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Adopter l’enfant d’une amie : « Certains disaient que c’était une menace à la famille traditionnelle »

Deux femmes et un jeune garçon sont assis sur un sofa.

Natasha Bakht, la mère biologique d'Elaan, a permis à sa grande amie Lynda Collins d'adopter son fils.

Photo : Simon Gardner, CBC

Christelle D'Amours

Dès le premier instant où elle a posé les yeux sur le petit Elaan, Lynda en est tombée amoureuse. Après avoir accompagné Natasha dans sa grossesse, Lynda s’est tout doucement taillée une place dans le quotidien de celle qui allait devenir sa grande amie... Jusqu’au jour où les deux femmes ont décidé de lier étroitement - et légalement - leur amitié pour devenir les « co-mamans » du petit garçon vivant avec une paralysie cérébrale.

Les avocates Natasha Bakht et Lynda Collins se sont rencontrées il y a 13 ans à l’Université d’Ottawa où elles sont toutes deux professeures. Elles ont rapidement développé des atomes crochus, qui se sont transformés en une solide amitié.

Quelques années plus tard, Natasha a eu recours à un processus de fécondation assistée avec un géniteur anonyme pour tomber enceinte. Je me trouvais dans une situation financière et émotionnelle stable, favorable, et je me sentais prête à avoir un enfant, explique-t-elle, en précisant qu’elle n’était pas engagée dans une relation amoureuse à l’époque.

Comme la famille de la future maman n’habitait pas à Ottawa, le rôle de Lynda Collins en est rapidement devenu un de soutien. Nous n’étions pas très proches, mais je pensais qu’elle aurait besoin d’une "coach" de naissance, raconte Lynda, qui n’avait pas non plus d’enfant.

Loin de se douter que cette aventure allait les lier à jamais, les deux amies ont vécu avec grand bonheur les étapes qui ont mené à l’arrivée d’Elaan.

Deux femmes regardent la caméra en souriant.

Si Natasha Bakht et Lynda Collins ne forment pas un couple, elles n'en sont pas moins de grandes amies, au point d'être toutes deux mamans d'un garçon de neuf ans.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Coup de foudre

En février 2010, Natasha Bakht a accouché d’urgence d’un petit garçon « tout gris », comme le décrit son amie. Le cordon ombilical avait formé un noeud ayant privé le cerveau du bébé des nutriments et de l’oxygène dont il avait besoin pour se développer normalement. Cela n’a pas empêché l’immense vague d’amour que Lynda a ressenti en voyant Elaan pour la première fois.

Nous adorions Elaan depuis ses premiers moments! Il était si mignon, magnifique et spécial pour nous.

Lynda Collins, mère adoptive d’Elaan.

Natasha Bakht a d’abord vécu les premiers mois de sa nouvelle vie aux côtés de ses parents à Toronto. J’étais toujours au téléphone : ''Comment va-t-il? Que faites-vous?", raconte Lynda en riant. Même si elle leur rendait visite tous les mois, elle s’ennuyait d’Elaan.

Et durant tout ce temps, quelque chose clochait. Bébé était éveillé, mais ne semblait pas pouvoir lever sa tête tout seul. Il a fallu une dizaine de mois pour que les médecins diagnostiquent une paralysie cérébrale :  Elaan vivrait avec une quadriplégie spastique et une déficience visuelle, ce qui l’empêcherait de parler et de marcher par lui-même.

À partir de ce moment, Lynda s’est promis qu’elle épaulerait son amie coûte que coûte, surtout que Natasha revenait s’installer près d’elle à Ottawa.

Une femme sourit.

Lynda Collins aimait Elaan comme son propre fils depuis le jour de sa naissance.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

La grande demande

Si Natasha avait d’abord pensé qu’elle serait une maman seule, elle a rapidement compris que Lynda était partie prenante de sa petite famille.Elle venait tous les jours, durant plusieurs heures, pour voir Elaan et s’occuper de lui avec moi, dit-elle.

Les années ont passé, tissant des liens de plus en plus serrés entre les amies et le petit garçon « au sourire grand comme le soleil », évoque Lynda. Elle se rendait compte qu’elle aimait l’enfant comme son propre fils et assurait un rôle presque parental dans sa vie.

Nous avons découvert que, comme parents, nous sommes très similaires dans nos valeurs : l’amour, le plaisir, le positivisme sont au centre de notre famille.

Lynda Collins, mère adoptive d’Elaan

Lorsque le garçon a eu six ans, Lynda Collins a fait la grande demande à son amie. Elle m’a demandé si elle pouvait l’adopter et j’ai dit oui, parce qu’elle était déjà un parent d’Elaan, explique Natasha Bakht, visiblement émue.

Une femme aux cheveux foncés sourit timidement.

Natasha Bakht affirme que son fils ne manque de rien : la famille qu'elle forme avec son amie Lynda la comble de bonheur.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Puisque les deux femmes n'étaient pas en couple, la loi ne permettait pas à Mme Collins de devenir un parent légal. Toutes deux avocates de profession, elles entrevoyaient néanmoins une petite possibilité que leur rêve se concrétise et ont tout de même tenté leur chance en engageant un avocat à l'automne 2016. Un processus judiciaire échelonné sur six semaines s’est ensuivi, durant lequel les proches, le médecin et même le directeur de l’école d’Elaan ont dû fournir des déclarations pour convaincre le tribunal que Lynda occupait des fonctions parentales dans la vie du garçon.

En janvier 2017, le certificat de naissance d’Elaan a été modifié pour inscrire le nom de Lynda Collins comme mère. En obtenant gain de cause, les nouvelles « co-mamans » ont tourné une page de l’histoire judiciaire tout en créant un précédent.

Le même mois, la loi Toutes les familles sont égales est entrée en vigueur en Ontario, modifiant le précédent juridique établi par Lynda Collins et Natasha Bakht. Désormais, les Ontariens qui ont eu recours à des services de reproduction assistée n'ont plus à demander au tribunal de faire reconnaître leur parentalité, en autant que les co-parents aient passé un accord écrit avant la conception. Sans accord écrit, les futurs parents dans une situation similaire au cas des deux mamans d'Elaan Bakht devront contester la constitutionnalité de la loi sur l'adoption de l'Ontario.

Partager son enfant

Lynda Collins souligne la générosité du geste de son amie, qui acceptait en quelque sorte de partager son enfant en mettant toute jalousie ou insécurité de côté.

La mère adoptive d’Elaan se souvient de la grogne que leur cas avait suscitée après la décision du jury. Une vidéo de la BBC a été vue 3 millions de fois, mentionne Lynda. Il y avait beaucoup, beaucoup de commentaires de partout dans le monde.

Malgré tout, la petite famille file le parfait bonheur depuis presque trois ans. Les « co-mamans » se disent très reconnaissantes de vivre dans une société où les mouvements pour les droits des homosexuels et des personnes handicapées, notamment, avaient déjà frayé le chemin. Avec le travail des activistes durant des décennies, ils ont créé la fondation de notre succès, croit Lynda Collins.

Selon ses mamans, Elaan est un garçon de presque 10 ans enjoué et très aimé par sa famille élargie. Ses grands-parents et ses oncles sont également bien impliqués dans sa vie. Je n’aurais pas pu imaginer mieux, c’est tellement génial, assure Natasha, les yeux brillants.

Il a un très grand sens de l’humour, il rit souvent, il a un coeur énorme et tous les gens adorent Elaan.

Lynda Collins, mère adoptive d’Elaan.

Natasha et son fils habitent un appartement situé juste en-dessous de celui que Lynda partage avec sa conjointe. Le couple songe d'ailleurs à avoir un enfant ensemble. Mais seulement un!, précise Lynda en riant, s’avouant déjà comblée par une famille réussie.

La mère adoptive entrevoit un bel avenir aux côtés d’Elaan : un futur fait d’éclats de rire et de beaucoup d’amour, à l’image de son quotidien.

Deux femmes et un garçon sourient.

Il y a maintenant trois ans que Lynda Collins a adopté légalement Elaan Bakht.

Photo : Simon Gardner / CBC

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