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Il y a 25 ans, RDI diffusait son premier bulletin

Le 1er janvier 1995 naissait RDI, une expérience journalistique unique qui a radicalement changé le visage de l’information francophone du pays. Et ce n’est pas fini.

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Geneviève Asselin dans la salle de nouvelles de RDI en 1995.

Geneviève Asselin a présenté le premier bulletin de nouvelles du Réseau de l'information le 1er janvier 1995 à 9h.

Photo : Radio-Canada

Lorsque Renaud Gilbert, responsable de la programmation de l'ensemble des stations régionales de Radio-Canada, reçoit en 1992 le mandat de développer une chaîne d’information en continu, le territoire est encore, pour l’essentiel, inexploré.

L'inspiration, c'était, oui, la chaîne d'information continue anglaise qui s'appelait News World, mais c'était surtout CNN, explique celui qui est considéré comme le père fondateur du Réseau de l’information (RDI).

On est allé voir ce qui se faisait à CNN, à Atlanta, puis on est allé voir nos collègues de la télé anglaise de News World, et on a développé le projet à partir de là.

Renaud Gilbert, chargé du projet RDI

Appuyé de cinq collaborateurs, il a établi les règles de base sur lesquelles s’appuierait la future chaîne : couvrir en direct les événements dès qu’ils surviennent, faire rayonner les reportages produits à travers le pays, multiplier le nombre d'analystes et de commentateurs et diffuser Le téléjournal plus tôt, soit à 21 h.

On s’est dit qu’on allait mettre en direct le maximum d'informations possible, surtout de l'information en provenance du Canada. Pas seulement du Québec francophone, mais aussi du reste du pays, explique-t-il.

Renaud Gilbert se rappelle avoir dû se retrousser les manches pour affronter les sceptiques.

Il y a des gens qui disaient qu’on serait incapable de remplir 24 heures, que c’est impossible. Nous, on avait la conviction contraire, qu’on pouvait dire des choses intéressantes. Je pense qu’on s’en est rendu compte rapidement que c’était le cas.

Renaud Gilbert, chargé du projet RDI

Le jour J

La journaliste et présentatrice Geneviève Asselin se souvient très bien de ce matin du 1er janvier 1995 quand, à 9 h, elle a ouvert le premier bulletin de nouvelles de RDI.

Je me sentais comme une espèce de pionnière, d’exploratrice. Je pense que c’est un peu le sentiment qui nous animait tous. On avait une petite salle des nouvelles, on était tout près les uns les autres. On avait tous les moyens à notre disposition pour couvrir l’actualité en direct, en continu, se remémore-t-elle.

C’est inoubliable pour moi. C’est un moment marquant, sinon le plus marquant de ma carrière, confie-t-elle.

Geneviève Asselin dans une salle de nouvelles.

Geneviève Asselin estime que faire partie de l'équipe des débuts de RDI a été une expérience extraordinaire.

Photo : Radio-Canada

Le journaliste Bernard Drainville, qui a par la suite animé pendant trois ans l’émission La part des choses sur les ondes de RDI, était dans la salle de nouvelles lors de la mise en ondes de RDI.

J'étais là quand Geneviève Asselin a prononcé les premiers mots. J'étais à 25 pieds d'elle, juste en dehors du champ de la caméra.

Bernard Drainville

M. Drainville, qui était à ce moment reporter au module d’enquête et d’affaires publiques pour l’émission Montréal ce soir diffusée à Radio-Canada, ne travaillait pas cette journée-là, mais la curiosité l’a emporté.

Il se souvient clairement de l’émotion qu’il a éprouvée lors de sa visite impromptue : Le sentiment de faire l'histoire, d'observer un moment de l'histoire dans l’histoire de l'information francophone canadienne.

Il se rappelle aussi que le directeur du service de l'information, Marc Gilbert, avait su trouver les bons mots pour rassurer ses troupes avant le moment crucial : Vous savez, les Américains ont réussi à mettre un homme sur la Lune. Je pense qu'on devrait être bons pour lancer RDI.

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RDI célèbre ses 25 ans

Un vent de changement

Daniel Poirier animait l’émission L’Atlantique en direct au tout début de la chaîne. La venue de RDI dans le paysage médiatique l’a forcé, lui et son équipe, à mettre leur « matériel journalistique dans une perspective nationale ».

Dès l’entrée en ondes, RDI a eu une incidence positive dans les Maritimes, fait-il remarquer. C’était vraiment bien accueilli. Pour une fois, on avait une vitrine sur ce qui se passait en Acadie, dans la région Atlantique et au niveau national. On pouvait mettre en évidence les événements et les gens qui faisaient l’événement. Ç’a été extrêmement positif, soutient-il.

Louis Lemieux, qui a été à la barre de l’émission RDI matin week-end pendant 12 ans, travaillait comme correspondant national de Radio-Canada en Atlantique à la naissance du Réseau de l’information.

Pour moi, RDI a été personnellement une bouffée d’air frais. Ça a été la modernité, l’entrée de Radio-Canada dans le monde de la télévision moderne.

Louis Lemieux

Je pense que, pour le public canadien et québécois, RDI c’est un peu la même chose : ouvrir toutes grandes les portes et les fenêtres pour qu’on puisse se parler, se connaître, se comprendre et échanger partout entre nous, poursuit celui qui est maintenant député de la Coalition avenir Québec.

Louis Lemieux dehors près de la rivière Saguenay.

Louis Lemieux a couvert le déluge au Saguenay en 1996.

Photo : Radio-Canada

Le déluge au Saguenay a marqué un virage dans la façon dont l’information était présentée à la télévision, se rappelle aussi vivement Louis Lemieux.

Avec le déluge, ce fut la première fois qu’il y a eu une catastrophe, une tragédie, un événement important qu’on pouvait vivre ensemble en direct à la télé. Ça ne s’était jamais produit. Avec RDI, les frontières ont carrément explosé. Le déluge nous a forcés à aller au bout de ce qu’on était capables d’aller techniquement, affirme-t-il.

J’ai toujours dit que, moi au déluge, dans une fraction de seconde quand j’ai pris l’antenne, j’ai compris qu’il fallait que je laisse tomber le personnage qu’on avait l’habitude d’être pour écouter l’émotion, de laisser passer de l’émotion, poursuit-il.

À l’automne 1995, Marc André Masson animait l’émission L’Ouest en direct. Selon lui, la création du réseau a permis aux gens d’entrer « en contact d’un bout à l’autre du pays ».

De donner une occasion tout de suite à ceux qui étaient partout au pays d’avoir accès aux ondes, de pouvoir être vus et entendus. […] Tout à coup, cela devenait disponible.

Marc André Masson
Marc André Masson sur une place publique en 1995.

Marc André Masson animait l’émission « L’Ouest en direct » diffusée sur RDI à l’automne 1995.

Photo : Radio-Canada

Apprendre en direct les nouvelles, en même temps que les téléspectateurs, procure beaucoup de plaisir, assure Marc André Masson : C’est enivrant, c’est excitant, c’est inquiétant, c’est un peu tout ça. C’est aussi – peut-être parce que je vieillis – rendu émouvant.

Il se souvient d'un moment qui l’a profondément ému : des réfugiés chassés d’Autriche quittant la gare, qui s'éparpillent dans les rues avoisinantes à la recherche de paix et d’asile.

Je me rappelle avoir été pris d’émotion. On voyait des gens en fauteuil roulant, des vieillards, des enfants, des bébés naissants, il y avait tout. On n’a pas de filtre là-dessus. Il faut se cramponner, avoir le bon ton, dit-il.

Une évolution « remarquable »

Marie-Claude Lavallée, qui a entre autres animé l’émission Entrée des artistes sur RDI dès 1995, estime que l’arrivée de chaîne d’information en continu a forcé le personnel à réagir au quart de tour aux événements.

Je vous dirais que RDI a été formidablement bien pensé et réfléchi. Ce n'est pas quelque chose qui a été improvisé, affirme Mme Marie-Claude Lavallée. Ça représente un réseau formidable, bien bâti, bien construit.

Marie-Claude parle à Gérard Poirier.

Marie-Claude Lavallée a interviewé le comédien Gérard Poirier à son émission « Entrée des artistes ».

Photo : Radio-Canada

En cinq minutes, on était sur le plateau à commencer à en parler. Cela changeait tout parce qu’il fallait devenir de meilleurs improvisateurs, présentateurs, en ce sens d’être vite à intervenir et de pouvoir tenir l'antenne.

Marie-Claude Lavallée

Et parfois, ces événements sont bouleversants : Marie-Claude Lavallée était en ondes au moment de l’explosion de la navette Columbia en 2003.

Au fil des années, RDI s’est développé « de façon remarquable », estime l’ancienne chef d’antenne. Grâce à la technologie, RDI a évolué grandement vers une façon de faire de la télé qui est encore plus directe que jamais, estime-t-elle.

Bernard Drainville, qui a entre autres couvert la crise du verglas de 1998 qui a frappé le Québec, souligne pour sa part que RDI a eu un impact majeur tant sur le nombre de nouvelles produites que sur leur durée de vie.

À partir du moment où RDI arrive, il y a des bulletins d'information aux heures, ce qui fait que les journalistes sont en ondes beaucoup plus souvent, explique-t-il. Cela les amène à faire beaucoup plus de directs qu'auparavant, à sortir la nouvelle beaucoup plus rapidement et à brûler la nouvelle aussi tout aussi rapidement, si bien qu'on se retrouve assez rapidement dans la situation où on a deux, puis trois cycles de nouvelles dans la même journée.

Cela nous oblige à renouveler la nouvelle à un rythme beaucoup plus fréquent et donc à produire de l'information à un rythme beaucoup plus accéléré qu'auparavant.

Bernard Drainville

Pour Michel Viens, parler de RDI, c’est parler d’un diffuseur d’information crédible. C’est une source d'information indispensable dans un monde où il est de plus en plus difficile d'obtenir de l'information juste et éclairée, insiste-t-il.

Michel Viens dans un studio pendant la crise du verglas.

Michel Viens a longtemps travaillé comme présentateur de nouvelles avant d'animer l'émission « Les ex ».

Photo : Radio-Canada

Celui qui a animé le matin à RDI pendant une quinzaine d'années et terminé sa carrière à la barre de l'émission Les ex était là lors d’un des moments les plus marquants de l’histoire : l’attaque contre les tours jumelles à New York.

Moi, j'étais en ondes au moment où la première tour a été frappée.

Michel Viens

Après une pause publicitaire, quand on est revenu en ondes, j'ai aperçu cette espèce de trou béant dans la tour, se rappelle-t-il vivement, et c’est à ce moment que je me suis rendu compte que RDI avait une mission particulière, parce qu’il fallait que je décrive ce que je voyais.

L’arrivée des médias sociaux a forcé RDI à s’adapter à une nouvelle réalité. La grande différence qu'il y avait, il y a 25 ans, par rapport à la réalité d’aujourd'hui, c'est la multiplication des sources d'information, ce qui a du bon, mais qui représente aussi un risque certain. Le mauvais côté de la chose, c’est qu’il faut être très prudent, il faut faire attention à ce qu'on met en ondes, note-t-il, saluant du coup l’émission Les décrypteurs qui départage le vrai du faux.

Qu'en est-il aujourd'hui?

Après avoir animé l’émission L’info pendant plusieurs années à RDI, Alexis De Lancer se retrouve depuis l’automne à la tête de l’émission Les décrypteurs, soit au cœur de l’innovation.

On a créé un produit qui n’existait pas ailleurs dans l’espace médiatique nord-américain, c’est-à-dire une émission entièrement consacrée à la désinformation. En Europe, il y en avait. Dans l’espace francophone européen, il y en avait, mais en Amérique du Nord, ça n’existait tout simplement pas, s’enthousiasme-t-il.

Photo d'Alexis De Lancer sur fond foncé

Alexis De Lancer se retrouve depuis l’automne à la tête de l’émission « Les décrypteurs ».

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Alexis De Lancer estime que de telles initiatives permettent à la chaîne de toucher le public.

C’est là où je pense que RDI peut se démarquer avec une réponse immédiate et directe à des besoins précis d’information au-delà de ce qui se passe en général en politique.

Alexis De Lancer

Il y a des besoins précis en information sur lesquels les gens ont besoin d’être guidés, poursuit-il. On reçoit des courriels à la pelletée de gens qui nous expriment leur soif d’en savoir plus, sur les doutes qu’ils ont.

RDI, souligne pour sa part Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias de l'Université Laval, c’est la force du service public, un regard en profondeur sur l’actualité, sur l’actualité politique, la volonté de faire une information qui est rapide, mais qui est pondérée et qui ne cherche pas non plus à faire dans le spectaculaire ou dans le sensationnel.

Je pense que RDI de manière générale a maintenu sa réputation de qualité et d’équilibre, je dirais, dans un contexte évidemment pas facile.

Colette Brin, professeure titulaire à l’Université Laval en information et communications

Tête d’affiche de RDI, l’animatrice de l’émission 24/60 Anne-Marie Dussault est d’avis que la chaîne est bien ancrée dans son époque, qu’elle reste à l’affût et qu’elle « répond à l’accélération de tout ce qui se passe sur la planète ».

Une des grandes forces de RDI, c’est le déploiement partout au Canada, bien sûr, mais aussi de miser sur le réseau de correspondants de Radio-Canada.

Anne-Marie Dussault
Anne-Marie Dussault - 24 heures en 60 mn

Anne-Marie Dussault anime l'émission « 24/60 » sur les ondes de RDI.

Photo : Radio-Canada

Selon elle, ce qui distingue RDI de ses concurrents, c’est la place accordée à l’analyse. En information continue, je regarde beaucoup ce qui se fait en France et aux États-Unis. Je pense que la ligne de conduite de RDI, son intention, est de mettre l’accent à la fois sur sa présence sur le terrain – et le slogan est bon de ce point de vue, "Quoi qu’il arrive" – et analyser ce qui se passe, estime-t-elle.

La directrice générale de l’information au service français de Radio-Canada, Luce Julien, voit en RDI un lieu de rassemblement incontournable où aller lorsqu’un événement majeur se produit.

Les gens se rassemblent pour voir les images, voir la nouvelle et la comprendre, parce que RDI ne fait pas que du direct. RDI nous aide à comprendre les enjeux très complexes, explique-t-elle.

Luce Julien assise dans un fauteuil.

Luce Julien est directrice générale de l’information au service français de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Luce Julien fait remarquer que le Réseau de l’information est également un producteur de contenu journalistique incontournable au Canada. C’est l’agence de presse francophone au pays, c’est devenu une agence de presse francophone. Tous les médias francophones écoutent, regardent RDI, regardent les captations de points de presse. C’est non seulement essentiel pour informer le public, les citoyens canadiens, mais c’est même essentiel à l’industrie et à l’écosystème journalistique du pays, déclare-t-elle.

Et de quoi sera fait l’avenir? À cette question, Luce Julien reconnaît qu’elle ne peut pas se projeter dans l’avenir, en raison de la rapidité des changements technologiques.

Je ne le sais pas. Je pense que ça va trop vite. Je ne suis pas capable de prédire. Mais je crois profondément en la mission de RDI. Je pense qu’on y sera encore. On va continuer d’accompagner le téléspectateur au moment où une nouvelle se déroule, affirme-t-elle.

Au moment où une nouvelle se déroule, où survient un événement majeur, je persiste plus qu’à croire, puisque les téléspectateurs sont là, qu’ils ont besoin de RDI pour voir ce qui se passe et comprendre ce qui se passe.

Luce Julien

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