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En Alberta, des initiatives pour sauver les caribous suscitent la controverse

Des initiatives pour sauver les caribous suscitent la controverse

Andréane Williams

À une époque, les caribous faisaient partie du paysage albertain. Aujourd’hui, ils s'y font, cependant, de plus en plus rares. Dans les forêts qui entourent Grande Cache, au pied des Rocheuses, en Alberta, il n'en resterait plus qu'environ 500, selon le gouvernement albertain. Pour les protéger, le gouvernement a mis en place des initiatives pour freiner le déclin de l'espèce. Si certaines d'entre elles sont accueillies avec enthousiasme, d'autres ne font pas l'unanimité auprès des communautés locales.

Stéphanie Leonard et Larry McDonald arpentent presque chaque jour l’autoroute 40, qui traverse le hameau de Grande Cache, à un peu plus de 400 kilomètres à l’ouest d’Edmonton.

Les deux habitants de Grande Cache font partie de la Patrouille caribou, une initiative mise sur pied par la nation autochtone Aseniwuche Winewak et financée en partie par le gouvernement albertain.

Une femme conduit un véhicule.

La Patrouille caribou arpente l'autoroute 40 pour prévenir les collisions entre les caribous et les automobilistes.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

En premier, on conduit lentement à côté du caribou. Des fois, cela suffit à le faire s'enfuir. Si ça ne marche pas, on s'arrête et on klaxonne. Et s'il le faut, on sort de la voiture et on utilise des techniques pour diriger l'animal vers un lieu sécuritaire, explique Stephanie Leonard, coordinatrice environnementale de la Patrouille caribou.

Depuis la création de la Patrouille caribou, en 2012, seulement 5 caribous ont trouvé la mort sur l'autoroute.

Dans les années 1990, il y a eu deux années durant lesquelles plus de 30 caribous se sont fait renverser sur l'autoroute, affirme Stephanie Leonard.

Menacés par l’activité humaine et industrielle

La principale menace qui pèse sur les caribous en Alberta est la destruction de leur habitat par l'activité humaine et industrielle.

Cette route est un bon exemple de la perturbation de leur territoire. Elle traverse leur route migratoire. C'est un autre obstacle qu'ils doivent franchir.

Stephanie Leonard, coordinatrice environnementale de la Patrouille caribou
Une femme fait face à la caméra.

Stephanie Leonard fait partie de la Patrouille caribou, mise sur pied par la nation autochtone Aseniwuche Winewak.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Selon plusieurs chercheurs, les perturbations du territoire telles que les coupes forestières ou encore le défrichage de lignes sismiques servant à l’exploitation pétrolière, créent des couloirs vierges qui permettent aux loups de s'attaquer plus facilement aux caribous.

Des initiatives controversées

Pour protéger les caribous, le gouvernement albertain a également créé un programme d'abattage des loups.

Depuis 2005, près de 1500 loups ont été tués, la plupart par empoisonnement ou par balles.

Dans presque tous les cas, notre programme de gestion des loups a freiné le déclin des caribous presque instantanément. Il a permis de sauver des populations de caribous qui auraient disparu. Mais ce n'est pas une solution durable, explique Dave Hervieux, spécialiste du caribou des bois au le gouvernement albertain.

Un homme fait face à la caméra.

Dave Hervieux, spécialiste du caribou au gouvernement albertain, soutient que les stratégies de la province ont permis de stabiliser certaines populations de caribous en Alberta.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Si le gouvernement albertain défend son programme, la démarche est loin de faire l'unanimité.

Darcy Handy est trappeur depuis une vingtaine d'années. Selon lui, la stratégie du gouvernement a des effets dévastateurs sur l'écosystème de la région.

Un homme fait face à la caméra.

Le trappeur Darcy Handy affirme que beaucoup d'animaux meurent à cause du programme d'empoisonnement des loups du gouvernement albertain.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

Selon lui, toutes sortes d’animaux meurent empoisonnés par le poison qui vise les loups.

Nous avons laissé des carcasses d'orignaux et de chevreuils ici il y a un mois. Elles sont toujours là. Cela veut dire que tous les charognards sont morts. La seule explication, selon moi, c'est qu'ils sont morts empoisonnés, explique Darcy Handy.

Le biologiste indépendant Bob Stewart dénonce lui aussi ce genre de méthodes dont les conséquences sur l’écosystème sont imprévisibles.

Un homme fait face à la caméra.

Bob Stewart, un biologiste indépendant, critique les stratégies de protection des caribous mises sur pied par le gouvernement albertain.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

On joue à Dieu. On ne sait pas comment la nature va réagir à la disparition des loups de ces écosystèmes. On prend une chance, puis on regarde ce qui se passe.

Bob Stewart, biologiste indépendant

Selon Stephanie Leonard, les stratégies actuelles du gouvernement pour protéger les caribous sont des solutions de fortune et ne s'attaquent pas au coeur du problème.

On parle beaucoup, mais rien n'est fait. Personne n'a de vue d'ensemble du problème. Le gouvernement doit prendre les choses en main et resserrer les règles qui entourent les activités industrielles. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais c'est la seule manière d'assurer la survie des caribous, conclut-elle.

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