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S’affirmer par l'alimentation traditionnelle autochtone

Deux outardes rôtissent au-dessus du feu.

Des outardes rôtissent au-dessus d'un feu de bois pour célébrer la journée nationale des autochtones.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La sédentarisation forcée des Premières Nations et des Inuit n’aura pas eu raison de leur garde-manger et des traditions qui y sont liées. De nos jours, le passage à vide forcé se comble peu à peu. Pendant que les aînés poursuivent la transmission de leurs connaissances, diverses initiatives prennent forme partout au pays.

Dans la mythologie des premiers peuples, le solstice d’hiver est un moment important, moment de rassemblement et de partage. En route vers leur territoire de chasse et de trappe, les Innus se rassemblaient en un endroit, chacun apportant des provisions, « leurs meilleurs morceaux », explique, à l’émission Espaces autochtones en direct, l’aînée innue Evelyne St-Onge, précisant que chaque famille avait, les mois précédents, préparé sa graisse de caribou, sa viande séchée, pour offrir en partage.

Du côté des Wendats, la longue fréquentation avec les non-Autochtones a eu raison de certaines traditions, mais les cérémonies traditionnelles se sont poursuivies dans la maison longue « dans un esprit de spiritualité », précise l’ethnologue Isabelle Picard, ajoutant qu’il y a fort longtemps « un festin était partie prenante de cette cérémonie ».

Un festin composé selon la région de gibier, poisson, légumes, haricots, petits fruits, noix et céréales, un régime respectant les divers cycles de la nature.

S’affirmer par son alimentation traditionnelle n’est toujours pas évident au XXIe siècle. « Le caribou est à la baisse, on commence à manger de l’orignal, on n'en mangeait pas beaucoup avant », raconte Evelyne St-Onge, détentrice d’un doctorat honorifique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour son engagement à défendre l'éducation, la sauvegarde et la transmission des savoirs autochtones.

Elle explique que toute la base de la vie nomade dépendait du caribou, qui servait à se nourrir, se vêtir ou fabriquer des outils. Si le caribou disparaît, « on se demande si nous aussi on va mourir », se désole l’aînée en précisant que, par le fait même, « la langue se perd », emportée par un savoir-faire disparu.

L'aînée et enseignante Évelyne St-Onge

L'aînée et enseignante Évelyne St-Onge

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Heureusement, certaines autres viandes sont encore chassées, que ce soit la perdrix, le castor ou le porc-épic. « Ce sont les aliments qui nous restent », dit Evelyne St-Onge ajoutant qu’on en fait des réserves individuelles ou à partager lors des fêtes dans les communautés.

Des réseaux de partage de nourriture traditionnelle permettent aussi aux Inuit de protéger leur culture et leur langue. Dans bien des villages, des congélateurs communautaires permettent de partager le poisson, le phoque, le caribou ou les baies, précise la journaliste Eilis Quinn, du site Regard sur l’Arctique (Nouvelle fenêtre). Et si les réserves sont en baisse dans le congélateur, la radio communautaire lance un appel aux chasseurs pour le remplir.

Un autre dilemme ne permet pas une entière réappropriation des traditions, il s’agit del’impossibilité de servir le gibier sauvage issu de la chasse, que ce soit l’orignal ou le caribou, dans les restaurants, ce dont se plaignent plusieurs chefs cuisiniers autochtones.

Mais rien n’y fait : l'Agence canadienne d'inspection des aliments exige toujours que les aliments vendus au Canada, y compris la viande de gibier, satisfassent à des exigences en matière de salubrité et d'étiquetage des aliments. 

Certains restaurateurs autochtones se tournent alors vers des élevages de wapiti ou de cerf, dit Isabelle Picard.

Ces défis liés à la vie moderne n’auront pas raison des traditions et de la culture. « Nous sommes en période d’enseignement pour les jeunes, conclut Evelyne St-Onge : « y’a des jeunes déjà qui sont très sensibles à la culture et sont des passeurs de culture. »

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