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Affaire Matzneff : Denise Bombardier avait dénoncé l’écrivain controversé en 1990

« J’ai fait ce que j’avais à faire », précise l'écrivaine, même si prendre la parole lui avait valu à l'époque d’être critiquée à son tour.

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Elle est assise derrière un micro noir.

Le reportage de Marie-Josée Paquette-Comeau

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Mathieu Arsenault

Fanny Bourel

À quelques jours de la sortie d’un livre explosif sur Gabriel Matzneff, la romancière Denise Bombardier est revenue jeudi sur un échange tendu avec l’écrivain français où elle dénonçait ses relations avec des ados.

À l'émission française Apostrophes, animée par Bernard Pivot, Gabriel Matzneff faisait valoir ses penchants pédophiles.

À l’époque, Denise Bombardier avait été la seule à dénoncer les relations de l’auteur avec ses jeunes victimes. L’une d’entre elles, Vanessa Springora, publie le 2 janvier un livre autobiographique, Le consentement, qui fait couler beaucoup d’encre en France.

Pour la première fois, une victime témoigne

Vanessa Springora raconte comment, au milieu des années 1980, Gabriel Matzneff l’a séduite. Elle n’avait que 14 ans alors que l’écrivain, avec qui elle a vécu une relation marquée par l’emprise, était presque quinquagénaire.

Auteur sulfureux, Gabriel Matzneff n’a jamais caché son goût pour les très jeunes filles et garçons. D’ailleurs, cette attirance constitue le thème central de ses livres, dont l’un est intitulé Les moins de seize ans. Il y défend son attrait pour les jeunes personnes âgées de 10 à 16 ans.

La plupart des romans de Gabriel Matzneff ne portent que là-dessus. C’est sa vie. Il a fait de la littérature avec sa vie. Mais sa vie, cela a été le malheur de centaines d’enfants sans que personne ne s’insurge.

Denise Bombardier, écrivaine

Dénoncer à la télévision

En 1990, Gabriel Matzneff et Denise Bombardier sont invités à parler de leurs livres respectifs à Apostrophes, l’émission littéraire animée par Bernard Pivot. La Québécoise est choquée par les propos pédophiles de l’écrivain et elle intervient avec véhémence pour les condamner. J’ai fait ce que j’avais à faire, dit-elle en entrevue avec Radio-Canada par Skype.

Son indignation lui vaut les remerciements de Vanessa Springora.

[Vanessa Springora] dit que j’ai été la seule à avoir le courage de prendre la parole et que [mon intervention] lui a donné la force, au bout de 30 ans, d’écrire et de décider de parler.

Denise Bombardier, écrivaine

Aujourd’hui, Denise Bombardier trouve « admirable » Vanessa Springora, désormais à la tête de la maison d’édition Julliard.

[Il n’y en a pas beaucoup des enfants] qui ont été abusés comme ça et qui ont publié des livres. Je la trouve admirable et elle le fait pour tous les autres qui ont été incapables de le faire.

Vilipendée par les critiques

À l’époque, Denise Bombardier, qui ne pensait qu’au sort des enfants, a été violemment critiquée pour s’être opposée publiquement à Gabriel Matzneff. Elle raconte qu’on l’a traitée de « mal-baisée » et qu’on l’a accusée d’être de l’extrême droite.

Toutes les épithètes me sont tombées dessus, explique-t-elle. Encore il y a quatre jours, l’ancienne directrice des pages littéraires du journal Le Monde, Josyane Savigneau, a écrit un tweet dans lequel elle dit qu’elle déteste ce que j’ai écrit [et] ce que je dis.

Au Québec, l’écrivaine dit qu’elle a aussi été blâmée par certaines personnes, notamment dans deux lettres publiées dans le quotidien Le Devoir. Toutefois, elle juge que le milieu littéraire était moins « pourri » ici.

La loi du silence

C’est un petit milieu qui se protège, où on est prêt à admettre n’importe quoi, dit l'écrivaine au sujet de l’omerta qui régnait dans le monde littéraire en France à l'époque.

Denise Bombardier explique que la pédophilie était acceptée, sous prétexte que la littérature passait avant tout et qu’on pouvait faire n’importe quoi [en son] nom. Selon elle, les pédophiles ont instrumentalisé la littérature. Personne n’osait briser le silence tant les figures du milieu littéraire défendant cette suprématie de la littérature étaient puissantes.

Les maisons d’édition permettaient aux gens d’être publiés. Les jurys littéraires pouvaient leur donner des prix, estime-t-elle. C’est une sorte de mafia qui existait, mais pas seulement autour de la pédophilie.

[L’écrivain] Alexandre Jardin était là sur le plateau [d’Apostrophes] et tout le monde s’est tu, se rappelle-t-elle.

Dans les années 1970 et 1980, le milieu intellectuel français valorisait le fait de ne rien interdire. Les relations sexuelles entre des personnes adultes et mineures étaient perçues comme acceptables.

Elle rappelle qu’en 1977, une pétition, signée notamment par Gabriel Matzneff – mais aussi par la philosophe Simone de Beauvoir –, avait été publiée dans Le Monde et dans Libération pour appeler la loi à être moins stricte en matière de relations sexuelles entre des personnes mineures et adultes.

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