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Pénurie de camionneurs au Canada : les défis d'une industrie vieillissante

Le maire Claude Morin s'inquiète de la présence de poids lourds au centre ville de Saint-Georges.

L'Association du camionnage de l'Ontario estime que la pénurie de chauffeurs va s'intensifier au cours des prochaines années

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En 2018, l’Association du camionnage de l’Ontario (ACO) évaluait la pénurie de chauffeurs à 22 000 postes vacants à travers le pays. Un chiffre qui, selon la même association, devrait atteindre 34 000 d’ici 2024, à cause des difficultés à recruter notamment des jeunes et des femmes pour remplacer les conducteurs plus âgés.

On parle de tsunami démographique, lance Jon Blackham, directeur des politiques et des affaires publiques de l’Association de camionnage de l’Ontario. Le camionnage a l’une des mains-d’œuvre les plus âgées de notre économie et voit en même temps une part décroissante de jeunes prêts à se lancer dans cette industrie, explique-t-il.

Pourtant, selon lui, l’industrie offre des salaires attrayants, allant de 44 000 $ à 110 000 $, et offre aux employés derrière le volant une vie de voyage. Avec ces arguments, il est difficile selon l'Association de comprendre le manque d’attrait auprès des jeunes. Pourtant, le parcours pour devenir camionneur comprend quelques embûches.

Barrière des coûts et des restrictions américaines

Pour devenir un conducteur qualifié, il faut suivre une formation de huit semaines, au coût d’environ 8000 $, afin d’obtenir un permis dans la province où l’étudiant est inscrit, après l'obtention de son diplôme.

Selon Gus Rahim, président de l’école de conduite Ontario Truck Driving, basée à London, en Ontario, très peu de jeunes s’inscrivent à cette formation.

« Beaucoup de ceux qui se lancent dans cette carrière entament une seconde carrière. Ils sont un peu plus âgés, de 40 à 65 ans, et ce sont eux les nouveaux venus dans l’industrie de nos jours. »

— Une citation de  Gus Rahim, président de l'école de conduite Ontario Truck Driving

Selon M. Rahim, le coût est l'un des obstacles. Beaucoup de gens sont coincés dans des emplois au revenu minimum et les frais de 8000 $ sont durs à payer.

Photo de Gus Rahim assis à son bureau.

Gus Rahim, président de l'école de conduite Ontario Truck Driving.

Photo : CBC/Colin Butler

En Ontario, où sont basées plus de la moitié des entreprises de camionnage du Canada, les étudiants potentiels ne peuvent pas demander de prêts dans le cadre du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO) pour les aider à payer leurs droits de scolarité. Une chose que Gus Rahim aimerait que le gouvernement change.

Celui-ci pense aussi que les restrictions d’âge établies aux États-Unis peuvent être un frein. Les conducteurs doivent avoir au moins 21 ans pour transporter des marchandises à travers les différents États, et par mesure de précaution, la plupart des compagnies américaines souhaitent que leurs chauffeurs aient au moins 23 ans.

Au Canada, où les conducteurs ne doivent avoir que 18 ans en vertu de la loi, c’est un problème. La plupart des camionneurs qui entament leur carrière font leurs armes avec des emplois long-courriers où traverser la frontière américaine est chose courante. Cela signifie que tout Canadien de 18 ans doit attendre au moins trois ans pour travailler aux États-Unis. Une attente souvent jugée trop longue pour la plupart, affirme M. Rahim.

Attirer plus de femmes

L’autre problème auquel fait face l'industrie du camionnage est le recrutement des femmes. Historiquement, celles-ci représentaient en moyenne 3 % des conducteurs de camions au Canada, selon l’Association de camionnage de l’Ontario. De récentes estimations hissent désormais cette proportion entre 5 % et 7 %.

Une augmentation qui est le résultat de plusieurs campagnes de réseautage et de recrutement selon l’Association de camionnage de l’Ontario, mais celle-ci souhaite faire mieux.

Une femme parle au micro d'un journaliste devant un camion.

Carole Dore conduit des camions depuis plus de dix ans.

Photo : CBC/Colin Butler

Selon Carole Dore, elle-même camionneuse depuis 11 ans, le peu de femmes dans l’industrie s’explique par le fait que celles-ci ne pensent pas qu’elles peuvent faire le travail. Ce n’est plus seulement un monde d’hommes, affirme-t-elle pourtant.

« Tout le monde peut le faire. »

— Une citation de  Carole Dore, camionneuse

Homme ou femme, le métier comprend tout de même des contraintes. Si Carole Dore arrivait à être chez elle tous les jours pour profiter de ses trois enfants, la plupart des camionneurs avouent que le travail les sépare régulièrement de leur famille.

Doug Groulx sillonne les routes depuis 29 ans. Pour lui qui n’a jamais été marié et n’a pas d’enfant, le problème n’était pas aussi grave, mais il concède que ses collègues doivent souvent trouver des arrangements avec leurs partenaires. Vous devez faire accepter le fait que vous allez être absent pendant cinq jours, dit-il.

Selon lui, cette carrière n’est pas faite pour tout le monde.

Le problème avec la pénurie de main-d’œuvre dans ce secteur, c’est que la société de consommation dépend grandement de l'industrie, puisque la plupart de nos biens sont expédiés et transportés par des poids lourds.

Pour le jeune routier Mark Sydorchuk, pourtant passionné par son métier, la solution est simple : augmenter la rémunération.

Si les cargaisons rapportent plus, on verra plus de chauffeurs.

Avec les informations de Colin Butler

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