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Fermeture annoncée de la papetière Northern Pulp : entre choc et soulagement

Des manifestants en bateau convergeaient vers la papetière Northern Pulp le 6 juillet dernier.

Photo : Radio-Canada / CBC/Nic Meloney

Radio-Canada

En Nouvelle-Écosse, le premier ministre Stephen McNeil a annoncé vendredi « l’une des décisions les plus difficiles que nous, le gouvernement, ayons eu à prendre ». Il a refusé d’accorder un énième sursis à la papetière Northern Pulp, située à Abercrombie, qui voulait plus de temps pour construire une nouvelle centrale de traitement de ses effluents.

Qu'est-ce que la Northern Pulp?

La papetière Northern Pulp, pierre d’assise de l’industrie forestière en Nouvelle-Écosse, déverse ses effluents depuis plus de 50 ans. Jusqu’à 27 millions de mètres cubes d’eaux usées sont acheminées annuellement vers la station de traitement des effluents de Boat Harbour, adjacente à la communauté mi'kmaq de Pitctou Landing.

Le gouvernement libéral de M. McNeil s’était engagé à mettre fin à cette pollution et à assainir l'estuaire de Boat Harbour, site le plus contaminé de la province. Pour ce faire, il avait adopté en 2015 une loi ordonnant à l’entreprise de construire une centrale plus moderne de traitement de ses effluents avant janvier 2020.

Boat Harbour.

Boat Harbour a été contaminé par les effluents de la papetière Northern Pulp depuis plus de 50 ans.

Photo : CBC / Steve Lawrence

Or, le plan pour une nouvelle centrale n’a jamais pu aller de l’avant, car il n’a pas satisfait les exigences du gouvernement. L’entreprise Paper Excellence, propriétaire de la papetière, a demandé toute l’année à la province de lui accorder plus de temps. La province, elle, demandait à l'entreprise plus de renseignements scientifiques sur ses projets.

Pas d'autre sursis pour la papetière, tranche le premier ministre

Plusieurs gouvernements avant nous ont dit qu'ils allaient nettoyer [Boat Harbour] mais ne l'ont pas fait. Nous ne répéterons pas ce modèle. La Loi sur Boat Harbour sera en vigueur le 31 janvier 2020. Northern Pulp recevra l'ordre de cesser de déverser ses effluents dans Boat Harbour. Northern Pulp a eu plusieurs chances de faire la bonne chose, et pourtant, voici ou nous en sommes, a annoncé, visiblement ému, le premier ministre McNeil, vendredi à Halifax.

Stephen McNeil regarde la caméra durant une allocution.

Le premier ministre Stephen McNeil annonce sa décision le 20 décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

La papetière compte environ 350 travailleurs à son usine, en plus de milliers d'emplois indirects dans le secteur forestier. L’usine ouverte en 1967 génère en moyenne 200 millions de dollars par année en produisant 280 000 tonnes de pâte à papier.

Heureuse nouvelle pour les Autochtones et les pêcheurs

La pollution de Boat Harbour pendant cinq décennies constitue, dans les mots de l’ancien ministre de l’Environnement, Iain Rankin, l’un des pires cas de racisme environnemental de l’histoire du pays.

Pour les communautés autochtones, c'est une longue bataille qui touche à sa fin. La cheffe de la Première Nation de Pictou Landing, Andrea Paul, était très émue, vendredi.

Andrea Paul, les yeux humides, regarde vers le ciel.

La nouvelle a été accueillie par des larmes de joie, vendredi. Ici, la cheffe de la Première Nation de Pictou Landing, Andrea Paul.

Photo : Radio-Canada

C’est une nouvelle que les Autochtones attendaient depuis très longtemps, a-t-elle souligné. Elle se dit reconnaissante envers le gouvernement et le premier ministre pour avoir respecté leur engagement. Je sais que ce n’est pas facile pour les gens à travers la Nouvelle-Écosse, et je ne prends pas ça à la légère, souligne Mme Paul.

Nous savons que les communautés marginalisées sont celles qui sont traitées le plus injustement. Je félicite ce gouvernement pour avoir créé ce précédent, celui de faire la bonne chose. Je sais que ce n’était pas facile.

Andrea Paul, cheffe, Première Nation de Pictou Landing

En plus des Autochtones, les pêcheurs de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick, qui tirent leur gagne-pain du détroit de Northumberland, s’opposaient à la canalisation de 15,5 km que l’entreprise voulait construire pour déverser jusqu’à 75 000 mètres cubes d'effluents de l’usine par jour.

Des manifestants opposés aux projets de la papetière Northern Pulp, sur le front de mer de Pictou, en Nouvelle-Écosse, le 6 juillet 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants opposés au plan de déversement des effluents de la Northern Pulp, le 6 juillet 2018 à Pictou en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / CBC/Steve Lawrence

Des voix dans l’industrie touristique voyaient aussi d’un mauvais oeil une telle conduite, qui aurait longé sur plus de 11 km la route 106.

Au Centre d’action écologique à Halifax, le coordinateur Raymond Plourde parle d’une décision historique et très, très difficile, mais néanmoins nécessaire.

Plusieurs dizaines de personnes rassemblées dans un gymnase. Deux femmes tiennent des pancartes appuyant la fermeture de la papetière.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans l'attente de la décision du premier ministre, des manifestants réclamaient le 19 décembre le maintien de la date butoir imposée par la Loi sur Boat Harbour.

Photo : CBC/Craig Paisley

Le secteur forestier décimé, selon les acteurs de l’industrie

Brian Baarda, chef de la direction de Paper Excellence, affirme que la décision du gouvernement est un choc pour la papetière et les employés.

Brian Baarda.

Brian Baarda, chef de la direction de Paper Excellence, le 20 décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

Cette décision assure la fermeture de la Northern Pulp et l’anéantissement de l’industrie forestière en Nouvelle-Écosse, a-t-il accusé vendredi.

M. Baarda réitère que l’entreprise avait ce qu’elle croyait être un excellent plan pour remplacer sa centrale de traitement des effluents.

Il dit qu’une réunion était prévue plus tard avec les quelque 350 employés de la papetière, que du soutien sera offert à ceux-ci, et que les avis de licenciement seront bientôt acheminés aux travailleurs.

Linda MacNeil.

Linda MacNeil, du syndicat Unifor, réagit le 20 décembre 2019 à l'annonce du premier ministre.

Photo : Radio-Canada

C’est un jour triste pour l’industrie forestière, selon la directrice régionale du syndicat Unifor, Linda MacNeil, qui représente les travailleurs de l’usine. La décision du premier ministre McNeil est irresponsable, soutient-elle.

Il vient de décimer la Nouvelle-Écosse rurale [...] Si c’est l’héritage qu’il veut laisser, il va certainement l’avoir.

Linda MacNeil, syndicat Unifor

À l’instar de Brian Baarda de Paper Excellence, la dirigeante syndicale critique le fait que le ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse a continuellement demandé plus d’information à l’entreprise, tout au long du processus ayant mené à la décision finale. Selon M. Baarda, ce qui a commencé par des demandes pour 7 études a fini par être 68 études.

Des manifestants brandissent des pancartes syndicales en écoutant leurs représentants prononcer des discours.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans l'attente de la décision du premier ministre, des manifestants s'étaient rassemblés à Halifax le 19 décembre 2019 pour appuyer la papetière Northern Pulp.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

Des emplois qui disparaissent

De respecter la promesse faite aux gens de la Première Nation de Pictou Landing était sans aucun doute la bonne chose à faire, affirme Jim Ryan, le maire de la communauté avoisinante de Pictou. Il souligne néanmoins que c’est une journée difficile pour beaucoup de gens en Nouvelle-Écosse, et dit être de tout cœur avec les gens touchés et leurs familles.

L’une de ces personnes est Kimberly MacLaughlin. À l’emploi de la papetière depuis 13 ans, elle a milité ces derniers mois pour que le gouvernement accorde un nouveau sursis à l’entreprise. Son conjoint, travailleur forestier, compte la Northern Pulp parmi ses clients. Ils ne savent pas ce que 2020 leur réserve.

Une femme pleure dans une voiture.

Kimberly MacLaughlin.

Photo : CBC / Dave Laughlin

Je peux retourner sur les bancs de l'école, mais j'ai 52 ans, qui va m'embaucher? demande la mère de famille.

Son fils apprend un métier et ce sont des emplois potentiels qui disparaissent pour lui, soutient Mme MacLaughlin. Elle est aussi inquiète pour sa fille, étudiante de deuxième année à l’Université Saint-Francis-Xavier, à Antigonish : elle travaillait l’été à la papetière pour payer ses droits de scolarité.

Jeff Bishop.

Jeff Bishop, directeur général de Forest Nova Scotia.

Photo : CBC

Jeff Bishop, le directeur général de Forest Nova Scotia, un groupe qui représente les intérêts de l’industrie forestière dans la province, dit que cette dernière, qui assure un emploi à des milliers de travailleurs néo-écossais, ne sera plus jamais la même lorsque la fumée cessera définitivement de s’échapper des cheminées de la Northern Pulp.

Le premier ministre vient de fermer les lumières et a laissé beaucoup de gens de l’industrie dans le noir.

Jeff Bishop, Forest Nova Scotia

Nous avons entendu les propriétaires de la papetière, des propriétaires d’entreprises, des sous-traitants, des camionneurs, qui nous ont dit que s’il n’y avait plus de moyens pour la Northern Pulp d’avancer, ils ne voyaient plus de moyens pour eux-mêmes d’aller de l’avant, affirme-t-il.

Les 50 millions de dollars offerts par le gouvernement provincial dans le cadre d’un plan de transition annoncé par le premier ministre vendredi ne suffiront pas, selon M. Bishop. On ne peut pas démanteler une entreprise et avoir de nouveaux clients et de nouveaux marchés dès le lendemain, dit-il. Ce n’est pas si simple.

Stephen McNeil devant un fond bleu sur lequel est écrit « Nova Scotia » avec un dessin du drapeau de la Nouvelle-Écosse.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, le 20 décembre 2019.

Photo : La Presse canadienne / Ted Pritchard

La compagnie a eu cinq ans et beaucoup d’occasions de sortir de Boat Harbour.

Stephen McNeil, premier ministre

Le premier ministre Stephen McNeil rejette l’idée voulant que ce soit la fin de l’industrie forestière en Nouvelle-Écosse. Il maintient qu’une foresterie durable et une diversification de l’économie de la province sont nécessaires.

La province veut entreprendre l’assainissement de l’estuaire de Boat Harbour en 2021.

Avec des renseignements de Kassandra Nadeau et Stéphanie Blanchet

Avec les informations de La Presse canadienne et CBC

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