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Des proches de militants détenus en Algérie interpellent Ottawa

La jeune femme regarde l'objectif, sérieusement.

Sihem Chouicha, résidente permanente canadienne, voudrait que la communauté internationale se mobilise davantage pour soutenir les détenus politiques algériens comme son père.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Depuis treize jours, Sihem Chouicha, une résidente d’Ottawa, ne peut pas parler à son père, récemment emprisonné en Algérie pour ses activités politiques. Comme elle, des membres de la diaspora algérienne de la région de la capitale nationale demandent maintenant au Canada et à la communauté internationale d’intervenir.

Lorsqu’elle a choisi de s’établir à Ottawa en 2018, Sihem Chouicha ne savait pas qu’elle quittait son pays quelques mois seulement avant qu’un mouvement de contestation populaire sans précédent y prenne racine.

Sihem ne se doutait pas non plus que les activités militantes de son père la rattraperaient jusqu’ici… Et qu’elle devrait se battre pour sa libération à l’autre bout du monde.

C’est vraiment un sentiment d’injustice incomparable, soupire la jeune femme.

Kaddour Chouicha — le vice président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme — est incarcéré depuis le 10 décembre. Inculpé pour rébellion et atteinte à l’intégrité du territoire national, le militant a été arrêté, jugé et condamné dans la même journée, raconte sa fille.

Tout ce qu’il a fait toute sa vie c’est défendre les gens [...] et il se retrouve en prison, déplore sa fille, présentement étudiante à Ottawa. J’aimerais pouvoir faire quelque chose, mais je me sens impuissante.

Je me demande combien de temps ça va durer encore, s’il n’y a vraiment aucune justice [en Algérie].

Sihem Chouicha, résidente d'Ottawa

Le Canada interpellé

Sihem Chouicha, qui est résidente permanente canadienne, voudrait que la communauté internationale se mobilise davantage pour soutenir les détenus politiques algériens comme son père.

Certains ressortissants algériens vont plus loin en demandant l’aide immédiate du gouvernement Trudeau et la libération de tous les prisonniers politiques.

Ça aurait été un grand soutien. Si le Canada était intervenu, peut-être que le gouvernement [algérien] l’aurait pris en compte, explique Yasmina Benhabib, une résidente de Gatineau.

Le couple regarde l'objectif, sérieux.

Yasmina Benhabib et Mustapha Stambouli sont résidents de Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Elle affirme que son frère, un militant prodémocratie, a été incarcéré pendant plus de deux mois cet été. Il est présentement en attente d'un second procès prévu le 24 décembre. Désemparée, la Gatinoise raconte avoir contacté son député ainsi qu’Affaires mondiales, sans succès.

On va demander des comptes au gouvernement canadien du fait de son silence, affirme son mari, Mustapha Stambouli. On demande au moins qu’ils dénoncent ce qui se passe en Algérie du point de vue des droits de l’homme. C’est le minimum.

Depuis février, un mouvement de protestation populaire secoue l’Algérie. Des manifestations pacifiques répétées ont poussé le président Abdelaziz Bouteflika à démissionner après 20 ans au pouvoir. Depuis, des élections ont été tenues, sans pour autant calmer le mouvement qui réclame la chute du régime.

Une tentative de « décapiter » le mouvement, déplore Human Rights Watch

La version des faits que donne Sihem Chouicha est corroborée par l’organisme Human Rights Watch, qui y voit une tentative de « décapiter » le mouvement de contestation populaire algérien en faisant taire ses leaders.

Ce genre d’accusation très vague existe depuis longtemps pour museler toute voix d’opposition, précise le directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord, Eric Goldstein. Selon l’organisme, plus de 120 manifestants algériens sont présentement incarcérés.

C’est un mouvement pacifique et toutes les libertés civiles sont en jeu : la possibilité de s’exprimer [ou] de marcher dans la rue, fait valoir M. Goldstein.

Dans une déclaration écrite, une porte-parole d’Affaires mondiales a indiqué que le Canada suivait la situation politique en Algérie et [prenait] note des rapports faisant état de l’arrestation ou de la détention de manifestants.

Radio-Canada n’a pas pu corroborer de façon indépendante les accusations qui pèsent contre Kaddour Chouicha et d'Abdelmadjid Benhabib. L’ambassade algérienne à Ottawa n’a pas donné suite à nos nombreuses demandes.

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Ottawa-Gatineau

Politique internationale