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Délais judiciaires : une famille brisée par un chauffard lance un cri du cœur

Portrait de Rachel Middleton.

Rachel Middleton a été tuée en 2014 lorsqu'un chauffard a percuté sa chambre à coucher.

Photo : Photo fournie par la famille

Mathieu Belhumeur

La famille d'une femme tuée par un chauffard ivre en 2014 dénonce le fait que la cause se trouve toujours devant les tribunaux, plus de cinq ans après les faits.

Assise autour de la table de la cuisine, la famille de Rachel Middleton ne décolère pas.

Ça m'enrage, c'est inhumain, laisse tomber Joël Ricard, quand il parle du procès de l'homme qui a causé la mort de sa conjointe en octobre 2014.

Ça fait plus de cinq ans que la cause est devant les tribunaux, et la conclusion se fait toujours attendre.

Le 26 octobre 2014, le couple est allé au lit comme d'habitude, sans se douter que leur vie allait basculer.

Ivre au volant, Anthony Bélanger a perdu le contrôle de sa voiture et a percuté de plein fouet la résidence du couple, le véhicule terminant sa course dans la chambre principale.

La maison est située en bordure du rang Petite Ligne à Saint-Alexis-de-Montcalm, dans Lanaudière.

La femme de 36 ans a été tuée sur le coup, son conjoint a été sérieusement blessé.

J'étais couché dans ma maison, ce n'était pas supposé arriver, lance le père de trois enfants, en montrant l'endroit où se trouvait son lit en 2014.

La maison, qu'il habite toujours avec ses enfants, a bien sûr été reconstruite, et là où il y avait une chambre il y a maintenant un salon et un peu partout sur les murs des photos de la famille sont accrochées.

La sœur de Rachel Middleton, Pryscillya Pouliot, a l'impression de ne pas pouvoir passer à autre chose tant que le chapitre judiciaire ne sera pas clos. De plus, le sort cruel qui s'est abattu sur la famille de sa sœur rend son deuil difficile.

Nous, c'est cinq ans de douleur, cinq ans où on s'empêche de tout faire.

Pryscillya Pouliot, sœur de la victime

Sa mère, Jeanne Pouliot, est habitée par un sentiment d'injustice. Ça m'empêche de mettre une conclusion, de dire : "OK, Rachel, la justice a été faite pour elle", dit-elle, la voix étranglée par l'émotion.

Anthony Bélanger, alors âgé de 25 ans, avait été arrêté sur les lieux par les policiers. Il avait ensuite été formellement accusé de conduite avec facultés affaiblies ayant causé la mort.

Changement d'avocat et requêtes multiples

Le procès du jeune homme ne s'est ouvert que quatre ans plus tard, et ce n'est qu'en septembre dernier qu'un juge l'a trouvé coupable de conduite avec facultés affaiblies ayant causé la mort et des lésions.

Son taux d'alcoolémie lors de l'accident était de 156 mg par 100 ml, soit près de deux fois la limite permise, qui est de 80 mg par 100 ml de sang.

Sa sentence doit en principe être prononcée le 9 janvier prochain, mais avec tous les reports qu'il y a eu depuis cinq ans, M. Ricard en doute; sa confiance envers le système de justice est ébranlée.

Ils vont m'appeler pour me dire que c'est remis, j'ai toujours l'impression qu'il va se passer quelque chose, qu'il n'aura pas de sentence; ça me brûle, dit-il, découragé.

Un changement d'avocat et la multiplication des requêtes expliquent notamment les délais. La cour a refusé de prononcer l'arrêt des procédures en vertu de l'arrêt Jordan, puisque les retards n'étaient pas attribuables au ministère public.

Joël Ricard a l'impression que la défense a tout fait pour étirer les procédures; c'est une personne qui refuse de reconnaître ses torts, dit-il, en parlant d'Anthony Bélanger. Et le système lui permet d'étirer ça tant qu'il est capable.

Anthony Bélanger porte maintenant sa condamnation en appel. C'est son droit, mais ça ne finira jamais. Il n'y a plus de fin, on dirait, lance la mère de la victime, frustrée.

Au Québec, selon les plus récentes données du ministère de la Justice, qui remontent à 2017, 1900 causes impliquant un seul accusé sont toujours actives devant les tribunaux après plus de trois ans.

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