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Le Parlement turc autorise Erdogan à déployer l'armée en Libye

Recep Tayyip Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, le 2 janvier 2020

Photo : via reuters / Handout .

Agence France-Presse

Les députés turcs ont approuvé jeudi une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d'envoyer des militaires en Libye pour soutenir le gouvernement de Tripoli, une mesure qui risque d'aggraver le conflit fratricide qui déchire ce pays.

Lors d'une session parlementaire extraordinaire, 325 députés ont voté pour et 184 contre ce texte qui donne à l'armée turque un mandat pour intervenir en Libye valable pendant un an, a indiqué le président de l'Assemblée nationale turque, Mustafa Sentop.

Reste à savoir désormais si le président Erdogan, à qui il appartient de décider, dépêchera effectivement des troupes dans ce pays séparé de la Turquie par la Méditerranée, ou si le soutien militaire prendra une autre forme, comme l'envoi de « conseillers ».

Le gouvernement turc affirme agir en réponse à un appel à l'aide du Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, confronté à une offensive de l'homme fort de l'Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, qui s'efforce de prendre Tripoli.

L'envoi de troupes turques en Libye risquerait d'aggraver les conflits fratricides qui déchirent ce pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, des hostilités qui sont alimentées par des puissances régionales.

La Libye est en effet devenue le théâtre d'une lutte d'influence entre deux camps : d'un côté, la Turquie et le Qatar, qui appuient le GNA, reconnu par l'Organisation des Nations unies (ONU); de l'autre, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte, qui soutiennent Haftar.

Peu après le vote, la présidence turque a annoncé que M. Erdogan s'était entretenu de la Libye avec son homologue américain Donald Trump, sans donner de détails.

L'adoption de la motion est une étape importante pour assurer la paix et la stabilité en Libye, et défendre nos intérêts en Afrique du Nord et en Méditerranée, a réagi le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, après le vote.

Le vote du Parlement turc, jeudi, s'inscrit dans le cadre d'un rapprochement entre Ankara et le GNA, illustré par un accord de coopération militaire et sécuritaire ainsi qu'un accord controversé de délimitation maritime conclus fin novembre entre MM. Erdogan et Sarraj.

Mise en garde de Donald Trump

Le président américain Donald Trump a mis en garde jeudi son homologue turc Recep Tayyip Erdogan contre toute « interférence étrangère » en Libye au moment où le Parlement turc a autorisé ce dernier à déployer l'armée dans ce pays en guerre. Les deux dirigeants ont évoqué des questions bilatérales et régionales. Le président Trump a souligné que l'interférence étrangère compliquait la situation en Libye, a indiqué la Maison-Blanche dans un bref compte rendu de l'appel.

Effet dissuasif

Mercredi, le vice-président turc Fuat Oktay avait affirmé que l'armée turque était « prête », mais il a souligné que la nature et l'ampleur du déploiement seraient déterminées par « les développements au sol ».

M. Oktay a ajouté qu'Ankara espérait que l'adoption du texte jeudi aurait un effet dissuasif. Après le vote, si l'autre camp [pro-Haftar] change d'attitude et dit "on se retire, on arrête l'offensive", alors pourquoi y aller? a-t-il ainsi déclaré.

Les principaux partis d'opposition ont voté contre le texte adopté jeudi, arguant qu'une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie – qui a perdu plusieurs dizaines de soldats en Syrie – dans un nouveau bourbier.

Outre les difficultés propres au déploiement de troupes dans un pays qui n'est pas frontalier, contrairement à la Syrie où Ankara intervient actuellement, un déploiement en Libye s'accompagnerait d'un risque d'incident avec la Russie.

Même si Moscou dément, l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, et le président Erdogan affirment que des mercenaires russes sont engagés aux côtés des forces de Haftar, qui s'efforcent depuis avril de s'emparer de Tripoli.

Le président Vladimir Poutine doit se rendre mercredi en Turquie pour inaugurer un gazoduc avec son homologue turc, l'occasion pour les deux dirigeants de parler du dossier libyen.

Le soutien de la Turquie à M. Sarraj s'inscrit dans le cadre de l'affirmation croissante d'Ankara en Méditerranée orientale, théâtre d'une course aux forages d'hydrocarbures avec la découverte d'importants gisements ces dernières années.

En raison de l'accord maritime conclu en novembre – lequel étend considérablement son plateau continental –, la Turquie a plus que jamais besoin du GNA pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale, où plusieurs pays comme la Grèce, Chypre et l'Égypte font front commun en réaction aux initiatives turques.

Le vote au Parlement turc était initialement prévu la semaine prochaine, mais le gouvernement a décidé de l'avancer en raison des difficultés rencontrées par le GNA à Tripoli, où l'offensive des forces pro-Haftar a redoublé d'intensité.

Le Caire, qui soutient Haftar, a « fermement » condamné le vote du Parlement turc jeudi, estimant qu'une intervention turque « aurait un impact négatif sur la stabilité de la Méditerranée ».

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