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Décider de devenir végétarien à 6 ans

Une tendance semble se dessiner : il y aurait de plus en plus d’enfants et d’adolescents qui choisissent, de leur propre chef, d’adopter le végétarisme, voire le végétalisme.

Le reportage de Marie-Ève Cousineau.

Photo : Radio-Canada

Marie-Eve Cousineau
Mis à jour le 

Des canards nagent sur le lac Massawippi, à North Hatley, en Estrie, il y a quelques années. Martine Lafond mange un sandwich au canard effiloché sur la terrasse d’un restaurant, au bord du plan d’eau. Son garçon de 6 ans, Nathan, s’interroge : « Maman, le canard sur le lac, c’est le même que celui dans ton sandwich? » « Oui, c’est le même », répond-elle.

Pour Nathan, c’est le choc. Il cesse immédiatement de manger de la viande.

Ça m’a un peu sensibilisé, dit le garçon, maintenant âgé de 10 ans. Mais je n’ai pas été capable de rester végétarien très très longtemps, parce que j’aimais beaucoup de choses avec de la viande. J’ai repris une ou deux semaines après.

L’été suivant, c’est au tour de son frère Maxence, alors âgé de 6 ans aussi, de se préoccuper du sort des animaux.

J’ai posé plein de questions à mes parents, raconte le garçon qui a maintenant 8 ans, assis à l’îlot de la cuisine familiale, à Saint-Lambert. Est-ce qu’ils souffrent quand on les tue pour faire de la viande avec? Puis, ils m’ont répondu oui. Je trouvais ça injuste pour les animaux.

Fini la viande, statue Maxence.

Mon conjoint et moi, on s'est regardés et on s'est dit : "La semaine prochaine, ça va être terminé." Mais ça fait un an et neuf mois et il n'a jamais retouché à un morceau de viande. Il est vraiment déterminé.

Martine Lafond, mère de Nathan et Maxence

C’est une nouvelle tendance : des enfants et des adolescents décident de devenir végétariens ou végétaliens (un régime sans viande, poisson, œufs, produits laitiers, ni miel) pour contrer la cruauté envers les animaux ou par souci pour l’environnement.

La nutritionniste-diététiste Thao Bui accompagne de plus en plus de jeunes qui adoptent ces régimes alimentaires. Des parents inquiets traînent leurs ados à sa clinique.

Souvent, je vois plus des végétaliens, parce que lorsque les enfants décident de devenir végétariens, les parents ne s’inquiètent pas trop encore, dit Thao Bui, qui travaille aussi à l’Hôpital Sainte-Justine. Il y a encore du lait, donc ça va! Souvent, [l’abandon du] lait, du fromage, c’est la chose qui fait le plus paniquer les parents, ajoute-t-elle.

Et les protéines?

Thao Bui assure que les enfants peuvent grandir en santé avec une diète végétarienne ou végétalienne. À condition de bien équilibrer les repas.

Je leur donne des trucs pour remplacer la source de protéine animale par des protéines végétales. Par exemple, dans une sauce à spaghetti, au lieu de la viande hachée, on peut mettre de la protéine végétale texturée, qui est comme de la protéine de soya déshydratée. Dans la sauce, on peut mettre des lentilles, du tofu émietté ou de la fausse viande congelée, dit-elle.

La Dre Catherine Pound, qui est à la tête du comité de nutrition de la Société canadienne de pédiatrie, souligne de son côté que ces diètes ne nuisent pas à la croissance ni au développement.

Du point de vue de l'alimentation végétarienne, c'est tout à fait possible d’être en santé, dit la pédiatre du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario.

Mais je dis tout le temps à mes patients qu’on doit en discuter avec le médecin pour s'assurer qu'on sait exactement quoi faire, et il faut vraiment s'assurer que l'enfant a assez de protéines et de fer

Catherine Pound, pédiatre du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario

Les enfants végétaliens, eux, ont tout intérêt à consulter une nutritionniste-diététiste, selon la Dre Pound. Dans leur cas, la consommation de suppléments en vitamine B12 est essentielle.

Ce sont des vitamines qu’on retrouve seulement dans des produits de source animale, précise la nutritionniste-diététiste Thao Bui.

Une carence entraîne de graves conséquences. On peut avoir des picotements dans les doigts, de la confusion, des problèmes neurologiques, des troubles de digestion, etc., poursuit Thao Bui.

Chez les jeunes bébés, il peut y avoir des retards de développement, une incapacité à boire, et ça peut être irréversible si ce n’est pas attrapé à temps, note-t-elle.

Martine Lafond, elle, a consulté une nutritionniste-diététiste.

Aujourd’hui, toute la famille est végétarienne ou presque. Elle a délaissé la viande pour le poisson, les légumineuses et le tofu, entre autres. Au menu lors de notre visite : kale grillé en entrée et ragoût de lentilles et courgettes, sur lit de courge spaghetti.

Ça va arriver, à l’occasion, qu’on va aller au restaurant et qu’on va commander de la viande, dit Mme Lafond.

Nathan, devenu végétarien par la force des choses, mange alors un hamburger.

Maxence, lui, résiste. Je trouve qu'il est vraiment bon, dit Nathan au sujet de son frère. Il aime la viande. Je sais que c'est difficile pour lui, parce que je l'ai déjà vécu.

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