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La grande année de Robert Lepage

Une scène de la pièce « 887 » de Robert Lepage.

Une scène de la pièce « 887 » de Robert Lepage

Photo : Le Diamant / Érick Labbé

Érik Chouinard
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Diamant et par le fait même son concepteur, Robert Lepage, sont sans contredit des incontournables de la scène artistique de Québec en 2019. L’auteur, acteur, metteur en scène et cinéaste laisse ainsi plus que jamais sa marque dans la Vieille Capitale.

Robert Lepage est fier du résultat et de l’aboutissement de ce qu’il considère comme étant le projet d'une vie.

On est très conscient que c’est énormément de ressources qui ont été utilisées, mais c’est un franc succès, les gens se le sont approprié, on vend tous nos billets, c’est complètement fou, se réjouit-il, en entrevue à l’émission C’est encore mieux l’après-midi.

Il croit que beaucoup des craintes et des critiques qui se sont élevées durant tout le processus de conception et de construction du Diamant se sont maintenant dissipées. Le metteur en scène est aussi convaincu que le Diamant ne nuit pas non plus aux autres théâtres de Québec, depuis son ouverture en septembre.

Robert Lepage en studio.

Robert Lepage en studio.

Photo : Radio-Canada / Valerie Marcoux

Très souvent, l’un des arguments très négatifs c’était que l’écologie théâtrale de Québec était limitée, mais on a fait la preuve qu’on présente quelque chose de vraiment radicalement différent, soutient-il.

Cette différence est d’ailleurs d’une importance capitale pour celui qui souhaite démocratiser les arts de la scène.

Beaucoup de gens ne vont pas au théâtre, donc il faut passer par une porte différente pour les faire entrer, il faut aller chercher des choses qui sont théâtrales, mais qui ne sont pas nécessairement du théâtre, comme la lutte et le cirque, remarque-t-il.

Disons que maintenant que le Diamant existe, une bonne partie mes rêves sont réalisés.

Une citation de :Robert Lepage

Il espère qu’avec l’ouverture de ce nouveau lieu de diffusion, il a pu contribuer à un certain mélange des milieux et des classes sociales, notamment avec des activités corporatives et la vente de billet à prix réduit le jour même des représentations.

Les milieux s’ignorent beaucoup à Québec. On n’est pas au fait des uns et des autres, les gens sont un petit peu cachés chacun dans leur coin, et c’est ce qu’il manque à Québec, des projets pizza qui vont chercher le pepperoni et le fromage, relate Robert Lepage.

Rivalité Québec-Montréal

Le chemin qu'il a dû parcourir pour que le Diamant voie le jour a été long et parfois ardu. Disons qu’on s’y en attendait, parce qu’à Québec contrairement qu’à Montréal, financer la culture ce n’est pas évident, rétorque Robert Lepage.

Il observe que le débat du financement est souvent plutôt binaire dans sa ville natale. Si tu mets de l’argent dans la culture c’est que tu l’enlèves au sport, c’est le troisième lien ou le tramway, on est toujours pris à choisir entre deux choses et à Montréal, il n’y a pas ça, fait-il remarquer.

Faut pas essayer d’être un petit Montréal, il faut essayer d’être un plus gros Québec.

Une citation de :Robert Lepage

Cette critique qu’il fait de la Vieille Capitale ne l’empêche pas de l’aimer profondément. Malgré qu’il ait habité Montréal pendant cinq ans, il ne s’y est jamais vraiment plu. Il n’a donc pas choisi de s’établir à Québec et d’y réaliser son plus important projet par hasard.

Même si j’étais très bien accueillie à Montréal, j’étais quand même un petit poisson dans une grande mare. En venant à Québec, je savais que j’allais être un plus gros poisson dans une plus petite mare, alors c’est sûr qu’on peut faire bouger plus de choses et on peut aller déjeuner avec le maire plus souvent, rigole-t-il, expliquant l’une des raisons de son retour.

L'extérieur du Diamant, avec l'oeuvre en hommage au cinéma de Paris.

L'extérieur du Diamant, avec l'oeuvre en hommage au cinéma de Paris

Photo : Radio-Canada

Robert Lepage demeure tout de même convaincu, d’après ce qu’il a pu observer lors de ses tournées à l’international, que Québec ne voit pas toute la grandeur de son potentiel.

Je ne joue pas que dans des grosses villes ou dans des capitales internationales, je joue aussi dans des lieux qui ont à peu près la population de Québec et qui sont des villes souvent bien mieux nantis que Québec sur le plan culturel, relate le metteur en scène.

Avec le Diamant, il est bien content d’avoir muni sa ville d’un lieu qui na rien à jalouser à Montréal ou à d’autres grandes villes. J’ai vu ce que ça pourrait être, j’ai vu tellement d’exemples, souligne-t-il.

Une année dans un fond de controverse

Malgré la réalisation du Diamant en 2019, Robert Lepage arrivait tout de même d’une année 2018 où il a été au centre de controverses entourant ses pièces SLAV et Kanata. Accusées d’appropriation culturelle et d’un manque de diversité au sein des équipes, elles avaient lancé un débat à travers toute la province sur la liberté et l’intention artistique.

Plus d’un an plus tard, ces controverses ne se sont pas encore tout à fait résorbées. C’est un débat qui sera toujours là. Il n’y a pas de oui ou non, on aimerait qu’il y ait une réponse simple à tout cela, mais il n’y en a pas, convient le metteur en scène.

On est dans une drôle d’ère, on est dans une ère où les gens tirent sur les alliés. Il n’y a pas plus grand allié que les artistes pour les minorités, les gens qui tentent de s’intégrer et ceux qui ont vécu l’oppression, mais ce sont les artistes que se font tirer à bout de bras

Une citation de :Robert Lepage

À travers ses discussions et ses rencontres, il avoue avoir appris de cette saga, mais il demeure tout de même ferme sur certaines de ses positions.

On n’a pas trouvé toutes les solutions. J’ai changé un peu comment je fais les choses, j’avoue qu’il y a des maladresses énormes de ma part et de la part de mes collaborateurs, mais c’est aussi le fruit d’une grande générosité, d’une grande identification, d’une grande volonté de vouloir aider l’autre qui se fait rabrouer d’une façon violente, plaide-t-il en guise de compromis.

Avec les informations de Guillaume Dumas

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