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Un livre-témoignage raconte l’attirance de l’écrivain Gabriel Matzneff pour les ados

La romancière québécoise Denise Bombardier l'avait publiquement critiqué avec véhémence il y a 30 ans.

Portait de Gabriel Matzneff qui porte un costume et une chevalière au doigt.

L'écrivain français Gabriel Matzneff en 2015

Photo : paris match via getty images / FOUQUE Patrick

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pavé dans la mer d'huile du monde littéraire en France : l'éditrice Vanessa Springora s'apprête à sortir un roman autobiographique dans lequel elle raconte comment l'écrivain français Gabriel Matzneff l'a séduite alors qu'elle n'avait que 14 ans. Cet auteur sulfureux est connu pour son attirance pour « les moins de 16 ans » pour reprendre le titre de son livre éponyme.

Le goût proclamé de Gabriel Matzneff, aujourd'hui âgé de 83 ans, pour les jeunes filles et les jeunes garçons est au cœur de l'ouvrage de l'autrice. Les penchants de celui-ci n'ont jamais fait ciller le monde de l'édition et, jusqu'à Vanessa Springora, aucun des jeunes en question n'avait encore pris la parole.

Dans Le consentement, Vanessa Springora, nouvelle directrice de la maison d'édition Julliard, raconte en 200 pages la relation sous emprise qu'elle a vécue adolescente avec Gabriel Matzneff, qui était presque quinquagénaire à cette époque.

Ce premier livre de l'autrice paraîtra le 2 janvier dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles dans le milieu artistique en France. Le mois dernier, l'actrice Adèle Haenel révélait avoir été victime d'attouchements et de harcèlement sexuel par le cinéaste Christophe Ruggia alors qu'elle avait entre 12 et 15 ans.

Au même moment, le réalisateur Roman Polanski a fait l'objet d'une nouvelle accusation de viol.

Une femme dévastée par cette relation

Couverture du livre, qui est jaune avec la photo de l'autrice dessus

Le livre de Vanessa Springora a secoué le milieu littéraire français.

Photo : Grasset

Sans acrimonie ni victimisation, Vanessa Springora évoque l'ambivalence d'une époque où la libération sexuelle flirtait avec la défense de la pédophilie, la fascination exercée par l'écrivain sur le milieu littéraire, ses proches et elle-même, puis le poids de cette histoire sur sa vie, ponctuée de dépressions.

Elle décrit une emprise qui se poursuit sur le terrain littéraire, car Gabriel Matzneff écrit beaucoup et couche sur le papier ses conquêtes et aventures sexuelles, y compris avec des jeunes garçons au cours de voyages en Asie.

Comme si son passage dans mon existence ne m'avait pas suffisamment dévastée, il faut maintenant qu'il documente, qu'il falsifie, qu'il enregistre et qu'il grave pour toujours ses méfaits.

Une citation de :Vanessa Springora

Un écrivain blâmé par certaines personnes et défendu par d'autres

La sortie de l'ouvrage Le consentement relance le débat entre les personnes défendant Gabriel Matzneff, qui dénoncent une forme de puritanisme, voire un procès fait à une époque révolue, et les soutiens des victimes de violences sexuelles.

Ce livre remet aussi un coup de projecteur sur la notion de consentement sexuel.

Comment admettre qu'on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s'est empressé d'en profiter? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime.

Une citation de :Vanessa Springora

C'est vrai. Les ados sont en demande de tester leur pouvoir de séduction, qu'on leur dise qu'ils sont sexy ou beaux. Et c'est votre putain de rôle d'adulte de leur mettre des limites immédiates, a réagi sur Twitter la féministe Valérie Rey-Robert, autrice d'un livre sur la culture du viol à la française.

Aux antipodes, Josyane Savigneau, membre du jury Femina et ancienne patronne du Monde des livres, a évoqué une chasse aux sorcières en mettant en ligne le long article du Monde sur Matzneff publié cette semaine, auquel elle a refusé de répondre.

Critiqué par Denise Bombardier

Lauréat du prix Renaudot essai 2013, Gabriel Matzneff a longtemps été une figure prisée du milieu littéraire, invité à la télévision pour s'épancher, sans trop choquer, sur ses attirances sexuelles, comme l'illustre une séquence de l'émission littéraire Apostrophes avec Bernard Pivot, très relayée sur les réseaux sociaux.

Il y est interrogé sur ses attirances. Seule la romancière québécoise Denise Bombardier intervient, le comparant à ces vieux messieurs qui attirent les enfants avec des bonbons.

Denise Bombardier avait qualifié Gabriel Matzneff d'homme pitoyable et dénoncé les conséquences des abus sur la vie des victimes. La littérature ne peut pas servir d'alibi, il y a des limites même à la littérature, avait-elle déclaré lors de cette émission diffusée en 1990.

Gabriel Matzneff, encore aujourd'hui chroniqueur sur la spiritualité et les religions au magazine Le Point, n'a jamais été condamné par la justice, rappelle Le Monde, évoquant le malaise qu'il suscite dans le milieu littéraire.

En France, la majorité sexuelle est fixée à 15 ans. En dessous de cet âge, toute relation sexuelle avec une personne majeure équivaut à une atteinte sexuelle, à ne pas confondre avec agression sexuelle ou viol.

Un livre méchant selon Gabriel Matzneff

Dans sa loi d'août 2018 contre les violences sexuelles, le gouvernement français a renoncé à instaurer un âge minimal de consentement à un acte sexuel, promis à 15 ans, décevant très fortement les associations. Dans deux affaires ces dernières années, des fillettes de 11 ans avaient été considérées comme consentantes par la justice, provoquant un vif émoi.

J'espère apporter une petite pierre à l'édifice qu'on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement, toujours liées à la notion de pouvoir, explique dans le magazine L'Obs Vanessa Springora, qui précise avoir commencé à écrire son livre bien avant l'affaire Weinstein fin 2017.

Sollicité par l'intermédiaire de son éditeur, Gabriel Matzneff n'a pas souhaité répondre à l'Agence France-Presse. Dans un message à L'Obs, il a fait part jeudi de sa tristesse au sujet d'un ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire.

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