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Crise forestière : Lauzon - Planchers va couper du bois en Ontario; la scierie Carrière au ralenti

Pierre Dufour et David Lauzon discutent dans un corridor.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour (à gauche), et le président-directeur général de Lauzon - Planchers de bois exclusifs, David Lauzon (à droite), discutent ensemble lors d’une rencontre à Thurso, le jeudi 12 décembre 2019.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Geneviève Normand

Un mois après l’arrêt de ses coupes forestières et une semaine après l’annonce de la fermeture de sa scierie de Thurso, Lauzon - Planchers de bois exclusifs entreprendra la semaine prochaine une reprise partielle de ses coupes en forêts publiques non pas au Québec, mais en Ontario, a appris Radio-Canada.

Ce développement survient au moment où des entreprises de l’Outaouais et des Laurentides fonctionnent sur le respirateur artificiel en attendant qu’une solution soit mise de l’avant pour faire redémarrer l’usine Fortress de Thurso.

Trois des dix équipes de Lauzon - Planchers de bois exclusifs mises à pied à la mi-novembre entreront dans la forêt publique de l’Ontario lundi. Les coupes seront effectuées sur un territoire à proximité de Pembroke. Ce sera la première fois que l’entreprise pourra mener une opération sur les terres publiques de la province voisine.

En plus de fournir du travail à 30 employés, cette entente avec le gouvernement ontarien permettra à l’entreprise d’approvisionner à nouveau sa scierie de Thurso.

La compagnie avait annoncé à la mi-novembre l’arrêt de ses coupes forestières, mettant ainsi 165 travailleurs à pied. Près de 115 autres employés apprenaient quant à eux la fermeture de la scierie jeudi dernier, les privant ainsi de travail.

 Forêt après coupe partielle.

Forêt après coupe partielle.

Photo : David Lauzon

Notre objectif, c’est de redémarrer l’usine le plus tôt possible , a expliqué en entrevue le PDG et fondateur de l’entreprise, David Lauzon. Avec des volumes qui vont nous arriver de l’Ontario et des États-Unis sur des forêts privées, on devrait être en mesure de fixer une date de reprise des opérations en février ou en mars, on espère.

C’est une bonne solution à court terme avec le gouvernement de l’Ontario sur les forêts publiques pour pouvoir mettre nos équipes forestières au travail et nous trouver des approvisionnements pour notre scierie de Thurso.

David Lauzon, PDG de Lauzon - Planchers de bois exclusifs

Une compagnie en difficulté, un effet domino

Les quelque 600 emplois forestiers qui sont partis en fumée cet automne en Outaouais découlent de la fermeture de Fortress, une usine de pâte cellulosique à Thurso, qui jouait un rôle primordial dans le développement économique de cette communauté rurale. Fortress s’est placée plus tôt cette semaine à l’abri de ses créanciers.

Les entreprises forestières de la région sont intimement liées les unes aux autres, principalement en raison de la diversité de la forêt. Par exemple, Fortress achetait des copeaux de bois auprès de Lauzon. Cette interdépendance fait donc en sorte que tous les acteurs de l’industrie subissent les contrecoups lorsqu’une compagnie éprouve des difficultés.

Plan large de l'entrée de l'usine tôt le matin.

L'usine Fortress à Thurso a dû arrêter temporairement sa production en raison du faible prix de la cellulose sur les marchés (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

C’est le cas notamment de la scierie Carrière, à Lachute. Le président Michel Ferron a indiqué, mercredi, que la compagnie tourne au ralenti au point où elle a dû réduire sa production. Mes employées, pendant trois semaines, ont perdu 25 % du temps de travail, a-t-il affirmé. En ce moment, ils sont à temps plein, mais on a peur pour après les Fêtes.

Le forestier, qui cumule une trentaine d’années d’expérience, craint que la crise ne se règle pas de sitôt. Ça me rend inquiet. Je crois qu’on va perdre un certain nombre de joueurs. C’est sûr qu’on ne se voit pas partir. […] Je vais continuer à travailler fort pour que mes employés aient du travail lundi.

Par ailleurs, le géant forestier Résolu indique lui aussi surveiller la situation de près. Un porte-parole a fait savoir que la compagnie fait face à d’importants défis d’approvisionnement à sa scierie de Maniwaki et en copeaux de bois à sa papetière de Gatineau.

Un cadre réglementaire montré du doigt

Le président de la scierie Carrière, comme bien d’autres partenaires forestiers, trouve que le développement des forêts québécois est devenu de plus en plus ardu ces dernières années. Il est d’avis que le processus en place est très contraignant avec des règlements mur à mur.

Michel Ferron estime que l’industrie québécoise perd de sa compétitivité en raison de ses coûts de production élevés. Il aimerait pouvoir compter sur un régime forestier qui lui donne plus de latitude et qui lui permettrait d’utiliser son gros bon sens.

En tant que forestier, je ne suis pas inquiet qu’il manque de bois. Je suis plus inquiet qu’on n’aille pas accès au bois, a-t-il affirmé, faisant référence au nouveau régime forestier provincial.

La nouvelle loi sur les forêts a fait augmenter drastiquement de 20 à 25 % nos coûts d’opération en forêt.

Michel Ferron, président de la scierie Carrière

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), qui est le porte-parole de l’industrie, dit comprendre tout à fait les difficultés que vivent les industrielles.

L’économiste forestier et directeur au Conseil de l’industrie forestière du Québec Michel Vincent soutient que l’industrie forestière québécoise a besoin de retrouver la prévisibilité dont elle jouissait avant l’introduction du nouveau régime.

Des piles de planches de bois et des troncs d'arbres coupés.

Certains entrepreneurs en foresterie dénoncent le cadre réglementaire actuel régissant leur industrie (archives).

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

Avec l’implantation de ce dernier en 2013, la planification des coupes est passée des mains des entreprises à celles du gouvernement. Résultat : les entreprises disent avoir moins de contrôle et de certitude, ce qui a occasionné une augmentation de coûts.

On n’a plus ce contrôle sur nos coûts, parce qu’il n’y a plus aucune prévisibilité dans nos opérations, a expliqué M. Vincent. Selon lui, Québec doit revenir à une période de planification d’au moins trois ans.

La région ne peut pas se passer de l’apport du secteur forestier, pas juste en fonction du nombre d’emplois, mais en fonction de l’immense ressource forestière que vous avez en Outaouais. Il faut trouver des solutions.

Michel Vincent, économiste forestier

L’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec estime de son côté que les fondements mêmes du régime actuel sont adéquats, mais son président reconnaît qu’il y a place à certains ajustements.

On veut faire de l’aménagement écosystémique, a affirmé son président, François Laliberté. On veut respecter mieux l’environnement. On veut que nos produits du bois aient une grande valeur et qu’on crée de la richesse avec. Ce sont les fondements et les objectifs du nouveau régime. C’est tout à fait louable.

Mais on manque peut-être un peu de flexibilité dans les façons de faire qu’on peut développer pour s’adapter à des problématiques régionales ou locales.

François Laliberté, président de l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec

Alors que les forestières retiennent leur souffle, le gouvernement Legault assure faire des pieds et des mains pour trouver un investisseur afin de relancer l’usine de Fortress de Thurso. Une cellule de crise a été mise sur pied la semaine dernière pour trouver des solutions aux problèmes de l'industrie forestière en Outaouais.

Trois femmes et trois homme assis autour d'une table dans une salle de conférence.

Le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoit Lauzon (au centre), a organisé une rencontre avec des élus régionaux, dont le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe (à droite), en novembre (archives).

Photo : Radio-Canada / Antoine Trépanier

On espère que cette cellule-là va apporter des solutions à très court terme, parce que la saison de coupe se termine vers le 15 mars, a expliqué David Lauzon. On a besoin de solutions pour le bénéfice de la communauté et de nos travailleurs. C’est le message que je tiens à passer. C’est urgent.

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