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Comprendre les 4 dernières décennies d'homicides à Winnipeg

Un véhicule blindé et des policiers devant une maison.

La police encercle une maison près de l'endroit où la 43e victime de meurtre de 2019 à Winnipeg a été découverte.

Photo : Radio-Canada / Bartley Kives

Radio-Canada

2019 touche à sa fin avec un nombre record de 44 homicides à Winnipeg ; à cette occasion, une analyse de CBC News s’est penchée sur les vagues d'événements meurtriers qui se sont déroulées dans la capitale manitobaine lors des quarante dernières années.

1980 : couteaux et alcool

Dans les années 1980, la ville de Winnipeg a été témoin d’environ une vingtaine d’homicides par année. Mais c’est en 1987 que la ville connaît une augmentation importante de la violence dans ses rues avec un nombre total de 30 personnes victimes de crimes violents et d'attaques au couteau.

Pour le chef de police de Winnipeg de l'époque, Stephen Herb, il existe une corrélation entre la consommation d’alcool et les violences faites au couteau.

Lorsqu'il était en poste, il souhaitait fermement que la province du Manitoba adopte des lois contre l’utilisation de couteau dans les bars, une loi qui n’aura jamais été adoptée.

Oui, il y a aura encore des bagarres, mais s'il n'y a pas de couteau, ils feront moins de mal, a expliqué M. Herb au Winnipeg Free Press à l'époque.

Graphique

Nombre d'homicides à Winnipeg depuis 1981 à aujourd'hui

Photo : Radio-Canada

1990 : taux de criminalisation en baisse et gangs de rues

À travers le Canada, le taux de criminalisation est en hausse au début des années 1990, mais le pays connaît une baisse importante durant la fin de cette décennie.

À Winnipeg, le chef de police de 1998 à 2007, Jack Ewatski, remarque autre chose : l'accroissement du nombre de gangs de rue, des bandes de motards criminalisées et la sévérité des crimes violents.

Jack Ewatski explique que les homicides sont souvent les symptômes d'un autre problème.

Le criminologue de l’Université du Manitoba, Frank Cormier, appuie également cette hypothèse.

Tout au long de ma carrière de criminologue, raconte-t-il, je n’ai pas encore remarqué une vraie tendance dans la fluctuation des homicides partout au Canada et à Winnipeg, car il y a une chaîne très complexe d'événements qui doivent se produire pour qu'un homicide soit le résultat final.

2000 : augmentation de meurtres et armes à feu

En 2004, Winnipeg bat un premier record avec 34 homicides en une année. Cette même année a été marquée par le vol de 17 000 véhicules.

Le taux de criminalité a augmenté sous le gouvernement néo-démocrate, critique l'ancien député Gerald Hawranik. Il y a eu des niveaux de criminalité sans précédent et cela nécessite des niveaux de réglementation importants, avait-il déclaré lors d'une période des questions en décembre 2004, suite au 33e homicide de l'année.

Pour répondre à cette hausse surprenante, le ministre de la Justice de l’époque, Gord Mackintosh, annonce un financement qui permet d'engager 40 nouveaux policiers à travers la province.

2010 : motards et colonisation

Le début des années 2010 a été marqué par une guerre entre les gangs de motards : les Rocks Machine et les Hells Angels.

Des entreprises sont incendiées à travers la ville et les appels liés aux armes à feu ne cessent d'augmenter.

En 2011, 41 personnes sont tuées dans la ville de Winnipeg et parmi elles, 5 sont mortes après qu'une femme a mis le feu à une maison de chambres.

Cette période coïncide avec la militarisation du service de police de Winnipeg et la création d'une équipe SWAT en 2008.

Le chef de Police de l'époque, Devon Clunis, se dit convaincu que la prévalence des crimes commis avec une arme à feu aurait été inimaginable quand il était agent de police.

L'ancien chef de la police de Winnipeg, Devon Clunis.

L'ancien chef de la police de Winnipeg, Devon Clunis, entend rester impliqué dans la communauté.

Photo : Radio-Canada

Jeunesse et traumatismes

En 2014 à Winnipeg, 50 % des victimes d’homicides sont de jeunes hommes autochtones et dans l'ensemble, les auteurs d'homicides sont majoritairement des hommes âgés de moins de 30 ans.

La porte-parole des personnes autochtones et ancienne Grande Chef de Manitoba Keewatinowi Okimakanak, Sheila North, soutient que les pensionnats autochtones canadiens et la surpopulation des enfants autochtones et métis dans les Services à l'enfance et à la famille ont eu pour résultat de vulnérabiliser un grand nombre de jeunes hommes aux problèmes de toxicomanie et à la pauvreté.

Vous êtes élevé comme ça et ensuite vous passez en mode survie. Vous commencez à prendre les choses dont vous avez besoin parce que vous n'avez pas d'autre moyen de les prendre et ensuite ça dégénère, dit-elle.

2019 : un nouveau record

Avec la crise de la méthamphétamine, la ville connaît son année la plus sanglante avec un total de 44 homicides.

L'ancien chef de police, Devon Clunis, est toutefois réticent à l'idée d'expliquer la montée des actes violents uniquement par la crise de la méthamphétamine.

Graphique montrant avec des points rouges la répartition géographique des homicides à Winnipeg. Ceux-ci sont concentrés au centre-ville.

Répartition géographique des homicides de 2003 à 2019.

Photo : Radio-Canada

Les fonctionnaires espèrent que les investissements de la province dans le développement de la stratégie de suppression de la violence liée aux armes à feu et aux gangs aideront à freiner le flux d'armes illégales.

Les différents intervenants ainsi que les services policiers s'accordent pour dire que de simplement avoir plus de présence policière ne réglera pas le problème de violence.

Avec les informations de CBC News

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