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Les rénovictions en hausse au pays

Cuisine.

Des locataires un peu partout au pays se plaignent d'être expulsés de leur appartement à cause de rénovations.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

De plus en plus de locataires habitant dans des grandes villes comme Montréal et Toronto se plaignent de se faire expulser de leur appartement à cause de rénovations faites par leur propriétaire qui exige ensuite un loyer plus élevé.

Les propriétaires ont le droit de demander l'expulsion de leurs locataires pour des rénovations substantielles. Toutefois, nombre d'élus et d'organismes de protection des locataires au pays affirment que beaucoup de propriétaires abusent de cette exemption, faisant des travaux mineurs pour ensuite gonfler les loyers et maximiser leurs profits.

Yanick Marion raconte que le concierge de son immeuble à Montréal l'a informé un matin qu'il devait quitter son appartement, en raison de rénovations urgentes à l'installation électrique du complexe construit il y a près de 40 ans.

C'est dangereux, et la banque veut que tu quittes les lieux, [lui a dit le concierge] affirme-t-il.

La majorité des autres locataires de l'immeuble sont partis, mais M. Marion a décidé de se battre contre un phénomène que des militants ont qualifié de « rénoviction ».

Son ancienne voisine Radina Papukchieva a plutôt choisi de partir après huit mois de travaux, à cause du « stress ».

[Durant les travaux], il y a eu des souris et les ordures n'étaient pas ramassées. Ils ont tout essayé pour nous rendre la vie misérable et inconfortable dans notre propre logis.

Radina Papukchieva, locataire
Radina Papukchieva en entrevue.

Radina Papukchieva a changé d'immeuble, parce qu'elle n'en pouvait plus des rénovations dans le sien.

Photo : CBC

Les fenêtres de l'immeuble ont été changées et les appartements ont été repeints et munis de nouveaux électroménagers. Et les loyers ont beaucoup augmenté pour les nouveaux locataires, notent M. Marion et Mme Papukchieva.

Des rénovations qui en valent le coût?

Le nouveau gestionnaire de l'immeuble, Abraham Kellner, réfute ces allégations. Les travaux de plomberie ont coûté à eux seuls 100 000 $, dit-il.

On a rénové la plomberie, l'électricité, les cuisines, les toilettes, les fenêtres, les planchers, explique-t-il. Ce n'était pas du tout des travaux mineurs.

Après des rénovations, c'est normal que le loyer va augmenter. Mais je ne dirais pas que ça a doublé.

Abraham Kellner, gestionnaire d'immeubles

M. Kellner n'a pas voulu donner de chiffres exacts, affirmant que l'augmentation du loyer variait d'un appartement à un autre.

Mme Papukchieva dit qu'elle paie 1000 $ par mois pour son nouvel appartement dans le même quartier comparativement à 750 $ dans son ancien immeuble.

Une « crise »

Martin Blanchard en entrevue.

Martin Blanchard dit que les rénovictions sont de plus en plus fréquentes à Montréal.

Photo : CBC

Le défenseur des locataires Martin Blanchard, qui appartient à l'organisme Comité logement Petite-Patrie, indique que le nombre d'appels au sujet de rénovictions est passé de 50 à 100 par an à des centaines.

Il qualifie la situation de « crise ».

Selon lui, c'est l'oeuvre d'investisseurs et de firmes étrangères qui achètent de vieux immeubles pour les rénover et accroître les loyers d'un coup, contournant ainsi les règles provinciales concernant le plafond annuel d'augmentation des loyers.

Ils veulent faire des profits monstres rapidement. Ils investissent un peu d'argent [dans des rénovations] pour maximiser les profits. Le hic : des locataires sont jetés à la rue.

Martin Blanchard, Comité logement Petite-Patrie

Limiter les hausses de loyer?

Kenneth Hale du Centre ontarien de défense des droits des locataires incite les résidents recevant un avis d'expulsion pour rénovation à bien s'informer avant d'acquiescer.

Ce genre d'éviction mérite une attention particulière pour s'assurer que ces requêtes sont faites de bonne foi, dit-il.

Le nombre de cas traités par l'organisme est passé de 18 en 2015 à 71 en 2018-2019.

M. Hale réclame des changements législatifs pour plafonner la hausse des loyers à la suite de rénovations. Actuellement, c'est illimité, dit-il, et ça donne la chance aux propriétaires de faire bondir les loyers. Ça ne devrait pas être permis.

Pour sa part, la conseillère municipale de Toronto Paula Fletcher presse le gouvernement de Doug Ford de forcer les propriétaires à obtenir un permis de construction avant toute rénoviction, afin que des inspecteurs puissent juger si l'ampleur des rénovations justifie l'expulsion des locataires.

Avec les informations de CBC News

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