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Une foule immense en Iran appelle à venger la mort du général Soleimani

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Des milliers de personnes sont entassées dans une place centrale.

Le reportage de notre correspondant à Washington, Jean-François Bélanger

Photo : Getty Images / AFP/ATTA KENARE

Radio-Canada

Aux cris de « Mort à l'Amérique », une marée humaine en deuil a rendu lundi, à Téhéran, un vibrant hommage au général Qassem Soleimani, commandant le plus populaire d'Iran, appelant à le venger après son assassinat et celui d'autres personnes, vendredi dans un raid américain à l’aéroport international de Bagdad.

Mort aux infidèles, Mort aux séditieux et Mort à Al-Saoud, en référence à la famille régnante en Arabie saoudite, alliée des États-Unis et grande rivale régionale de l’Iran, faisaient aussi partie des slogans scandés par les Iraniens.

Au deuxième des trois jours de deuil national en l'honneur du général de 62 ans, considéré comme un héros en Iran, ce sont des millions de personnes qui sont descendues dans les rues de la capitale, selon la télévision d’État.

La foule a notamment envahi les avenues Enghelab (Révolution, en persan), Azadi (Liberté) et leurs alentours, agitant de multiples drapeaux rouges [couleur du sang des martyrs, NDLR] ou iraniens, mais aussi libanais ou irakiens.

La colère et les appels à des représailles étaient les sentiments dominants dans la foule, qui faisait ainsi écho à de précédents propos du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a promis dès vendredi une vengeance sévère envers les Américains.

Voici notre message pour l’Amérique : nous vous frapperons, nous vous ferons payer pour le sang versé par votre faute. L’Amérique devrait savoir qu’elle a commencé cela, mais nous allons y mettre fin.

Mehdi Ghorbani, fonctionnaire iranien

Dimanche, une marée humaine avait aussi envahi les rues d'Ahvaz et de Machhad, en Iran, au premier de trois jours d'hommage national au général Soleimani.

Les cérémonies funéraires à la mémoire de Qassem Soleimani doivent culminer mardi, où il sera enterré dans son patelin de Kerman, dans le sud de l'Iran.

L'ayatollah Ali Khamenei, en prière.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, était visiblement ému lorsqu'il a prononcé une courte prière en arabe devant les cercueils de Qassem Soleimani, du chef de milice irakien Abou Mehdi al-Mouhandis et de quatre autres Iraniens, morts dans le raid américain du 3 janvier.

Photo : Reuters / Site officiel de l'ayatollah Khamenei

Lundi, l’ayatollah Khamenei est apparu ému en prononçant une courte prière en arabe devant le cercueil du général Soleimani.

Se tenant debout devant d’autres dignitaires iraniens devant le cercueil du dirigeant de la Force Qods des Gardiens de la révolution, exposé dans une mosquée de Téhéran, le chef de l’État a eu la voix brisée par l’émotion, ce qui l’a forcé à prendre une pause pendant la prière funéraire.

Le président iranien Hassan Rohani, le successeur de Qassem Soleimani, Esmail Qaani, et d’autres dirigeants iraniens étaient présents aux côtés de l’ayatollah Khamenei, devant une foule compacte rassemblée pour la cérémonie.

Ali Khamenei dirige une prière dans une mosquée devant six cercueils. Plusieurs centaines de personnes sont présentes.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei (un pas devant les autres dignitaires), était visiblement ému lorsqu'il a prononcé une courte prière en arabe devant les cercueils de Qassem Soleimani, du chef de milice irakien Abou Mehdi al-Mouhandis et de quatre autres Iraniens, morts dans le raid américain du 3 janvier.

Photo : Reuters / Site officiel de l'ayatollah Khamenei

L’Iran a ainsi présenté une image d’unité, alors qu’elle était apparue profondément divisée il y a quelques semaines. La fille de Qassem Soleimani, Zeinab, et le chef du bureau politique du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, ont en outre électrisé la foule en parlant des effets galvanisants que la mort du général aura selon eux sur la résistance à l'Amérique et à Israël.

Le président américain Donald Trump a affirmé vendredi que les États-Unis ont éliminé le général Soleimani parce qu'il préparait des attaques imminentes contre des diplomates et des militaires américains. Il a soutenu qu'il était le terroriste numéro un dans le monde.

Dimanche, il a menacé de détruire 52 sites de très haut niveau et très importants pour l'Iran et la culture iranienne si la République islamique mettait ses menaces de représailles à exécution.

Et lundi, Donald Trump a répété qu'il ne laisserait pas l'Iran se doter de l'arme nucléaire. L'Iran n'aura jamais d'arme nucléaire!, a-t-il tweeté.

Ce à quoi son homologue iranien, Hassan Rohani, a rétorqué, toujours sur Twitter : Ne menacez jamais l'État iranien. M. Rohani faisait ainsi référence aux 52 sites cités par M. Trump. Ceux qui avancent le chiffre 52 devraient se souvenir du numéro 290. #IR655, a-t-il aussi écrit, évoquant la destruction du vol 655 d'Iran Air par un bâtiment de l'US Navy, qui a fait 290 morts en 1988.

Esmail Qaani semble pleurer sur le cercueil.

Le successeur désigné de Qassem Soleimani, Esmail Qaani, s'est recueilli sur le cercueil de son ancien patron.

Photo : Reuters / Site officiel de l'ayatollah Khamenei

L'OTAN s'interroge sur la voie à suivre

Face aux craintes d'une escalade, les ambassadeurs des pays de l'OTAN se sont réunis lundi pour discuter de la crise entre l'Iran et les États-Unis.

Lors de notre réunion aujourd'hui, les alliés ont appelé à la retenue et à la désescalade. Un nouveau conflit ne serait dans l'intérêt de personne, donc l'Iran doit s'abstenir de davantage de violence et de provocations, a déclaré le secrétaire général de l'organisation, Jens Stoltenberg, à l'issue de la réunion extraordinaire.

Les ambassadeurs des 29 pays de l'OTAN se réunissent régulièrement à Bruxelles, plusieurs fois par semaine, pour discuter des questions d'actualité et d'intérêt commun. Lundi, les responsables américains ont informé leurs partenaires à propos de l'opération lors de laquelle le général iranien Qassem Soleimani a été tué en Irak.

Le chef de l'OTAN a souligné qu'il s'agissait d'une décision des États-Unis, pas de la coalition ou de l'OTAN.

Le secrétaire général de l'OTAN parle en conférence de presse.

Jens Stoltenberg répond aux questions des médias lundi quant à la position de l'OTAN au sujet de la situation sécuritaire au Moyen-Orient.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

Mais tous les alliés sont inquiets des activités déstabilisatrices de l'Iran dans la région. Nous avons vu récemment une escalade de la part de l'Iran, notamment une frappe contre une installation pétrolière saoudienne et un drone américain abattu.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN

Samedi, l'OTAN a annoncé la suspension de ses opérations d'entraînement en Irak, après la mort du général Soleimani. La mission de l'OTAN en Irak entraîne depuis octobre 2018 les forces de ce pays à la demande du gouvernement irakien pour empêcher le retour du groupe armé État islamique (EI).

Nous sommes prêts à reprendre l'entraînement dès que la situation sur le terrain le permet, a commenté Jens Stoltenberg, lundi.

Quelque 250 militaires canadiens sont présentement en Irak à des fins de formation des troupes locales et 250 soldats supplémentaires se trouvent quant à eux dans le nord du pays, pour travailler aux côtés de la coalition antidjihadiste.

L'accord sur le nucléaire au centre des préoccupations

Du côté de l'Union européenne (UE), on se dit prêt à durcir la position sur l'accord nucléaire. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se retrouveront d'ailleurs vendredi, toujours à Bruxelles, pour en discuter.

La procédure de règlement des litiges prévue par le traité pourrait ainsi être déclenchée afin de contraindre Téhéran à revenir sur ses décisions successives de se soustraire à une partie de ses dispositions, indiquent des diplomates européens.

La décision pourrait être annoncée lors de la réunion de vendredi, voire avant cette date, par les trois puissances européennes signataires de l'accord, soit l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. L'accord a également été ratifié par la Chine et la Russie. Les États-Unis se sont quant à eux retirés du traité en mai 2018.

L'Iran a pour sa part annoncé dimanche la cinquième et dernière phase de son plan de réduction des engagements pris en vertu de l'accord, signé en 2015.

La République islamique affirme qu'elle ne se sent désormais plus tenue par aucune limite sur le nombre de ses centrifugeuses convenue en vertu de l'accord.

Téhéran a cependant indiqué qu'il continuerait à se soumettre volontairement au programme d'inspection particulièrement draconien mis en place à la suite de cet accord qu'avait signé l'administration Obama.

En attendant de nouveaux développements dans ce conflit, les cours du pétrole poursuivent leur ascension, tandis que les bourses mondiales sont plombées par la nervosité des investisseurs.

L'or, traditionnelle valeur refuge, est monté à des niveaux inégalés depuis 2013.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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