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Femmes policières : Toronto loin derrière Montréal et Longueuil

Des femmes et des hommes en uniforme de la police de Toronto, en rang, lors d'une cérémonie.

Les femmes comptaient pour 19 % des effectifs policiers à Toronto en 2018, selon les plus récentes données de Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / (Archives)

Camille Gris Roy

Le plus grand corps de police municipal au pays, celui de Toronto, compte 19 % de femmes policières dans ses rangs, un taux plus faible qu'à l’échelle nationale. Le service reconnaît qu’il y a du chemin à faire pour rattraper d’autres villes, comme Montréal, qui ont atteint un tiers de policières. L’adoption, depuis le 1er janvier, d’un nouveau système de recrutement en Ontario pourrait ouvrir les portes de la profession à plus de femmes.


En 2018, il y avait près de 15 000 policières au pays, soit 22 % de l’effectif policier total, selon les plus récentes données de Statistique Canada (Nouvelle fenêtre), parues cet automne, qui révèlent aussi des disparités géographiques.

Si les services de la grande région de Toronto (Toronto, Peel et York) affichent des taux entre 18 et 19 %, d’autres corps policiers, au Québec en particulier, font mieux. Le Service de police de la Ville de Montréal compte 33 % de policières, et c’est Longueuil qui enregistre le taux le plus élevé au Canada, avec 34 %.

La policière Jo-Ann Savoie, historienne de l’association Ontario Women in Law Enforcement (OWLE), s’étonne de voir que les chiffres ont peu évolué en Ontario en général. Je suis les statistiques depuis 2001. À l’époque, la moyenne nationale était bien inférieure à 20 %, mais en Ontario au moins trois services municipaux étaient autour des 20 %. Il n’y a pas grand-chose qui s’est passé depuis!

On reconnaît que le nombre est bas, admet pour sa part l’agente Isabelle Cotton, de la police de Toronto.

Une femme en uniforme devant un ordinateur dans un bureau.

Isabelle Cotton, de la police de Toronto

Photo : Radio-Canada / Peter Turek

C'est pour ça que, maintenant, on fait des événements sur le sujet. Toronto, prévient-elle, s’est doté d’un objectif ambitieux : augmenter de 90 % l’embauche de femmes d’ici 5 ans.

Systèmes de formation différents

Pour Myra James, policière retraitée du service de Hamilton et membre de l’Association internationale des femmes policières (IAWP), certains corps policiers peuvent être plus attractifs que d’autres pour de multiples raisons.

Ça peut être lié à l’horaire des quarts de travail, aux postes stimulants auxquels sont affectées ou non les femmes - certains services les affectent aux plaintes par téléphone -, aux possibilités d’avoir un poste partagé ou encore aux avantages de congé de maternité.

Le système de formation propre au Québec pourrait expliquer les taux de femmes plus élevés dans cette province.

Ils font tous une technique policière de trois ans au niveau collégial puis ils vont à l'école nationale de police, à la suite de quoi, ils peuvent être engagés, décrit Massimiliano Mulone, professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Une élève policière de dos à l'entraînement

Au Québec, les futurs policiers doivent obtenir un diplôme au collégial avant d'entrer à l'École nationale de police.

Photo : Radio-Canada / Pierre Marceau

C'est de longues études par rapport au reste du Canada. C’est difficile de conclure si c'est cette raison ou une autre, il faut comparer aussi, par exemple, l'attractivité salariale. Mais c'est sûr que, pour entrer en technique policière, il faut avoir de bonnes notes et généralement les femmes performent mieux que les hommes à l'école.

Ici, tu peux avoir un diplôme sans lien avec la police, note Isabelle Cotton.

Elle estime que le système québécois offrirait au moins un avantage : il prépare mieux aux tests physiques, un obstacle de taille en Ontario, selon elle.

Une des choses qu'on sait, c'est que l'intérêt pour être policière est là. Cependant, les tests physiques sont quelquefois difficiles pour certaines femmes qui n’ont pas l’habitude. Et les études démontrent que quand elles ne réussissent pas, elles ne le referont pas.

Isabelle Cotton, police de Toronto

Nouveau système, nouveaux espoirs

L’agente Cotton pense que le nouveau système de sélection des policiers dans la province, qui se veut plus accessible, va changer les choses.

Depuis le 1er janvier, les candidats doivent obtenir un certificat de l'Association des chefs de police de l'Ontario (OACP) avant de postuler auprès d’un corps policier.

Image d'archives d'un camp d'entraînement pour les femmes qui veulent intégrer la police de Windsor.

Les tests physiques peuvent représenter un obstacle pour certaines femmes, croit la police de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Édith Drouin

L’ancien certificat, qui était délivré par l’agence Applicant Testing Services (ATS), exigeait de réussir d’entrée de jeu le test de préparation physique. Ce test sera maintenant passé plus tard.

Au moment de postuler, les candidats devront plutôt présenter un « carnet de bord » de mise en forme sur leurs aptitudes physiques et leurs habitudes de vie. Même si le résultat n’est pas tout de suite parfait, ils pourront être choisis et perfectionner leur niveau physique une fois recrutés, pendant leur formation, explique la police de Toronto.

Des progrès malgré les obstacles

Bien que tous les corps policiers au pays restent loin de la parité, le président de l’Association de police de l’Ontario, Bruce Chapman, garde espoir. L’effectif policier total au Canada a diminué. Or, le nombre de femmes policières est en progression; pour nous, c’est l’un des seuls signes positifs des dernières données de Statistique Canada.

Il ajoute qu’il y a certainement plus d’efforts aujourd’hui pour recruter des femmes. Dans bien des régions en Ontario, il y a des agents qui vont dans les écoles secondaires. C’est important de cibler les jeunes dès l’école.

Image d'une conversation Skype. Une femme, aux cheveux gris-blanc, vêtue d'un chandail qui porte le logo de l'association Ontario Women in Law Enforcement.

Myra James a pris sa retraite de la police de Hamilton après 30 ans de service. Elle est membre du C. A. de l'Association internationale des femmes policières et ancienne présidente du groupe Ontario Women in Law Enforcement.

Photo : Radio-Canada

Myra James a aussi observé la multiplication des initiatives. Beaucoup de services – Hamilton, Halton, Toronto, la GRC – ont des journées carrière, des journées de recrutements, des soirées d’information qui sont un peu comme une “soirée entre filles”, qui vont amener des femmes policières de divers grades à parler de leur expérience. Et montrer qu’il y a toutes sortes de postes possibles dans la police.

En 1988, quand j’ai été embauchée, il n’y avait pas ce genre d’occasions, parce qu’on était très peu.

Myra James, policière retraitée

Mme James a connu une époque où les gilets pare-balles n’étaient pas adaptés aux femmes, où il n’y avait pas de vestiaires désignés pour les policières... Elle a célébré ces évolutions comme de petites victoires tout au long de sa carrière.

Elle constate également l’importance des associations de femmes policières, comme l’OWLE et l’IAWP, qui se sont développées et qui permettent d’avoir accès à des réseaux.

C’est l’occasion d’être entourée d’un nombre significatif de femmes et de recevoir du mentorat, ajoute Jo-Ann Savoie.

C’est sûr que le métier de policier part de très loin, rappelle Massimiliano Mulone. L’image professionnelle d’un policier est très tournée vers l'aspect masculin, viril; un métier d'action et de danger.

Un homme aux cheveux foncés, portant des lunettes, et un veston noir, assis devant une grande bibliothèque dans un bureau.

Massimiliano Mulone est professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Pour les premières femmes, ça a dû être très difficile d’entrer dans ce milieu, parce que vous partiez avec un handicap, avec une [présomption] de manque de compétences du fait de votre genre – que vous n’étiez peut-être pas assez forte, pas assez froide et rationnelle, tous les stéréotypes autour des femmes. Et donc vous deviez prouver beaucoup plus qu'un homme.

Aujourd'hui c'est normal de se promener et voir des policières, ça correspond de plus en plus à la réalité, ou une option, un possible.

Massimiliano Mulone, professeur de criminologie

Objectif : postes supérieurs

Mais si on regarde l'intégration des femmes dans la police, il faut s'intéresser non seulement aux chiffres globaux, mais aussi au nombre de cadres, poursuit le professeur.

Selon Statistique Canada, les policières occupent surtout des postes d’agentes. La proportion de femmes parmi les officiers de direction se chiffrait à 15 % en 2018.

C’est un signe que la culture n’a pas encore tout à fait changé, selon Jo-Ann Savoie. Souvent, les décideurs au sein d’une organisation sont en majorité des hommes et, souvent, il y a ce biais inconscient : nous aimons travailler avec des gens qui nous ressemblent et nous mettent à l'aise.

Un panneau avec les photos des hauts commandants de la police de Toronto, accroché sur un mur.

La police de Toronto compte maintenant deux femmes chefs adjointes, Shawna Coxon et Barbara McLean.

Photo : Radio-Canada

Elle observe aussi que les femmes qui postulent pour une promotion ont tendance à ne pas réessayer après un échec, quand leurs homologues masculins essaient de multiples fois.

Bruce Chapman pense que certaines leaders ont joué, et continueront de jouer, un rôle de modèle essentiel. La commissaire de la GRC est maintenant une femme. Toronto a deux cheffes adjointes, Peel a eu une cheffe, Windsor, Kingston, énumère-t-il.


Minorités : une progression encore plus lente

Et si l’intégration des femmes permet à la police d’être plus à l’image de la société, il en va de même pour l’intégration de minorités visibles, selon Massimiliano Mulone.

On observe d’ailleurs que les corps policiers au Québec sont à la fois premiers de classe en termes de représentativité des femmes, mais derniers de classe en termes de représentativité des minorités visibles.

Est-ce dû à des relations plus difficiles qui font que ces communautés ne sont pas intéressées par le métier de policier, ou est-ce dû à des questions plus structurelles? Il estime qu’il faut y réfléchir davantage.

En 2018, 8 % des policiers au pays ont déclaré appartenir à un groupe de minorités visibles, selon Statistique Canada, alors que 22 % de la population canadienne s’est identifiée comme minorité visible au dernier recensement, en 2016.

Le Service de police de Toronto enregistre un taux de 25 %, certes un des plus élevés au pays, mais 51 % de la population de Toronto a déclaré appartenir à une minorité visible.

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