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Profilage : la police de Repentigny veut rebâtir des ponts

L'automobiliste et le policier regardent le photographe en souriant.

Le policier Jean-François Fortier, responsable du soutien à la communauté, discute avec une résidente de Repentigny qui s'était arrêtée pour lui demander une information.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La police de Repentigny, qui a fait l'objet de plusieurs plaintes pour profilage ethnique ces dernières années, souhaite se rapprocher des minorités visibles. Les plaintes émanaient de membres de l'importante communauté haïtienne qui forme 10 % de la population de la ville.

Depuis un peu plus d'un an maintenant, un policier de Repentigny a pour mandat de tisser des liens avec les communautés culturelles de la ville. L'agent Jean-François Fortier se consacre à cette tâche à temps complet.

Il reconnaît qu'il s'agit d'un travail de longue haleine car, depuis la médiatisation des premières plaintes pour profilage en novembre 2018, l'image de la police a souffert au sein de la communauté haïtienne. Il le remarque lorsqu'il patrouille et qu'il intercepte des gens.

Depuis un an, un an et demi, depuis le début de la crise, c'est pratiquement un automatisme. Les gens y vont automatiquement avec cette carte-là : profilage ethnique.

Une citation de :Jean-François Fortier, policier responsable du soutien à la communauté

Ç'a été un coup dur pour le service de police, on ne se le cachera pas, ajoute l'agent. Pourtant, on fait notre travail. Il y a de l'information qu'on reçoit, il y a des gens qui sont recherchés par la police pour diverses infractions. C'est sûr que nous, il n'y a eu aucun but, aucune arrière-pensée là-dedans.

En patrouille, Jean-François Fortier dit avoir changé son approche. Par exemple, il ne demande plus aux automobilistes s'ils savent pourquoi il les intercepte. Il donne tout de suite le motif : un feu rouge ou un arrêt non respecté. Cela, dit-il, afin d'éviter toute mauvaise interprétation.

Le policier Jean-François Fortier, responsable du soutien à la communauté, dans son autopatrouille le soir.

Le policier Jean-François Fortier, responsable du soutien à la communauté, dans son autopatrouille.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Une grande réflexion

L'agent Fortier est certes seul sur le terrain à avoir pour mission de tenter de changer la perception des gens, « une personne à la fois ». À l'interne cependant, une grande réflexion s'opère sur la façon d'approcher les citoyens. Tous les métiers évoluent, celui de policier aussi, estime l'agent.

Dans les approches, on essaie de changer notre façon de faire. Il y a des pratiques qui ont été faites depuis des années, donc c'est sûr que ces approches-là on doit les ajuster. Donc, c'est ça qu'on est en train de faire à Repentigny.

Une citation de :Jean-François Fortier, policier responsable du soutien à la communauté

Pour alimenter sa réflexion, la ville a rejoint les rangs du Comité sectoriel issu du milieu policier sur le profilage racial et social, un comité du ministère de la Sécurité publique du Québec.

Ce faisant, Repentigny est devenue la plus petite ville à faire partie de ce comité qui comprend Montréal, Laval, Longueuil, Gatineau, Québec, la Sûreté du Québec, l'École nationale de police du Québec et le Commissaire à la déontologie policière. Ce comité permet aux différents corps de police de réfléchir ensemble sur la question du profilage.

Écoutez le reportage de René Saint-Louis diffusé à l'émission Le 15-18

À terme, le service de police aimerait avoir son propre comité d'experts pour guider et valider ses démarches, affirme l'inspecteur-chef Lison Ostiguy. Il pourrait inclure un psychologue, un anthropologue, etc. On veut une expertise pour savoir si on fait les bons gestes, dit-elle.

Lison Ostiguy raconte que depuis 30 à 40 ans, la police faisait du profilage criminel. Par exemple, une personne habillée en noir qui se promène avec un sac à dos dans un quartier résidentiel la nuit risque de se faire intercepter par la police. Même chose pour un cycliste qui semblerait longer les voitures le soir, pour peut-être regarder ce qu'il y a à l'intérieur des véhicules. Le problème dit-elle, c'est que nos pratiques n'ont pas changé.

Définition du profilage criminel selon le SPVM : Il s'agit d'une pratique policière légitime utilisée pour identifier un suspect (peu importe ses caractéristiques visibles); cette pratique est exercée à la suite de l’obtention de renseignements reliés à une activité criminelle qui aurait été commise par une personne répondant à une certaine description et dont les comportements auraient été observés avant, pendant ou après la perpétration d’une infraction.

Outre la réflexion, des gestes concrets ont déjà été posés à Repentigny. Les policiers de la ville ont été les premiers au Québec à recevoir une toute nouvelle formation sur le profilage, offerte par la Commission des droits de la personne. Un éthicien leur donnera aussi un atelier au cours des prochains mois, atelier que les cadres et les officiers ont déjà suivi.

D'autres formations sont aussi prévues, l'une porte sur les biais et les préjugés, l'autre sur le devoir et le pouvoir.

Il ne faut pas avoir peur de se dire que nous avons tous, comme humains, des biais et des préjugés, mais lorsqu'on en est conscient on devient une meilleure personne.

Une citation de :Lison Ostiguy, inspecteur-chef, division du développement stratégique et prévention au Service de police de Repentigny

La ville songe aussi à installer des caméras sur les autopatrouilles et des micros sur les policiers, à la demande de ces derniers.

De nombreux membres de la communauté haïtienne de Repentigny habitent dans le quartier de Valmont sur Parc que l'on voit ici à travers le pare-brise de l'autopatrouille.

De nombreux membres de la communauté haïtienne de Repentigny habitent dans le quartier de Valmont-sur-Parc.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Il y a à Repentigny environ 8000 Québécois d'origine haïtienne sur une population de 84 000 personnes. La Ville a souvent exprimé le souhait de recruter un policier noir. À l'heure actuelle, sur les 125 policiers de la Ville, un seul est issu d'une minorité visible. Il est d'origine asiatique.

Jusqu'à maintenant, les tentatives ont échoué, mais la directrice du Service de police de Repentigny, Helen Dion, ne baisse pas les bras. En 2020, un étudiant en technique policière issu d'une minorité visible fera son stage à Repentigny, assure-t-elle.

Il faut savoir que bon nombre de corps policiers, surtout [celui de] Montréal, qui est tout prêt de nous, recrutent le peu de personnes [issues de minorités visibles] qui émanent des collègues et qui émanent de l'École nationale de police. Ils sont souvent recrutés par des corps de police plus gros que Repentigny.

Une citation de :Helen Dion, Service de police de Repentigny

En attendant, les efforts de rapprochement du policier Jean-François Fortier visent beaucoup les jeunes, particulièrement ceux issus de l'immigration qui ont souvent une image négative de la police, s'ils n'en sont pas effrayés, tout simplement. Il entretient une page Facebook sur laquelle il fait part de ses rencontres avec des citoyens.

Mais il caresse un rêve, celui qu'un jour un jeune de Repentigny lui dise : Hey, c'est grâce à toi si j'étudie pour devenir policier, tu m'as motivé. Ça, dit-il, ça me ferait vraiment plaisir.

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