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Un projet de voie de contournement pour motoneiges vire au fiasco

Dans les Laurentides, le ministère des Transports a chargé un club de motoneige de construire une piste. La suite est une série de malentendus qui n'est toujours pas terminée.

Un sentier enneigé au-dessus duquel est accrochée une banderole du club.

Le Club de motoneige Diable et Rouge avait eu toutes les autorisations pour débuter les travaux au printemps dernier, selon le mandat du MTQ.

Photo : Facebook / Club Motoneige Diable et Rouge

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Après de longues années d’attente, les motoneigistes du Québec s'apprêtaient à inaugurer cet hiver, à Mont-Tremblant, un sentier de raccordement de neuf kilomètres. Ils devront toutefois patienter, car le ministère des Transports a reculé face à la contestation de riverains inquiets.

Dans le Parc linéaire Le P'tit Train du Nord, entre Saint-Faustin-Lac-Carré et Labelle, dans les Laurentides, les motoneiges n’ont plus le droit de circuler depuis 15 ans, en vertu du jugement Langlois, une décision de la Cour supérieure qui date de 2004.

Le non-rétablissement de ce parcours frustre Roland Leroy, qui bataille depuis de longues années pour reconstituer ce lien qui fait le pont entre trois régions touristiques de première importance dans le secteur : Lanaudière, les Laurentides et l’Outaouais.

M. Leroy, qui se targue d’avoir été le premier, en 1989, à avoir fait venir des Européens dans la région pour de longs tours en motoneige dans la poudreuse québécoise, est à la tête du Club de motoneige Diable et Rouge depuis 2002 et est très actif dans le milieu depuis 30 ans.

C’est à lui que le ministère des Transports du Québec (MTQ) a confié le mandat de rétablir ce lien dans l'emprise de la route 117, et il estime avoir rempli sa mission en tant que promoteur du projet.

Ce rôle venait notamment avec la responsabilité de rencontrer les propriétaires dont la maison est située à moins de 30 mètres du sentier afin d’obtenir leur consentement par écrit. Un aspect du dossier qui s'est révélé beaucoup plus complexe que prévu, au grand regret de M. Leroy.

Quoi qu’il en soit, la piste est prête depuis le mois de novembre, selon Roland Leroy. Elle a été réalisée dans les temps, assure-t-il, et à un coût de 2,6 millions de dollars, soit moins que le budget de 3 millions alloué par le ministère.

Le président du Club Diable et Rouge affirme que tout a été fait dans les règles de l’art et qu’il a obtenu les autorisations nécessaires, que ce soit sur le plan environnemental, sur celui de l’accord des municipalités ou sur celui du consentement des citoyens.

Il peste parce que la région de Mont-Tremblant a perdu, selon lui, près de 80 % de son potentiel touristique lié aux motoneiges. [Les motoneigistes], c’est 300 dollars de dépenses par jour et par personne, indique-t-il, avant de préciser que ceux-ci circulent souvent en semaine, une période calme, et qu’ils ont des revenus supérieurs à la moyenne.

Roland Leroy, président du Club de motoneige Diable et Rouge.

Roland Leroy

Photo : Vincent Rességuier

Un exemple récent : un groupe de huit motoneiges part de Shawinigan et veut rester deux jours à Tremblant pour aller au casino et ensuite se rendre en Outaouais. Ils m’ont appelé et quand ils ont su que le sentier n’allait pas être ouvert, ils ont changé leur destination.

Roland Leroy

Le passionné de motoneige ne digère tout simplement pas que le MTQ ait décidé de ne pas ouvrir la piste cette année. Dans un courriel laconique, le MTQ nous affirme effectivement qu’il a été convenu, pour des raisons de conformité et de sécurité, que le sentier ne pourrait ouvrir pour la saison 2019-2020.

Mais pourquoi donc cette décision?

Une question d’acceptabilité

Début novembre, le MTQ a invité les acteurs du projet à se rassembler au sein d’un groupe de travail. Le mandat? Trouver des solutions et améliorer l’acceptabilité sociale du projet de sentier de raccordement.

Mais rien n’y a fait. Le 13 décembre dernier, la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec a publié un communiqué annonçant avec grand regret le report de l’ouverture du sentier de raccordement. On y évoque des raisons techniques, opérationnelles, de sécurité et d’acceptabilité sociale.

En apparence, les motoneigistes ont semblé effectuer un recul diplomatique. Dans les faits, plusieurs personnes en coulisses ont confié à Radio-Canada que le MTQ a tordu le bras à la fédération pour qu’elle annonce la mauvaise nouvelle à ses membres. Un geste qui a vexé plusieurs acteurs proches du dossier, qui attendaient un soutien plus appuyé de la part du ministère.

C’est le cas de Roland Leroy, mais aussi du maire de Saint-Faustin–Lac-Carré, Pierre Poirier, qui a claqué la porte du groupe de travail à la suite de la publication du communiqué.

Ce fervent partisan du sentier de contournement est découragé. Il considère que ce parcours est le seul possible à réaliser dans la région sans avoir à déployer de grands moyens pour trouver un trajet à travers les bois.

Le maire de Saint-Faustin–Lac-Carré n’est pas le seul à en avoir contre le MTQ dans ce dossier. C’est aussi le cas de Nadine Dumas, dont la maison est située à moins de 30 mètres du sentier de contournement, distance en deçà de laquelle l’accord des propriétaires est obligatoire pour la construction.

Les arbres matures sur le terrain public avoisinant le sien ont été rasés et ne font plus office de mur antibruit, ce qui, selon elle, rend difficilement supportable le vacarme des véhicules lancés à pleine vitesse sur la route 117, « 21 heures sur 24 ».

Nadine Dumas, résidente de Saint-Faustin-Lac-Carré.

Nadine Dumas, résidente de Saint-Faustin-Lac-Carré.

Photo : Vincent Rességuier

Mme Dumas se demande encore pourquoi elle n’a pas été consultée. Le visage fermé, elle raconte la panique qu'elle a ressentie lorsque, le 14 août dernier, elle vu débarquer les ouvriers et leurs engins. C’était la première fois qu’elle entendait parler du projet, dit-elle.

Elle a bien tenté de faire entendre sa cause auprès des ingénieurs, du promoteur, de la municipalité, de la députée locale et du MTQ. Pendant de longues semaines, dit-elle, la réponse a été la même : « C’est dans les normes ».

Mme Dumas s'est alors mise à broyer du noir. Elle a eu des accrochages avec les ouvriers. Elle a été identifiée comme une empêcheuse de tourner en rond dans une communauté où les partisans du projet sont nombreux.

Les remarques désobligeantes se sont multipliées, que ce soit à la station-service ou lors de discussions houleuses sur les réseaux sociaux.

Ils m’ont humiliée. J’ai eu du monde désagréable sur le terrain. J’ai fait une dépression, j’avais peur et j’ai piqué du nez.

Nadine Dumas

Se disant victime d’intimidation, elle a demandé de l’aide psychologique auprès des services sociaux.

Guy Parent, résident de Mont-Tremblant.

Guy Parent, résident de Mont-Tremblant. Sa statue de Jésus-Christ a été vandalisée pendant les travaux de la voie de contournement.

Photo : Vincent Rességuier

Au cours de l’automne, Nadine Dumas a été rejointe dans son combat par une poignée de riverains de la piste de motoneige. Parmi eux, Guy Parent, dont le terrain est collé au sentier de contournement.

Je vais avoir deux autoroutes à traverser, l’autoroute des Ski-Doos et l'autoroute de la 117, qui est très dangereuse.

Guy Parent, résident de Mont-Tremblant

Des documents contestés

Roland Leroy affirme pour sa part avoir rencontré les résidents concernés en 2016. Selon le promoteur, ils ont tous signé un document signifiant leur approbation, à l’exception de Nadine Dumas.

Ces démarches sont aujourd’hui contestées par un groupe de citoyens opposés à la piste.

Hélène Turgeon et son conjoint Claude Lamoureux habitent Mont-Tremblant depuis 25 ans, à quelques mètres de la route 117. Même s’ils sont habitués au bruit des véhicules, ils redoutent les nuisances sonores des motoneiges qui, une fois le sentier de contournement ouvert, passeront par centaines à 40 mètres de leur maison.

Hélène Turgeon, résidente de Mont-Tremblant.

Hélène Turgeon, résidente de Mont-Tremblant sur la voie de contournement pour motoneiges.

Photo : Vincent Rességuier

M. Leroy se base sur des papiers écrits il y a trois ans et demi. Ils ne sont plus valables aujourd’hui.

Hélène Turgeon, résidente de Mont-Tremblant

Selon Mme Turgeon, plusieurs signatures obtenues par Roland Leroy ne sont pas pertinentes. Elle affirme par exemple qu’une personne n’aurait pas été correctement informée sur le tracé. Une autre serait locataire. Dans un autre cas, elle suspecte que le numéro d'habitation a été ajouté dans le document après la signature.

C’est ce flou entourant les démarches de M. Leroy auprès des « riverains » du projet qui a fait reculer le MTQ, qui nous a confié par courriel que toutes les habitations à moins de 30 mètres du sentier ont été ciblées.

Selon le ministère, le Club Diable et Rouge a confirmé avoir obtenu toutes les autorisations de passage requises. Le ministère renvoie maintenant la balle dans le camp du club dirigé par Roland Leroy.

En attendant, le MTQ a prévu des rencontres avec les citoyens riverains au début de l'année 2020.

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