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Le Wexit pourrait faire face aux écueils des derniers mouvements séparatistes

Un partisan du Wexit porte une casquette sur laquelle on peut lire le slogan «Make Alberta Great Again».

L'un des slogans du Wexit, « Make Alberta Great Again » (rendre sa grandeur à l'Alberta), rappelle le slogan de Donald Trump, lors de la campagne présidentielle américaine : « Make America Great Again ».

Photo : Reuters / Todd Korol

Radio-Canada

Alors que le mouvement séparatiste Wexit trouve des adeptes dans l’Ouest canadien, deux universitaires notent que les mouvements séparatistes des dernières années ont connu leur lot d’écueils et rappellent du coup aux citoyens avides de sortir de la fédération que leur liberté n’est pas acquise.

Le politologue Paul Hamilton, de l’Université Brock de St. Catharines, en Ontario, souligne d’entrée de jeu que la plupart des mouvements séparatistes naissent de conflits ethniques.

« Il y a toutefois un autre type de velléité sécessionniste, qui est plutôt un passe-temps pour quelques personnes sur Internet », note-t-il.

« Donc soit ça naît d’une protestation, soit, honnêtement, c’est une farce! »

Du sentiment d’aliénation à la séparation

Les récriminations des tenants du Wexit sont principalement motivées par un sentiment de rejet, par Ottawa, de l’industrie pétrolière et gazière et d’une impression de contribuer à outrance aux finances du pays.

Parmi les partisans du mouvement, certains espèrent présenter des candidats lors d’élections fédérales et provinciales, notamment en Alberta et en Saskatchewan, mais aussi au Manitoba et en Colombie-Britannique.

La plateforme présentée lors de rassemblements parle généralement de séparation du Canada et du Commonwealth, de l’élection d’un président de la république et d’un alignement politique avec les États-Unis.

Elle inclut aussi la création d’une armée, de corps policiers et d’une monnaie séparée. Les coûts du programme et les moyens de le mettre en place sont toutefois absents.

« Les séparatistes tentent toujours de convaincre ceux qui leur tendent l’oreille que la sécession est facile. C’est comme ça qu’on sait qu’ils ne sont pas sérieux, parce qu’en réalité, c’est extrêmement compliqué », dit Paul Hamilton.

Des exemples complexes

L’État du Texas, notamment, a été un pays indépendant pendant 9 ans au 19e siècle et le débat sur la séparation refait périodiquement surface.

Un mouvement fondé en 2005 y prône notamment l’établissement d’un « État-nation indépendant et autogouverné libre du contrôle des bureaucrates et de la classe politique de Washington », à la suite d’un éventuel référendum sur un « Texit ».

Selon un article du magazine The Atlantic, l’indépendance du Texas se ferait toutefois au prix d’une partie proportionnelle de la dette de plus de 22 000 milliards de dollars du gouvernement américain et d’un « énorme coût de transition ».

L’Ouest australien a également connu ses propres vagues séparatistes. En 1933, un référendum avait entériné l’idée, mais Londres avait alors refusé.

Plus récemment, le référendum catalan s’est buté à l’opposition de Madrid et au dépôt d’accusations contre les chefs du mouvement.

L’indépendance ne serait ni automatique ni unilatérale, selon un juriste

Les tenants du Wexit doivent d’abord réaliser qu’il n’y a pas de droit automatique ou unilatéral à l’indépendance nationale au Canada ou à l’international, affirme le professeur de droit Errol Mendes, de l’Université d’Ottawa.

« La plus grande leçon dans le domaine, qu’on le veuille ou non, vient de la Cour suprême du Canada », souligne-t-il.

Dans un jugement sur un scénario de référence à propos de la séparation du Québec rendu en 1998, la Cour affirme que la province ne peut se séparer unilatéralement du reste du pays, mais qu’elle peut négocier les termes d’une séparation si une majorité claire de citoyens choisissent la sécession en répondant à une question claire.

La province aurait alors le difficile, voire « insurmontable [...] devoir de négocier de bonne foi », soutient le professeur.

Dans certains cas, le divorce peut se faire à l’amiable, comme lors de la création de la République tchèque et de la Slovaquie dans les années 1990, mais M. Mendes croit qu’il « n’y a aucune chance » que cela se produise pour l’Alberta.

Aux obstacles précédant la séparation, il faut ajouter les divisions internes après la sécession, note Errol Mendes.

Au Québec, par exemple, les Premières Nations comptaient parmi les plus farouches opposants à la séparation.

Puisque tous les traités ont été signés avec le gouvernement fédéral, une séparation de l’Ouest serait « une recette de chaos », croit le professeur Mendes.

Trouver l’autonomie dans la fédération

Malgré tout, « le Québec reste le meilleur exemple d’une tentative de séparation ayant conduit à une plus grande autonomie au sein du système fédéral », précise Paul Hamilton.

La province exerce en effet un plus grand contrôle que les autres provinces sur certains domaines, notamment l’immigration et les rentes.

En Alberta, le premier ministre Jason Kenney a rejeté l’idée de séparation en préférant trouver une « entente juste » afin de s’émanciper d’Ottawa.

« Certains politiciens se disent : “ça n’arrivera pas, mais on va utiliser [le Wexit] pour tirer certains avantages du gouvernement central” », note le professeur Hamilton.

Avec les informations de La Presse canadienne

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