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Orphelinat pour enfants noirs : une leçon d’histoire en réalité virtuelle

Un adolescent avec un casque de réalité virtuelle qui lui couvre les yeux.

Christian Ofume, un élève de 10e année à Dartmouth en Nouvelle-Écosse, visionne une des scènes du projet.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La réalité virtuelle a fait son entrée dans les classes de deux écoles secondaires de la Nouvelle-Écosse. Cette technologie permet à des étudiants de mieux comprendre les expériences d’anciens pensionnaires de l’orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse, un endroit où des abus physiques, sexuels et psychologiques ont été commis pendant des décennies.

Ce projet éducatif fait appel au récit personnel et à la technologie immersive. Coiffés du casque de réalité virtuelle, les élèves sont invités à visionner ces faits vécus, racontés par trois anciens pensionnaires de l’orphelinat.

Christian Ofume, un élève âgé de 15 ans, a visionné l’histoire intitulée The Switch. L’ancien pensionnaire Tony Smith y raconte comment des enfants de l’orphelinat étaient forcés de se battre jusqu’à ce que l’un d’entre eux pleure, pour « divertir » le personnel de l’établissement.

Si un enfant refusait de participer au combat, pour le punir, on l’envoyait dans un boisé avoisinant pour qu’il y coupe la branche avec laquelle un des gardiens de l’orphelinat allait ensuite le battre.

Un adolescent avec un casque de réalité virtuelle qui lui couvre les yeux.

Christian Ofume, un élève de 10e année à Dartmouth en Nouvelle-Écosse, visionne une des scènes du projet.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Christian est ensuite invité à partager ses impressions avec Tony Smith, aujourd’hui âgé de 59 ans. La discussion avec ces anciens pensionnaires, qui suit l’expérience immersive, fait partie intégrante de cet apprentissage pour les jeunes.

Les jeunes sont de plus encouragés à discuter des causes profondes des abus et à examiner les façons de prévenir ces situations.

Ouvert en 1921, le Nova Scotia Home for Colored Children (littéralement « Foyer pour enfants de couleur de la Nouvelle-Écosse »), à Dartmouth dans la région d’Halifax, est devenu le symbole du racisme et de la discrimination systémiques dans les institutions de la province.

Des poursuites au civil ont permis à d’anciens pensionnaires de recevoir un dédommagement de 34 millions de dollars. Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse a aussi présenté des excuses officielles en 2014.

Tony Smith a été l’un des commissaires de l’enquête provinciale sur l’orphelinat pour enfants noirs, dont le rapport final a été déposé l’automne dernier. Il fait la narration de quatre des histoires présentées aux jeunes. Deux autres anciens pensionnaires, Tracey Dorrington-Skinner et Gerry Morrison, prêtent leurs voix aux autres récits.

Nyisha Clayton, 15 ans, a été particulièrement émue par l’histoire en réalité virtuelle nommée Swamp Water (« Eau marécageuse »), où l’on voit des enfants qui doivent se laver dans un bassin d’eau insalubre. Elle raconte avoir entendu parler de l’orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse et des sévices qui s’y déroulaient. Mais cette immersion par la réalité virtuelle, qu’elle qualifie de troublante, lui permet de mieux comprendre l’expérience des pensionnaires, dit-elle.

Une directrice d'école aide une adolescente portant un casque de réalité virtuelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karen Hudson, directrice de l'école Auburn Drive High, et Nyisha Clayton, une étudiante de 10e année qui visionne le matériel éducatif en réalité virtuelle.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Kristina Llewellyn, une professeure de l’Université de Waterloo en Ontario, dirige ce projet pilote intitulé « L’histoire orale numérique pour la réconciliation ».

Bien que la narration des trois anciens pensionnaires décrit sans détour les situations d’abus, on n’a pas recréé de scènes de violences explicites. Les étudiants écoutent plutôt le récit en étant plongés dans des images d’époque et une reconstitution de certains lieux.

Mme Llewellyn attend avec impatience les commentaires des étudiants et des éducateurs afin d’améliorer le produit final. Son objectif est que cette expérience en réalité virtuelle soit incorporée aux cours d’histoire du Canada dans les écoles de la Nouvelle-Écosse.

Une « station » de réalité virtuelle pour les besoins de ce cours coûte environ 2500 dollars, dit-elle. Les créateurs du projet emploient un casque de réalité virtuelle Oculus Rift, construit par Oculus - une entreprise achetée en 2014 par Facebook - et un ordinateur portable. Une telle station peut être partagée entre plusieurs écoles.

Un homme adulte debout dans le corridor d'une école entre deux rangées de casiers.

Tony Smith, ancien pensionnaire de l'orphelinat pour enfants noirs de la Nouvelle-Écosse (« Nova Scotia Home for Colored Children »), était l'un des commissaires responsables de l'enquête provinciale sur les sévices endurés par ces enfants.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Ce projet éducatif a aussi des bénéfices pour les anciens pensionnaires de l’orphelinat, souligne Tony Smith. Le quinquagénaire accorde beaucoup de valeur au partage de ces expériences avec les adolescents et permet, dit-il, aux ex-pensionnaires de se débarrasser de la honte qu’ils peuvent ressentir et de guérir des blessures ancrées depuis longtemps.

Shakima Johnson, 15 ans, raconte qu'elle ne connaissait pas l'histoire de l'orphelinat pour enfants noirs avant la leçon virtuelle, même si le bâtiment qui abritait l'établissement est situé en face de son église.

Je croyais que c'était simplement un foyer qui servait la communauté, admet-elle. Je ne savais pas que les enfants y ont été maltraités.

On peut lire l'histoire de l'orphelinat dans un livre, mais la vivre en réalité virtuelle nous aide à mieux comprendre, dit l’étudiante.

Des histoires bouleversantes dont les jeunes se souviendront longtemps.

Avec les renseignements de Paul Légère

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