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Étudiant en droit et malvoyant, il défend une cause très personnelle

Le reportage de Nicole Germain

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Nicole Germain

À 22 ans, Yanick Gagnon-Carbonneau souhaite devenir avocat, mais il craint que la perception des employeurs face à son handicap visuel nuise à sa carrière. Il veut combattre les préjugés à l’égard de la différence dans le milieu du droit.

Ce résident de Québec et étudiant à l’Université de Sherbrooke est atteint de la neuropathie optique héréditaire de Leber. Il arrive à se déplacer sans utiliser de canne ni de chien d’assistance, mais il a besoin d’une télévisionneuse pour lire et ne peut pas conduire de véhicule.

Je vois très bien de côté, mais tout ce qui est la vision centrale, donc la vision des détails, la vision de la reconnaissance des visages, la vision de la lecture, tout ça, je l'ai perdu, explique Yanick Gagnon-Carbonneau.

La maladie s’est manifestée chez lui il y a quatre ans lors d’un voyage en Italie. Le jeune homme est rentré d’urgence au pays. Je suis débarqué de l'avion. Puis mes parents m'appellent au téléphone. Je dis : "vous êtes arrivés à l'aéroport. Vous êtes où?" Mon père m'a dit : "devant toi".

Malgré les épreuves, il termine ses études collégiales et entreprend un baccalauréat à Sherbrooke. Je voulais aller dans une nouvelle ville. Je voulais prouver que j'étais autonome, souligne-t-il. L’université a collaboré en lui donnant accès à des espaces adaptés, notamment pour sa télévisionneuse.

J'insistais beaucoup. Dieu sait à quel point j'aime ça argumenter parce que je sais que j'ai raison. Souvent à la blague, je dis que je vais faire un bon avocat parce que je défends bien ma cause.

Yanick Gagnon-Carbonneau
Une télévisionneuse sur un bureau avec un livre en dessous. On peut voir que la taille des mots est énormément augmentée.

Une télévisionneuse permet à Yanick Gagnon-Carbonneau de lire un livre malgré des difficultés avec sa vision.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

En entamant ses études en droit, il savait qu’il y aurait des obstacles à franchir, mais il dit être déterminé à aller jusqu’au bout.

Se vendre en stage avec un handicap visuel

Lorsqu'est venu le temps de postuler à des stages en droit, il a tenté une expérience en envoyant d'abord sa candidature à cinq employeurs sans mentionner sa maladie. Le jeune homme a ensuite envoyé sa candidature en exposant son handicap à cinq autres employeurs.

Je n'ai pas eu de nouvelles d'aucun cabinet où entreprise à qui j'ai annoncé ma déficience visuelle, affirme-t-il. En contrepartie, trois employeurs sur cinq qui ne savaient pas pour son handicap ont communiqué avec lui.

Je n'ai pas la prétention de dire que c'est seulement sur la base de ma déficience visuelle qu'on ne m'a pas accordé d'entrevue, ajoute-t-il. Il estime malgré tout que sa candidature était à la hauteur.

Yanick Gagnon-Carbonneau devant trois écrans d'ordinateur

Yanick Gagnon-Carbonneau estime que le milieu du droit pourrait être plus ouvert à la différence.

Photo : Radio-Canada

Pour Yanick Gagnon-Carbonneau, les résultats de sa démarche démontrent un manque d’ouverture dans le milieu du droit. C’est conservateur et il y a beaucoup de mentalités qui sont encore à changer, selon moi. Je pense justement que les organismes, les entreprises et les cabinets ont peur, ils ont peur de rencontrer la différence.

Trouver le bon employeur

Le futur avocat a finalement déniché un stage parmi les trois employeurs qui ont répondu à sa candidature, celle qui ne faisait pas mention de sa maladie.

Par contre, l’avocat Mario Welsh, associé responsable du bureau de Québec chez BCF, garantit que l’handicap du candidat n’est pas un obstacle.

Yanick Gagnon-Carbonneau et Mario Welsh dans un bureau avec un fenêtre.

L'associé responsable du bureau de Québec chez BCF, Mario Welsh, discute avec Yanick Gagnon-Carbonneau.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

On sélectionne des gens selon leurs compétences. On ne peut pas passer à côté de Yannick, donc on ne veut pas se mettre de barrières. Favoriser la diversité, je vous dirais que c'est dans notre ADN, soutient-il.

Si la candidature du jeune homme avait fait mention de son dysfonctionnement visuel, l’avocat souligne que ça n'aurait rien changé à leur décision de le convoquer en entrevue.

Avec un stage en mains, Yanick Gagnon-Carbonneau souhaite partager son histoire pour donner espoir aux autres jeunes dans une situation comme la sienne. Il espère ouvrir la voie à plus d'acceptation dans son milieu.

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