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L’arsenic à Rouyn-Noranda : un enjeu majeur en 2019

Vue de la fonderie.

La Fonderie Horne, qui a presque 100 ans, est un des poumons économiques de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

La publication d’une étude de biosurveillance à Rouyn-Noranda a eu l’effet d’une bombe en Abitibi-Témiscamingue. L’enjeu a fait couler beaucoup d’encre et a suscité la mobilisation de plusieurs organisations. Retour sur les événements marquants de cet enjeu qui risquent de retenir encore l’attention en 2020.

Le 5 octobre 2018, la direction de la Santé publique (DSPu) annonce qu’elle étudiera la présence de métaux lourds, dont l’arsenic, chez les jeunes enfants du quartier Notre-Dame.

Des mois plus tard, alors que les résultats commencent à être connus par certains parents, plusieurs s’inquiètent du délai avant le dévoilement officiel des résultats.

Radio-Canada révèle par ailleurs que des discussions ont eu lieu entre l’entreprise et le ministère de l’Économie en lien avec l’étude de biosurveillance. On y apprend notamment par l’entremise de courriels, que la Fonderie Horne souhaitait faire repousser la tenue d’une réunion entre la DSPu et la Ville et que le ministère de l’Économie voulait établir « un plan de match » avec la fonderie.

En primeur, Radio-Canada annonce le 7 mai que les enfants sont en moyenne jusqu’à près de quatre fois plus imprégnés à l’arsenic que la normale. Le lendemain, le Comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) de Rouyn-Noranda est officiellement lancé.

Trois femmes et un homme tiennent un point de presse au Cabaret de la dernière chance.

Des parents du quartier Notre-Dame inquiets de la présence d'arsenic sous les ongles de leurs enfants ont fondé un comité citoyen. (archives)

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le 13 mai, Radio-Canada met en lumière le dépassement légal de la norme provinciale d’arsenic. La Fonderie peut ainsi émettre jusqu’à 67 fois plus d’arsenic dans l’air que la norme provinciale en vertu d’une entente avec le gouvernement. Le jour suivant, des citoyens sont invités à une rencontre publique en présence de représentants de la DSP, du ministère de l’Environnement et de la Fonderie Horne.

La colère est palpable chez plusieurs citoyens. Comment ça se fait que depuis 15 ans qu’on est au courant de ce problème, on reste là à observer? Comment ça se fait qu’on laisse encore des gens habiter là alors qu’on sait que l’air qu'ils respirent n’est pas bon pour eux?, avait déclaré une citoyenne lors de la rencontre.

5 mois avant une action du ministre de l’Environnement

La DSP annonce en août qu’elle fera une nouvelle étude de biosurveillance afin d’y inclure tous les citoyens âgés de neuf et moins qui habitent le quartier Notre-Dame. Pendant ce temps, le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, tarde à faire des annonces concrètes en lien avec ce dossier.

C’est pourtant son ministère qui a le pouvoir d’exiger une réduction des émissions d’arsenic. Benoit Charrette se rendra finalement à Rouyn-Noranda le 6 septembre, où il annoncera qu’il ne compte pas revoir les exigences imposées à la fonderie. Il souhaite plutôt attendre la publication du rapport final de l’étude de biosurveillance par la DSP avant d’agir.

Benoit Charette en entrevue dans nos studios de Rouyn-Noranda.

Le ministre de l'Environnement Benoit Charette a accordé une entrevue à Radio-Canada au sujet de l'arsenic.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Le rapport final de l’étude de biosurveillance est dévoilé le 27 septembre. Les responsables de la DSPu réitèrent leur position qu’ils avaient déjà exprimée en mai, soit la nécessité de mettre rapidement en place des actions pour réduire l’exposition de la population à l’arsenic.

Benoit Charrette demande à la Fonderie Horne, le 16 octobre, de lui présenter un plan d’action pour réduire ses émissions à court terme, sans toutefois préciser d’échéancier clair ni d’objectif.

Le 1er novembre, quelques jours après la prise de parole de 80 médecins inquiets par la situation, il exigera finalement un objectif de réduction visant l’atteinte de la norme provinciale, ainsi que la création d’un comité interministériel. Il s’agissait d’une demande réclamée par la mairesse Diane Dallaire.

Un plan de 180 M$ d’ici 2026

Les 16 décembre la Fonderie Horne présente les grandes lignes de son plan d’action, qu’elle ne rend toutefois pas disponible aux médias et au public. Son porte-parole, qui clame depuis des mois que l’entreprise est proactive dans ce dossier, annonce que son employeur compte investir 170 millions de dollars dans le projet PHÉNIX/VELOX.

On met hors fonction certains vieux vaisseaux métallurgiques pour lesquels la capture des gaz était plus difficile et on a des vaisseaux de fonte modernes pour lesquels le niveau d'étanchéité est très élevé, avait expliqué le directeur du développement durable à la Fonderie Horne, Pierre-Philippe Dupont.

L'entrée de la fodnerie Horne avec la pancarte indiquant le nom de la compagnie et au loin une cheminée.

Les installations de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

La fonderie souhaite aussi poursuivre l’agrandissement de son stationnement qui deviendra une « zone de transition » et augmentera la distance entre les premières résidences et l’entreprise. L’échantillonnage des sols se poursuivra également.

La Fonderie avait déjà dévoilé, quelques semaines avant le dévoilement du plan, plusieurs actions qu’elle comptait entreprendre pour améliorer la situation.

Un plan qui déçoit toutefois les membres du Comité ARET, qui réclament le respect de la norme provinciale d’arsenic. Lors d’une conférence de presse tenue le lendemain, les porte-parole du groupe suggèrent que l’entreprise cesse de traiter des concentrés de cuivres complexes ayant une forte concentration d’arsenic jusqu’à ce que la fonderie concrétise ses interventions à ses installations. C’est que la majorité de l’arsenic qui entre à la fonderie est attribuable à ces concentrés complexes.

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