churrence Rogers, député fédéral, Burin-Bonavista-Trinity

Pour l’ancien parlementaire provincial Danny Dumaresque, financer la construction d’un lien fixe demeure la meilleure décision pour désenclaver l'île de Terre-Neuve.

Originaire de L’Anse-au-Clair, il milite pour un lien fixe depuis les années 80, et soutient que les gouvernements de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec s'intéressent beaucoup au projet.

Le Québec, souligne M. Rogers, voit surtout le lien fixe comme une manière de compléter la route 138, qui reliera la côte nord du Québec au reste de la province.

M. Dumaresque affirme qu'à Ottawa, le gouvernement libéral a déjà souligné son soutien au projet dans sa plateforme électorale et l’a réaffirmé dans la lettre de mandat du ministre McKenna.

Ce n’est plus un rêve fou quand le gouvernement fédéral soutient de toute sa force le projet, déclare-t-il.

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