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Doit-on abolir les logos autochtones dans le sport?

Le logo des Blackhawks de Chicago, qu'arbore ici le gardien Scott Darling, est utilisé par de nombreuses équipes de hockey mineur.

Le logo des Blackhawks de Chicago, qu'arbore ici le gardien Scott Darling, est utilisé par de nombreuses équipes de hockey mineur.

Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes

Chiefs, Braves, Redskins, les noms et les logos autochtones stéréotypés sont dans le paysage sportif depuis des années. Selon des experts, l’utilisation de ceux-ci peut être dommageable pour les Autochtones. Des équipes de sport amateur tentent maintenant de se départir de ces images et de se trouver de nouvelles identités.

Juillet 2019. Muni d’un échafaudage électrique et d’outils, un employé de la Ville de Mississauga s’affaire à décrocher une enseigne de métal sur laquelle on voit le logo des Braves, l’une des organisations de hockey de la municipalité. Au deuxième étage de l’aréna Paramount, on fera également disparaître d’une vitrine les trophées amassés au fil des ans par les Chiefs, une autre équipe de hockey locale.

Trophée sur lequel on peut lire « Mississauga Girls Hockey League » avec le logo des Blackhawks.

L'un des trophées qui a été retiré de l'aréna Paramount cet été à Mississauga.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Depuis septembre, aucun logo représentant le chef Black Hawk n’est affiché en permanence dans les installations sportives de la ville. Le logo, semblable à celui des Blackhawks de Chicago, fait pourtant partie du patrimoine sportif de Mississauga depuis des années.

Ces mesures ont été prises après qu'une entente de règlement eut été conclue entre la Municipalité et un homme qui se plaignait de l'utilisation des symboles autochtones dans les installations de la Ville.

On réalise qu’on est une des premières villes qui passent par ce processus, alors on espère qu’on sera un bon exemple pour celles qui vont suivre, explique la directrice des loisirs de Mississauga, Shari Lichterman.

Je crois que les gens commencent à s’habituer à cette nouvelle réalité.

Shari Lichterman

Bien que la Ville était tenue de prendre ces mesures, les équipes sportives, elles, n'avaient aucune obligation à cet égard.

Une pancarte avec le visage d'un Autochtone est sur un échafaud électrique.

Le dernier signe visible des Braves de Mississauga a été retiré en juillet 2019 de l'aréna Paramount.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

De la patinoire au tribunal

La nouvelle politique de Mississauga n’est toutefois pas venue de la Municipalité elle-même, mais plutôt après qu’un homme a eu recours aux tribunaux.

En 2015, Bradley Gallant, un membre de la nation micmaque Qalipu et résident de la municipalité, a porté plainte auprès du Tribunal des droits de la personne de l'Ontario (TDPO).

Ces types d’images et de mascottes sont dommageables et ont un impact négatif sur les Autochtones et les non-Autochtones, arguait l’homme dont les enfants jouaient pour une équipe de hockey de la ville.

Trois ans plus tard, M. Gallant et la Ville s’entendaient. La Municipalité promettait d’enlever les logos de ses propriétés, de développer une politique municipale conséquente après consultation avec les communautés autochtones environnantes et de sensibiliser ses employés aux réalités des Premières Nations.

Nous devons travailler à démanteler ces structures de discrimination et on peut commencer avec l’utilisation des peuples autochtones comme mascottes d’équipes sportives, avait indiqué M. Gallant à CBC à l’époque.

Photo du militant autochtone Brad Gallant qui quitte le Tribunal des droits de la personne à Toronto le 21 novembre.

Le plaignant Brad Gallant

Photo : Radio-Canada

Une politique étendue à l’ensemble de la province

À la suite de l'entente à Mississauga, la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) envoyait en mai des lettres à près de 40 villes ontariennes ayant des associations sportives qui ont un logo ou un nom autochtone.

Notre lettre a pour but d’exhorter toutes les municipalités de l’Ontario à entreprendre des discussions avec les communautés autochtones à propos de l’utilisation de logos et de noms d’équipe à référence autochtone dans leurs installations sportives, peut-on lire dans le document.

Dans sa missive, la CODP invitait les municipalités à s’inspirer de Mississauga, afin de démontrer leur engagement envers la réconciliation avec les peuples autochtones.

Black Hawk (Faucon Noir).

Black Hawk (Faucon Noir)

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Qui était le chef Black Hawk?

Black Hawk, Autochtone sauk et descendant d'un Autochtone de Montréal, a vu le jour près de la rivière Rock dans le Wisconsin, en 1767.

Les Sauks seront chassés de leur territoire à la suite d’une transaction avec le gouvernement américain. Black Hawk sera l’un des leaders du conflit qui opposera la nation à l’armée américaine.

En 1833, l’autobiographie de Black Hawk devient un best-seller dès sa publication. Il est mort en octobre 1838 des suites d'une brève maladie.

Changement de culture

À près de 200 kilomètres de Mississauga, on retrouve une autre équipe nommée Braves avec le logo du chef Black Hawk, mais on se mobilise d’une autre manière afin de changer le logo.

L’Association de hockey de Brighton, une petite ville de près de 12 000 habitants sur les rives du lac Ontario, propose au public, dans un concours en ligne, de renommer l'équipe et de lui dessiner un nouveau logo.

Je ne vois pas ça comme un obstacle. Pour moi, c’est plutôt une occasion, parce qu’on voulait refaire notre image de toute façon, explique Mark Bateman, conseiller municipal et aussi président de l’association au sein de laquelle plus de 200 joueurs jouent.

Le président et conseiller municipal se tient dans les gradins de l'aréna, avec la patinoire derrière lui.

Mark Bateman est le président de l'Association de hockey de Brighton.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Le principal obstacle, selon M. Bateman, n’est pas la réaction des membres de l’association, mais plutôt de trouver les 25 000 $ nécessaires pour les nouveaux chandails d’équipes.

On doit suivre les règles de Hockey Canada. On doit avoir deux modèles de chandail par équipe, indique l’homme.

Le maire de Brighton, Brian Ostrander, a offert le soutien financier de la Ville pour changer les chandails.

Nous allons nous assurer que les gens puissent se permettre ce changement, parce que le hockey est très important dans une municipalité comme Brighton, indique le maire.

Le maire de Brighton habillé en complet-cravate, sourit devant l'hôtel de ville.

Brian Ostrander est le maire de Brighton, une petite municipalité en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Un règlement municipal interdit maintenant aux futures équipes sportives d’avoir un nom ou un logo qui fait référence à la culture autochtone.

Dans les gradins de l'aréna de la ville, Jean-Noël Leblanc regarde ses petits-enfants donner leurs premiers coups de patin.

Questionné par rapport au changement de nom, le retraité ne passe pas par quatre chemins.

Je pense que c’est une très bonne idée, je pense qu’il est temps qu’on s’adapte à la nouvelle situation, aux nouvelles années, quoi, répond M. Leblanc.

Des enfants jouent au hockey à l'aréna de Brighton en Ontario.

Des enfants jouent au hockey à l'aréna de Brighton en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Même son de cloche du côté de George Hamilton, un ancien entraîneur, aussi venu voir ses petits-enfants marquer leur premier but.

Il y a maintenant des sensibilités avec le nom, alors changeons-le, estime celui dont la famille s’implique dans le milieu du hockey de Brighton depuis plusieurs générations.

Certains, toutefois, sont toujours attachés au nom.

Certaines personnes qui ont joué pour les Braves dans le passé ne comprennent pas, mais les tribunaux ont décidé et c’est ce qu’on doit faire, affirme le conseiller municipal Douglas LeBlanc.

Chandail des Braves sur lequel on peut voir le visage du chef sauk Black Hawk.

L'ancien logo des Braves de Brighton, une petite ville en Ontario

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Des logos stéréotypés

Depuis des années, les logos de certaines équipes sportives professionnelles comme les Blackhawks de la LNH et les Indians de la MLB suscitent la polémique.

La documentation scientifique semble donner raison à ceux qui dénoncent ces logos et ces noms.

Pour l'American Psychological Association, les noms et logos à référence autochtone :

  • reprennent de façon erronée les pratiques culturelles et symboles spirituels sacrés
  • privent les peuples autochtones de toute emprise sur les définitions sociales du fait autochtone
  • entretiennent des stéréotypes à l’égard des personnes autochtones
Trophée sur lequel on peut lire « Mississauga Girls Hockey League ».

L'un des trophées qui a été retiré d'un aréna de Mississauga.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Jesse Steinfeldt, de l’Université de l’Indiana, se penche sur cet enjeu depuis plusieurs années.

L’appropriation néfaste d’images à référence autochtone lors d’événements sportifs, au détriment du fonctionnement psychique des membres des Premières Nations, est un phénomène répandu, peut-on lire dans un rapport publié en 2018 et cité au Tribunal des droits de la personne de l'Ontario.

Qu’en pensent certains Autochtones?

À l’Université McMaster, à Hamilton, on retrouve un centre d’études autochtones. Les étudiantes inscrites réagissent de façon passionnée lorsqu’on leur parle de cet enjeu.

Pour Makasa Looking Horse, une étudiante qui réside dans la communauté des Six Nations de la rivière Grand, les logos à thématique autochtone sont si réducteurs qu’ils en sont insultants.

C’est comme si on était toujours à ce stade, comme si on n’avait pas évolué. C’est comme si je n’existais pas, que je ne suis pas à l’école, que je ne suis pas scolarisée, que je ne possède pas ma propre voiture.

Makasa Looking Horse
Deux femmes tiennent un micro Radio-Canada .

Deux étudiantes autochtones à l'Université McMaster, Elysha Bear-Morin (à gauche) et Makasa Looking Horse (à droite)

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Que répondre aux gens qui disent que les logos autochtones sont un hommage aux Premières Nations?

Vous faites plus de mal que vous le pensez. Vous désavantagez encore plus des gens défavorisés et, honnêtement, vous maintenez l'exceptionnalisme occidental, répond Elysha Bear-Morin, étudiante et membre de la communauté crie de Peter Ballantyne.

L’enjeu a même une pointe d’ironie pour Dawn Martin-Hill, professeure d’anthropologie de l’Université McMaster et membre de la communauté des Six Nations de la rivière Grand.

Elle explique que plusieurs sports comme la crosse ont été inventés par les Autochtones avant que les Européens ne se les approprient.

On a grandement contribué au monde et ça a été renié, alors c’est comme une agression sur cette plaie. On se moque de nos chefs, de nos guerriers et de notre image. Si un blackface n’est pas OK, alors porter quelque chose qui réfère aux guerriers autochtones n’est pas OK non plus.

Dawn Martin-Hill, professeure d'anthropologie à l'Université McMaster

Tranquillement, un changement de mentalité s’opère. À Mississauga, où tout a commencé, les six équipes visées par la plainte de M. Gallant ont toutes ultimement changé de nom. Les Chiefs de Mississauga sont devenus les Hurricanes notamment. Les Braves de Mississauga, eux, sont devenus… les Blackhawks de Mississauga.

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