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Le Liban a reçu une demande d'arrestation d'Interpol pour Carlos Ghosn

Gros plan de Carlos Ghosn, les mains devant le visage.

Carlos Ghosn en mars 2019 (archives)

Photo : Reuters / Issei Kato

Agence France-Presse

Le Liban a reçu une demande d'arrestation d'Interpol pour Carlos Ghosn, le magnat de l'automobile déchu ayant fui le Japon pour Beyrouth, a annoncé jeudi le ministre libanais de la Justice.

Le parquet général [...] a reçu une notice rouge d'Interpol concernant le dossier Carlos Ghosn, a indiqué Albert Sarhane, cité par l'agence de presse officielle ANI.

Au terme d'une fuite rocambolesque, l'ex-patron de Renault-Nissan poursuivi au Japon pour malversations financières est arrivé lundi au Liban, où son lieu de résidence reste inconnu.

Interpol ne lance pas de mandats d'arrêt et ne peut déclencher ni enquêtes ni poursuites, mais les pays membres et les tribunaux internationaux peuvent demander la publication de « notices rouges ».

Ces avis de recherche internationaux s'appuient sur des mandats d'arrêt nationaux, dont les informations qu'ils contiennent sont transmises aux autres membres par l'entremise d'une base de données sécurisée.

De son côté, la Sûreté générale a assuré que rien n'imposait l'adoption de procédures à son encontre ni ne l'exposait à des poursuites judiciaires au Liban.

Le ministère libanais des Affaires étrangères a rappelé qu'il n'existait pas d'accords de « coopération judiciaire » ou d'extradition avec le Japon.

Les autorités libanaises avaient déjà annoncé que M. Ghosn était entré « légalement » dans le pays, avec un passeport français et une carte d'identité libanaise, selon une source à la présidence.

D'après la chaîne de télévision publique japonaise NHK, la justice japonaise lui avait permis exceptionnellement de conserver son deuxième passeport français dans un étui, dont la clef était détenue par ses avocats.

M. Ghosn est soupçonné d'avoir emprunté un jet privé depuis Istanbul vers Beyrouth, où il est entré en toute légalité, selon les autorités locales, et où il a retrouvé sa famille.

« La France n'extradie jamais ses nationaux  »

Les autorités françaises ont quant à elles indiqué jeudi que Carlos Ghosn, 65 ans, ne serait pas extradé s'il se rendait en France.

Si M. Ghosn venait en France, nous n'extraderons pas M. Ghosn, parce que la France n'extradie [n'extrade] jamais ses nationaux, a déclaré la secrétaire d'État française à l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, sur la chaîne BFMTV.

Donc nous appliquons à M. Ghosn comme à monsieur Tout-le-Monde les mêmes règles du jeu, mais cela ne nous empêche pas de penser que M. Ghosn n'a pas à se soustraire à la justice japonaise. Simplement, [ce sont] les mêmes droits pour tout le monde; la nationalité française est protectrice de ses ressortissants, a-t-elle ajouté.

Je n'ai pas les mots pour qualifier cette fuite, a aussi dit la secrétaire d'État française.

Encore une fois, personne n'est au-dessus des lois, a-t-elle relevé. Il était assigné à résidence; c'est une condition très désagréable. Il n'avait pas accès à ses proches. Je comprends aussi que cela soit très déplaisant, mais sa vie n'était pas en danger, sinon la France serait intervenue, a-t-elle poursuivi.

La présidence nie avoir reçu le fugitif Carlos Ghosn

Plus tôt jeudi, la présidence libanaise a démenti les allégations selon lesquelles le président Michel Aoun avait accueilli Carlos Ghosnà son arrivée au Liban.

M. Ghosn est arrivé lundi à Beyrouth.

Des médias ont rapporté que l'homme d'affaires, détenteur des nationalités libanaise, française et brésilienne, avait été reçu par M. Aoun, ce qu'un responsable au sein de la présidence a démenti.

Il n'a pas été reçu à la présidence et n'a pas rencontré le président de la République, a affirmé ce responsable à l'Agence France-Presse (AFP).

Selon Carlos Abou Jaoude, un des avocats libanais de l'ancien dirigeant de Renault-Nissan, la date d'une conférence de presse doit encore être fixée.

Une fuite mystérieuse

Les circonstances du départ du Japon de Carlos Ghosn – où il était assigné à résidence après 130 jours en prison en attendant d'y être jugé à partir d'avril 2020 – restent obscures, même après que le l'ex-PDG de Nissan eut diffusé un court communiqué dans lequel il affirme avoir organisé seul son départ du Japon vers le Liban, sans l'aide de sa famille.

« Les allégations dans les médias selon lesquelles mon épouse Carole et d'autres membres de ma famille auraient joué un rôle dans mon départ du Japon sont fausses et mensongères », dit-il dans le communiqué.

Une source dans son entourage avait déjà démenti qu'il s'était enfui caché dans une caisse d'instrument de musique, comme l'avait affirmé un média libanais.

M. Ghosn fait l'objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan, et deux autres pour abus de confiance aggravé.

Arrêté en novembre 2018, le magnat a toujours nié toutes ces accusations, assurant avoir fui un « système judiciaire japonais partial ».

Enquêtes et arrestations en Turquie

Des enquêtes ont été ouvertes au Japon et en Turquie sur les circonstances de la fuite de Carlos Ghosn.

Deux hommes en complet transportent des sacs à l'extérieur de la résidence, devant plusieurs journalistes.

Les autorités japonaises ont perquisitionné la résidence de l'ancien président de Nissan Carlos Ghosn à Tokyo.

Photo : via reuters / KYODO Kyodo

Les autorités turques ont interpellé jeudi sept personnes soupçonnées d'avoir aidé l'ancien patron de Renault-Nissan à se rendre au Liban depuis Istanbul après sa fuite spectaculaire du Japon.

Selon l'agence de presse turque DHA, la police a interpellé et placé en garde à vue quatre pilotes, deux personnels au sol et le cadre d'une compagnie aérienne de cargo privée, tous soupçonnés d'avoir aidé M. Ghosn à se rendre au Liban à partir d'un aéroport d'Istanbul.

Le ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles Carlos Ghosn a pu transiter par la capitale économique turque. Il s'intéresse en particulier à deux vols considérés comme suspects, d'après DHA.

Lundi, vers 5 h 15, un jet privé immatriculé TC-TSR en provenance d'Osaka, au Japon, a atterri à l'aéroport Atatürk puis s'est rangé dans un hangar. Cet aéroport est fermé aux vols commerciaux, mais utilisé par les avions transportant des marchandises et faisant des vols privés.

Vers 6 h le même jour, un autre jet privé, un Bombardier Challenger 300 immatriculé TC-RZA, a décollé du même aéroport à destination de Beyrouth.

Selon DHA, les enquêteurs ont mis la main sur l'enregistrement des échanges entre le pilote du second appareil et la tour de contrôle. Destination Beyrouth, déclare le pilote dans cet enregistrement, selon l'agence de presse turque. Certains Libanais voient en Carlos Ghosn un symbole de réussite au sein de l'importante diaspora libanaise.

Mais son retour au Liban, théâtre d'un vaste mouvement de contestation depuis octobre contre une classe politique jugée corrompue, est perçu par les protestataires comme la démonstration de l'impunité et des privilèges dont jouissent les plus riches.

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