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Inde : nouvelles coupures d'Internet, les manifestants maintiennent la pression

Une manifestation.

Des rassemblements, dont l'ampleur varie, étaient organisés aux quatre coins de l'Inde.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

De nouvelles manifestations contre la loi sur la citoyenneté, vue comme discriminatoire envers les musulmans, ont démarré vendredi en Inde, où les autorités ont coupé l'accès à Internet en plusieurs endroits et déployé des milliers de policiers antiémeute.

Des partisans de la loi ont aussi organisé une contre-manifestation à Mumbai, la capitale économique, illustrant les divisions que cette nouvelle loi a creusées.

Des centaines de personnes ont commencé à se rassembler devant la grande mosquée de New Delhi après la prière du vendredi, dans le vieux quartier de la capitale quadrillé par les forces de l'ordre. Policiers antiémeutes et paramilitaires ont érigé des barricades sur les rues menant à la mosquée, où de violents affrontements avaient éclaté lors de précédentes manifestations.

Mais les protestataires se disaient déterminés à poursuivre tant que le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi ne retirerait pas sa loi controversée, prévoyant de donner la nationalité indienne aux réfugiés d'Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, sauf ceux de confession musulmane.

Ils veulent expulser les pauvres, les musulmans, et tous ceux qui ne sont pas d'accord avec eux a déclaré à l'AFP un manifestant, Muntazir Bashir.

Une femme voilée marche près d'un groupe de policiers en armures antiémeute.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des musulmans indiens craignent d'être les prochaines cibles du gouvernement nationaliste hindou et de voir leurs droits diminuer.

Photo : Reuters / Adnan Abidi

Des centaines de policiers étaient déployés et des dizaines de points de contrôle ont été mis en place à Mumbai, où deux manifestations rivales, pour ou contre la loi, ont rassemblé chacune près de 5000 personnes.

Pour une manifestante hostile à la loi, Amanda Castellino, 27 ans, il s'agit de préserver la culture laïque de l'Inde.

Pourquoi les musulmans auraient-ils besoin de venir chez nous alors que le Pakistan, l'Afghanistan et le Bangladesh sont dominés par les musulmans?, s'interroge pour sa part Mahindra Shah, 82 ans, partisan de la loi.

Une répression dénoncée

Vingt-sept personnes ont péri en deux semaines dans des manifestations parfois violentes contre cette législation, qui a entraîné le plus important mouvement de contestation en Inde depuis l'arrivée au pouvoir des nationalistes hindous en 2014.

En prévision de nouvelles manifestations vendredi, jour de la grande prière musulmane, les responsables de l'État d'Uttar Pradesh ont suspendu Internet mobile et les SMS dans 21 districts sur 75, dont la capitale régionale Lucknow.

Un manifestant aux mains liées lève les bras.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants s'attachent les mains en symbole des libertés bafouées.

Photo : Reuters / Danish Siddiqui

Dans plusieurs zones de cet État, contrôlé par les nationalistes hindous et dirigé par un moine radical, l'Internet mobile n'avait été rétabli que mardi, après près d'une semaine de suspension. Cette région de 220 millions d'habitants compte 20 % de musulmans.

Bloquer l'accès à Internet pour limiter les manifestations est une technique couramment utilisée par les autorités en Inde, le pays étant le leader mondial en nombre de coupures de ce réseau. Le site internetshutdowns.in en a ainsi recensé une centaine pour la seule année 2019.

En amont de la grande prière hebdomadaire, des milliers de policiers armés patrouillaient, vendredi matin, des districts d'Uttar Pradesh à majorité musulmane. Environ 5000 personnes ont été placées en détention préventive, en plus de 1000 autres déjà arrêtées en lien avec les manifestations.

Des policiers arrêtent un manifestant qui parle au micro d'un journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les efforts de censure de l'Inde ont été dénoncés à travers le monde.

Photo : AFP / Prakash Singh

Cette région pauvre et notoirement corrompue, où se trouve notamment le célèbre Taj Mahal, avait connu de violents heurts il y a une semaine après la sortie des mosquées.

Le mouvement de contestation a d'ores et déjà entraîné la mort de 19 personnes dans cet État, la plupart tuées par balle. Un enfant de huit ans a péri piétiné dans un mouvement de panique dans la ville sacrée de Varanasi, dans la circonscription de Narendra Modi.

La réponse brutale des forces de l'ordre nourrit la colère des manifestants, qui accusent les autorités de répression arbitraire.

Approuvée le 11 décembre par le Parlement, la loi contestée ne concerne pas directement les musulmans indiens, mais elle a renforcé les inquiétudes de cette minorité (14 % du 1,3 milliard d'Indiens), qui craint d'être reléguée au rang de citoyens de seconde classe dans l'Inde des nationalistes hindous.

Un manifestant lutte avec deux policiers en habits de camouflage.

Des manifestants ont été frappés par la police, selon Associated Press.

Photo : Reuters / Anushree Fadnavis

Les étrangers sous surveillance

Alors que ce mouvement de contestation connaît un grand retentissement international, les autorités indiennes gardent à l’œil les agissements des étrangers présents dans le pays et prennent des sanctions si elles découvrent qu'ils se sont joints à la mobilisation.

Une touriste norvégienne qui a participé à une manifestation dans l'État du Kerala (sud) s'est ainsi vu ordonner de quitter le pays, a rapporté l'agence Press Trust of India.

Plus tôt dans la semaine, un étudiant allemand en échange universitaire à Chennai (sud) a également dû partir d'Inde après avoir participé à une marche contre la loi sur la citoyenneté, d'après la presse indienne. Selon des photos publiées par les médias, le jeune homme avait défilé avec une pancarte disant 1933-1945 nous sommes passés par là en référence à l'Allemagne nazie.

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