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On a rencontré le meilleur pilote de Mario Kart au Québec

Félix Locas regarde son téléphone avant le début d'un tournoi.

Félix Locas est l'un des joueurs de Mario Kart les plus accomplis au Canada.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Denis Wong

Mario Kart est-il un simple jeu vidéo pour vous? Il ne l’est pas pour Félix Locas. Ce passionné cumule des milliers d'heures de pratique, raffine sa stratégie en fonction de ses adversaires et discute le plus sérieusement du monde des trajectoires de course à adopter avec son équipe. Entrevue avec un pilote québécois faisant partie de l’élite mondiale.

On a quelqu’un dans le bar qui s’appelle le Patron… S’il vous plaît, battez-le quelqu’un! peut-on entendre dans les haut-parleurs du bar plein à craquer. Cette boutade amicale vient de l’animateur de la soirée.

Hahaha! Ils ne savent pas dans quoi ils s’embarquent, rétorque le champion en titre, un sourire en coin.

Nous sommes au bar Arcade MTL, où l’on fait la rencontre de Félix Locas, un personnage d’ordinaire poli et réservé. Mais ce soir, il est tout autre. Ce mordu de Mario Kart 8 Deluxe est exubérant, et l’alcool aidant, il réaffirme haut et fort son pseudonyme : le Patron. Le joueur de 24 ans a gagné 9 des 10 derniers tournois de Mario Kart organisés par l’établissement montréalais. Remporter un dixième championnat est la seule issue acceptable.

Cet événement mensuel attire parmi les meilleurs joueurs et les meilleures joueuses du Québec. Au milieu des jeux d’arcade rétro et des paniers de maïs soufflé, l’ambiance est amicale, mais la compétition est féroce. Les prétendants tombent l’un après l’autre, et Félix Locas n’hésite pas à montrer sa supériorité. Dans un duel où il déclasse son adversaire, il arrête son bolide juste avant la ligne d’arrivée et termine la course à reculons. Certaines personnes le taxent d’arrogance, mais les gens qui le connaissent bien insistent pour dire que ce n’est qu’une image qu’il se donne.

En grande finale, une pilote venue de Barrie, en Ontario, le défie. Depuis 10 mois, c’est la seule compétitrice à lui avoir ravi le titre convoité. Le tout se décide au fil d’arrivée, lorsque les espoirs de l’aspirante championne s’écroulent à cause d’une erreur dans le dernier droit.

Le Patron a eu chaud. Mais il reste que cette dixième conquête n'est pas le fruit du hasard.

C’est l’un des meilleurs joueurs au Canada, affirme Éric Hébert, qui anime divers tournois de jeux vidéo à Arcade MTL depuis trois ans. Il est capable de [tirer profit des situations] et de maximiser tous les parcours. C’est épeurant de le voir aller.

Félix Locas observe la course d'une participante au tournoi de Mario Kart d'Arcade Mtl.

Félix Locas évolue dans une ligue compétitive de Mario Kart 8 Deluxe en ligne.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Mario Kart, c’est du sérieux

Félix Locas évolue dans la ligue Mario Kart Universal (MKU), un circuit en ligne qui rassemble l’élite mondiale de Mario Kart 8 Deluxe, la plus récente version de la populaire franchise. Ici, il n’est plus le Patron, mais plutôt le capitaine du club Vertex qui évolue en première division de cette ligue indépendante de Nintendo, organisée et structurée par des gens passionnés comme lui.

Dans Mario Kart, il y a des courses contre la montre qui consistent à faire les trois tours le plus rapidement possible en mode solo, précise-t-il. Les équipes de la MKU possèdent beaucoup de joueurs et de joueuses qui ont des records du monde recensés sur les serveurs de Nintendo. Les 10 premières places d’une course rassemblent souvent 10 personnes de notre communauté compétitive.

À la différence des tournois au bar Arcade MTL, où la gagnante ou le gagnant est déterminé lors d’un duel, ce sont deux équipes de six pilotes qui s’affrontent pendant 12 courses dans les compétitions de la MKU. Meilleur est le classement d’un ou d’une pilote à la fin d’une course, plus il ou elle rapporte de points à son club. Au terme de ce face-à-face, l’équipe avec le plus de points remporte la victoire.

L’aspect "chance" est moins présent dans ce type de compétition, explique Félix Locas. C’est plus difficile de renverser une équipe au complet par pure chance qu’à un contre un. Il y a des tournois individuels à 12 personnes, mais la grande majorité, sinon l’entièreté des gens qui participent à des compétitions sont d’accord pour dire que le jeu à six contre six est bien meilleur sur le plan compétitif.

Des spectateurs réagissent à la victoire de Félix Locas alors que celui-ci sourit de satisfaction.

En cette soirée de novembre, Félix Locas remporte un dixième tournoi à ses onze dernières tentatives.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Une douzaine de personnes de différents pays, dont la France, le Mexique et l’Allemagne, compose l’équipe de Vertex. Cinq Québécois font également partie du club dont le logo reprend l’esthétique de celui des Bruins de Boston de la Ligue nationale de hockey (LNH).

Selon Félix Locas, la scène compétitive de ce classique du jeu vidéo a véritablement pris son envol en 2017, avec la sortie de Mario Kart 8 Deluxe sur la Switch de Nintendo. Contrairement aux versions précédentes, cette dernière ouvre la porte à différentes stratégies : les styles de jeu varient davantage selon les équipes et les pilotes.

Mes coéquipiers sont tannés de m’entendre le répéter, mais Mario Kart, c’est un peu comme le poker. Les gens pensent qu’il y a beaucoup de hasard et que c’est parfois injuste pour les personnes qui jouent, mais comme au poker, il y a toujours moyen de mettre les chances de son côté.

Félix Locas

La communication est la clé

Félix Locas connaît les 48 circuits du jeu sur le bout de ses doigts. Depuis 2011, cet étudiant à la maîtrise en mathématiques estime y avoir joué 3000 heures sur la Wii U, 3000 heures sur la Switch et 1500 heures sur la Wii. Des chiffres qui donnent le vertige et qui expliquent ses prouesses à Mario Kart 8 Deluxe.

Pour gagner, il ne suffit pas de prendre les raccourcis ou de maximiser les tracés de course. Selon Félix Locas, la clé du succès à un niveau aussi élevé repose en grande partie sur le jeu d’équipe et la communication.

Dès que tu es en division 1 dans la ligue MKU, je te dirais que les records du monde ne veulent plus dire grand-chose, explique-t-il. Il faut que tu sois capable de bien jouer en ligne et en équipe. C’est vraiment différent.

Félix Locas regarde l'écran d'une arcade en attendant de poursuivre le tournoi.

Pour atteindre ce niveau, Félix Locas a pratiqué des milliers d'heures au jeu Mario Kart.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Pendant une course, les membres d’une équipe se parlent au moyen de micros et de casques d’écoute. Les échanges sont nombreux et peuvent devenir chaotiques quand la course prend des tournures inattendues. Au milieu des carapaces qui sifflent et des obstacles qui se dressent sur le parcours, il faut être capable de transmettre et d'assimiler l’information rapidement.

Par exemple, si on dépose une pelure de banane à un endroit stratégique, il est préférable d’avertir ses collègues pour qu’ils et elles adaptent leur trajectoire de course en fonction de cette information. Si on obtient un éclair, l’un des objets les plus puissants du jeu, il vaut mieux se coordonner avec les membres de son équipe afin de l’utiliser au moment le plus opportun.

Les équipes établissent aussi des plans de match en fonction de leurs adversaires. Les pilotes de Vertex se réunissent virtuellement 15 minutes avant les matchs officiels pour se motiver et pour s’entendre sur les meilleures stratégies à adopter.

On connaît les membres des autres équipes, comme dans n’importe quelle autre ligue, précise le capitaine de Vertex. Par exemple, un joueur peut être très talentueux, mais il peut aussi perdre son sang-froid assez vite. On va donc faire exprès pour le frapper, juste pour déranger son plan de match.

Et qu’en est-il du style de jeu préconisé par Félix Locas et ses coéquipiers chez Vertex?

Je leur dis toujours d’être agressifs, souligne-t-il. Quitte à risquer de se frapper entre nous, parce que tu n’es pas immunisé contre les objets que les membres de ton équipe vont lancer. Si on est le club qui lance le plus d’objets, à long terme, ça va nous avantager.

Photographié de dos, Félix Locas observe la petite foule réunie à l'occasion du tournoi auquel il participe.

Félix Locas est également le capitaine de l'équipe canadienne participante à la Coupe du monde de Mario Kart 8 Deluxe.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Capitaine Canada

Félix Locas n’est pas uniquement le leader de Vertex, il est aussi le capitaine de l’équipe canadienne à la Coupe du monde de Mario Kart 8 Deluxe. Oui, cette compétition existe. Depuis 2014, elle rassemble chaque année les 24 meilleures nations. Celles-ci doivent passer par une phase de groupes afin de se qualifier pour les rondes éliminatoires. Le format de compétition par équipe est le même que celui qui est préconisé dans la ligue MKU.

Par le passé, le Japon a dominé la compétition, mais le Canada y a aussi fait bonne figure : nos pilotes s’approchent régulièrement du podium. En 2016, Félix Locas et ses compatriotes étaient à un cheveu de faire tomber le géant japonais. Avis aux personnes intéressées : il y a des camps de sélection pour intégrer l’équipe canadienne.

À la dernière Coupe du monde, on a terminé en cinquième position, raconte Félix Locas. C’était toute une fierté de finir devant les États-Unis; ce pays-là a beaucoup plus de joueurs et de joueuses que nous, son bassin est plus gros que le nôtre.

À l’instar de la MKU, cet événement organisé en ligne par la communauté compétitive ne reçoit pas de soutien officiel de Nintendo, créateur de la franchise de course. Dans les faits, l’entreprise japonaise n’a jamais réellement fourni d’effort afin de créer une scène de sport électronique autour de Mario Kart, et elle est toujours restée muette sur les raisons de ce choix.

Félix Locas et ses pairs estiment pourtant que Nintendo aurait tout avantage à s’impliquer dans cette scène compétitive, un peu comme la multinationale le fait avec Super Smash Bros, une autre série de jeux à succès. La communauté compétitive entourant Mario Kart 8 Deluxe a le vent dans les voiles, propulsée notamment par les excellentes ventes de la console Switch et par les améliorations du jeu par rapport à sa version précédente sur la Wii U.

On est manifestement sur une bonne lancée, affirme Félix Locas. Il y a beaucoup plus de gens qui jouent et d’équipes qui s’impliquent dans la scène compétitive. Il y a des tournois qui commencent à s’organiser un peu partout. Même un tournoi comme celui qui se déroule à Arcade MTL, avant, il n’y en avait pas.

Félix Locas soulève la ceinture de champion remise au vainqueur du tournoi.

Félix Locas et les autres membres de la communauté compétitive souhaiteraient obtenir le soutien de Nintendo.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Avec le recul, le Patron admet qu’il aurait pu investir toutes ces heures dans un jeu différent et aujourd’hui être payé pour y jouer de façon professionnelle, comme les athlètes du sport électronique. Plusieurs personnes lui ont d’ailleurs dit qu’il aurait pu exceller à League of Legends. Mais Félix Locas n’a jamais consacré une seule minute à ce jeu. Tout ce qui importe pour lui, c’est Mario Kart.

On le fait beaucoup par passion. On est là depuis plusieurs années et on n’a jamais eu de récompenses pour nos efforts, que ce soit de l’argent ou un quelconque prestige de Nintendo. Alors il n’y a rien qui va nous arrêter.

Félix Locas

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