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Harvey Weinstein inculpé à Los Angeles pour deux cas d'agression sexuelle

Le reportage de notre envoyée spéciale à New York, Geneviève Garon

Photo : Getty Images / Stephanie Keith

Radio-Canada

Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein a été inculpé lundi à Los Angeles pour deux autres cas d’agression sexuelle, tandis que s’ouvre à New York son procès pour les viols de deux femmes, un peu plus de deux ans après la déferlante du mouvement #MeToo.

Ces nouvelles accusations sont liées à des crimes qui se seraient produits en 2013, selon la procureure Jackie Lacey, qui en a fait l'annonce par communiqué.

Harvey Weinstein est accusé d'avoir forcé la porte de la chambre d'hôtel d'une femme pour la violer, le 18 février 2013. Une autre plaignante allègue avoir été agressée sexuellement dans une chambre d'hôtel de Beverly Hills le lendemain.

Nous croyons que la preuve démontrera que l’accusé a usé de son pouvoir et de son influence pour se rapprocher de ses victimes et ensuite commettre [ces] violents crimes, a indiqué la procureure Lacey.

Un peu plus tôt, en matinée, Harvey Weinstein s'est présenté dans un tribunal de Manhattan pour les derniers préparatifs en vue de son procès, où il doit répondre à des accusations de viols pour lesquelles il est passible de la détention à perpétuité.

Cette audience préparatoire n'a duré qu'un peu plus d'une heure.

Elle sera suivie mardi par le début du processus de sélection des membres du jury, une étape qui s'annonce complexe compte tenu de la médiatisation de l'affaire et de la notoriété de l'accusé, et qui pourrait se dérouler sur deux semaines.

Le procès très attendu et symbolique du mouvement #MeToo devrait durer environ six à huit semaines.

L'avocate principale de Weinstein, Donna Rotunno, a dit être prête pour la sélection des jurés.

Nous espérons pouvoir composer un jury impartial, nous le croyons possible. Et nous allons rappeler à tout le monde que, dans ce grand pays, vous êtes considéré comme innocent jusqu'à preuve du contraire.

Donna Rotunno, avocate de Weinstein

Me Rotunno aurait souhaité que les jurés soient isolés pour toute la durée des procédures, mais le juge James Burke a rejeté sa requête.

Le juge Burke a d'autre part ordonné aux avocats de l'accusé de s'abstenir de faire des commentaires au sujet des plaignantes ou des témoins sur la place publique.

Vêtu d'un costume noir, l'homme âgé de 67 ans était arrivé vers 9 h, soit une trentaine de minutes avant le début de l’audience.

Le teint pâle et les cheveux hirsutes, Weinstein s'aidait d'une marchette, en raison d'une récente opération au dos. Lorsqu'un journaliste lui a demandé comment allait son dos, il a affiché un demi-sourire et fait un signe de la main laissant entendre « couci-couça ».

Weinstein n'a toutefois pas prononcé le moindre mot, ni à l'intérieur ni à l'extérieur du tribunal.

Certains détracteurs prétendent qu'il cherche à se montrer fragile, histoire d'attirer la sympathie de la cour.

Des dizaines de victimes alléguées

Une quinzaine de femmes s'étaient rassemblées devant le bâtiment, parmi lesquelles l'actrice américaine Rosanna Arquette, qui affirme avoir été agressée sexuellement par Harvey Weinstein.

Nous sommes ici pour nous assurer que l’attention de ce procès est portée sur les gestes de l'auteur des crimes et non sur ceux de ses victimes, et que justice soit faite. La vérité l'emportera.

Rosanna Arquette, actrice et victime alléguée de Weinstein

Cher Harvey, peu importent les mensonges que tu te racontes, tu l’as fait et la Justice te regardes de haut, toi, le super-prédateur, a pour sa part déclaré Rose McGowan, une autre actrice américaine qui dit, elle aussi, avoir été agressée par l'accusé.

Certaines des femmes présentes tenaient des pancartes avec des slogans tels que Justice pour les survivantes.

Mme Arquette est appuyée sur une clôture de métal.

L'actrice Rosanna Arquette faisait partie de celles qui attendaient l'arrivée de Harvey Weinstein au tribunal.

Photo : Associated Press / Mark Lennihan

Plus de 80 femmes, pour la plupart des actrices – dont des célébrités comme les Américaines Gwyneth Paltrow et Angelina Jolie ou la Française Léa Seydoux – mais aussi d'autres travailleuses de l'industrie du cinéma, ont accusé Weinstein d'agressions sexuelles, commises sur une période de plusieurs décennies. Les premières allégations ont été révélées par le New York Times et le New Yorker en octobre 2017.

Or, le procès ne concerne directement que deux victimes.

L'ancienne assistante de production Mimi Haleyi affirme que Weinstein l'a agressée sexuellement dans son appartement new-yorkais en juillet 2006. La deuxième victime présumée, demeurée anonyme, l'accuse quant à elle d'un viol survenu en mars 2013 dans une chambre d'hôtel, également à New York.

Toutefois, l'acte d'accusation a été modifié en août pour inclure l'actrice Annabella Sciorra, qui affirme avoir été agressée sexuellement par Weinstein au début des années 1990.

S'il est reconnu coupable des accusations les plus graves retenues contre lui, soit deux chefs d'agression sexuelle prédatrice, Harvey Weinstein se verra imposer l'emprisonnement à perpétuité, peine minimale en pareilles circonstances.

Pour que cela se produise, les procureurs devront démontrer que Harvey Weinstein avait violé des femmes à répétition.

Ils souhaitent que les jurés entendent, en plus des deux victimes présumées et de Mme Sciorra, quelques-unes des nombreuses autres femmes qui se sont manifestées publiquement pour accuser Weinstein d'inconduite sexuelle allant du harcèlement à l'agression.

Le juge n'a pas précisé combien de femmes seraient autorisées à témoigner.

Me Donna Rotunno a soutenu que la preuve était faible et déclaré qu'elle prévoyait contre-interroger agressivement les accusatrices.

Une victime alléguée canadienne

Plan rapproché de Mme Rosenbaum.

L’actrice montréalaise Erika Rosenbaum affirme que le producteur Harvey Weinstein l'a agressée sexuellement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’actrice montréalaise Erika Rosenbaum, qui soutient également être l'une des victimes de Harvey Weinstein, suivra son procès avec une grande attention.

En entrevue à RDI, elle a reconnu que l’accusé avait déjà été puni jusqu’à un certain point puisqu’il a perdu son entreprise et que sa carrière et sa réputation sont ruinées. Mais pour les femmes, il faut qu’il y ait une justice aussi.

Il était le roi de Hollywood. C’était très difficile de l’éviter, a-t-elle souligné. Mais dorénavant, quelle que soit l’issue du procès, son nom va toujours être associé à un prédateur davantage qu’à un producteur, a-t-elle dit.

Elle s’est aussi réjouie de l’impact du mouvement #MeToo sur l’industrie cinématographique et au-delà. Pour moi, ça a changé plus que le cinéma : ça a changé le monde.

Avec des informations de Geneviève Garon, de l'Associated Press, de Reuters et de l'Agence France-Presse

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