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Deux attaques à Bagdad après les obsèques du général iranien Soleimani

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Les manifestants portent le cercueil du général et des photos.

Le récit de Marie-Claude Morin.

Photo : Reuters / Abdullah Dhiaa Al-deen

Radio-Canada

De nouvelles attaques visant cette fois-ci la Zone verte et une base de soldats américains sont survenues à Bagdad quelques heures après les obsèques du puissant général iranien Qassem Soleimani, auxquelles ont participé des milliers d’Irakiens.

Deux obus de mortier se sont abattus en soirée sur la Zone verte, une zone ultrasécurisée du centre-ville de Bagdad, qui abrite notamment le parlement irakien et l'ambassade des États-Unis en Irak. Celle-ci avait déjà été la cible d'attaques mardi.

Quasi simultanément, deux roquettes ont frappé samedi une base militaire du nord de la ville.

Les deux attaques, survenues au terme d'une journée marquée par les obsèques de Qassem Soleimani, chef de la Force Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures d'Iran, n'ont fait aucune victime, selon les forces de sécurité.

Une faction du Hachd al-Chaabi, une coalition solidaire de l’Iran, a plus tard appelé les soldats irakiens à s'éloigner d’au moins 1000 mètres des bases abritant des forces américaines à compter de dimanche soir.

Funérailles politisées

Plus tôt dans la journée, le cercueil du général ainsi que ceux des neuf autres victimes de l'attaque de drone américaine de vendredi dans la capitale irakienne ont circulé dans la Zone verte à bord de camionnettes blanches, dans une nouvelle démonstration de force de Téhéran et de ses alliés locaux.

Les camionnettes ont d'abord traversé le quartier chiite de Kazimiya, accompagnées par une dense foule de manifestants galvanisés par un fort sentiment antiaméricain. Mort à l'Amérique, ont-ils scandé, arborant des drapeaux blancs du Hachd et jaunes des brigades du Hezbollah, sa faction la plus radicale.

M. Maliki marchant dans la rue, entouré d'hommes de sécurité.

L'ancien premier ministre irakien Nouri Al-Maliki participant aux obsèques du général iranien et de son lieutenant irakien.

Photo : Reuters / Thaier Al-Sudani

Le premier ministre démissionnaire irakien, Adel Abdel Mahdi, le patron des pro-Iran au Parlement, Hadi al-Ameri, le chef officiel du Hachd, Faleh al-Fayyadh, l'ex-premier ministre Nouri Al-Maliki et des chefs de factions chiites étaient présents aux obsèques dans la Zone verte.

Les chefs du Hachd se sont montrés en public après des rumeurs sur la mort de plusieurs d'entre eux dans un autre raid américain de samedi, rapporté par la télévision d'État. Or, un porte-parole de la coalition antidjihadistes menée par les États-Unis a toutefois assuré à l'AFP qu'aucun raid américain ou de la coalition n'avait eu lieu.

Les dix corps ont ensuite être acheminés à Kerbala et à Najaf, deux villes saintes chiites plus au sud, pour de dernières prières avant l'enterrement de Mouhandis et le transfert du corps du général Soleimani en Iran.

Qassem Soleimani y sera enterré mardi dans sa ville natale de Kerman à l'issue de trois jours de cérémonies et d'hommages.

La sécurité des bases américaines renforcée

Le guide de la République islamique en Iran, Ali Khamenei, et le président iranien, Hassan Rohani, qui ont promis de venger sa mort, ont rendu des visites séparées à la famille Soleimani, vendredi, pour lui présenter leurs condoléances.

Craignant des représailles, la coalition internationale antidjihadistes menée par les États-Unis a réduit ses opérations et renforcé la sécurité de ses bases en Irak, a mentionné un responsable américain. Quelques heures après le raid vendredi, les États-Unis ont annoncé le déploiement de 3000 à 3500 soldats supplémentaires dans la région pour renforcer la sécurité des soldats et des diplomates américains.

De son côté, l’OTAN a annoncé samedi la suspension des opérations d'entraînement de l’Alliance atlantique en Irak, une mission que devait diriger le Canada.

Qassem Soleimani parmi d'autres militaires.

Qassem Soleimani en 2016 à Téhéran, en Iran.

Photo : The Associated Press / enei.ir

Justifiant l'ordre de le tuer, le président américain, Donald Trump, a déclaré avoir agi pour arrêter une guerre et a soutenu que Soleimani préparait des attaques imminentes contre des diplomates et des militaires américains.

Le Congrès, qui n'avait pas approuvé préalablement l'attaque, a finalement reçu samedi une notification officielle, selon des sources de la Maison-Blanche interrogées par Reuters.

L'assassinat du général iranien est survenu deux jours après l'attaque de l'ambassade américaine à Bagdad par des milliers de manifestants pro-Iran, lors du cortège funéraire de 25 combattants d'une faction du Hachd tués dans un bombardement américain en Irak dimanche. Ce bombardement est intervenu en représailles à des tirs de roquette contre des installations abritant des Américains en Irak, dont l'une a tué un sous-traitant américain, le 27 décembre.

« Une vengeance dure »

Les États-Unis ont commis un acte de guerre contre l'Iran, a affirmé l'ambassadeur iranien à l'ONU, Majid Takht Ravanchi. Il y aura certainement une vengeance, une vengeance dure.

Après l'inédite escalade américaine, l'Irak redoute de devenir, selon les experts, un champ de bataille pour ses deux alliés, l'Iran et les États-Unis, des ennemis de longue date.

La mort de Soleimani a créé un consensus rare contre les États-Unis dans un pays déchiré depuis plus de trois mois par une révolte populaire contre le pouvoir et la mainmise de l'Iran.

Parce que Washington a violé la souveraineté de l'Irak, selon les mots des plus hauts dirigeants de l'État, le Hachd a appelé ses combattants à se tenir prêts.

Le président iranien entouré des proches de Soleimani dans sa résidence à Téhéran.

Le président iranien, Hassan Rouhani, visitant la famille du général Soleimani à Téhéran.

Photo : Reuters

Le turbulent leader chiite irakien Moqtada Sadr a réactivé sa milice dissoute. Et Hadi al-Ameri, un chef de milice jugé proche de Téhéran et considéré comme le favori pour la succession d'Abou Mehdi al-Mouhandis, a exhorté les combattants à bouter les troupes étrangères hors d'Irak.

Les députés doivent se réunir dimanche et pourraient dénoncer l'accord irako-américain qui encadre la présence de 5200 soldats américains sur le sol irakien.

L'allié libanais de Téhéran, le Hezbollah, a promis un juste châtiment aux assassins. Et au Yémen, les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, ont évoqué des représailles rapides.

Devant ces menaces, les États-Unis ont ordonné à tous leurs citoyens de quitter l'Irak et ont fermé l'ambassade de Bagdad.

Appels à la « désescalade »

Dans les grandes capitales, l'inquiétude domine. Moscou et Paris ont dit s'inquiéter du risque d'aggraver sérieusement la situation au Moyen-Orient.

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu avec son homologue irakien, Barham Salih, avec qui il doit rester en contact pour veiller à la stabilité de la région.

L'Union européenne, de même que Pékin et Londres, ont pour leur part réclamé une désescalade.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell s'est entretenu avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif sur ce besoin de faire preuve de retenue et d'éviter toute nouvelle escalade.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est d'ailleurs entretenu avec plusieurs dirigeants étrangers, qu'il a rassuré sur l'intention des États-Unis à calmer la situation.

Quant au ministre de la Défense du Royaume-Uni, Ben Wallace, il a exhorté toutes les parties à désamorcer la situation, affirmant du même souffle que les États-Unis, en vertu du droit international, peuvent se défendre contre ceux qui représentent une menace imminente pour leurs citoyens.

Le Canada, qui compte 850 militaires en territoire irakien, a aussi appelé toutes les parties à faire preuve de retenue.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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